Still from Justify My Love

nsfw : les 6 clips les plus sexy et subversifs de tous les temps

Pour la sortie de son livre « Justify My Love : Sex, Subversion and Music Video », Ryann Donnelly rend hommage à l’iconographie érotique et provocatrice de ses clips préférés.

par Katie Goh
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17 Avril 2019, 10:06am

Still from Justify My Love

« Oh, c’était comme de la contrebande, quelque chose de magique et de secret », se remémore Ryann Donnelly au téléphone. Nous parlons des clips sur lesquels porte son premier livre, Justify My Love (en référence à la chanson de Madonna, évidemment). Dans cet ouvrage, elle combine son sujet de thèse sur la subversion sexuelle dans les clips et une approche plus personnelle et plus tendre, celle de son propre éveil sexuel.

« Je me souviens quand j’étais très jeune, "Mary Jane’s Last Dance", de Tom Petty, passait à la télé complètement, l'image complètement brouillée. Je me souviens particulièrement de ça, et du clip "Don’t Speak", de No Doubt. Je devais demander à mes camarades qui avaient le câble ce que c’était, et qui étaient ces gens. MTV était comme un endroit spécial auquel je n’avais pas accès quand j’étais gamine. »

Nous étions alors dans les années 90, les années pré-YouTube. Le clip venait tout juste de s’imposer comme un art à part entière, l'enfant hybride de la musique et du cinéma. Ce sont ces années-là, passées assise face à la télé à attendre patiemment que passe tel ou tel clip de Hole ou de No Doubt, qui ont fait de Ryann une véritable spécialiste du genre. C’est aussi ce qui l’a poussée à se lancer à son tour dans une carrière musicale, en tant que chanteuse du groupe alt-punk de Seattle Schoolyard Heroes.

Ayant elle-même tourné dans des clips, Ryann a pu agrémenter son analyse théorique avec des souvenirs de sa propre expérience. Dans ses mémoires, elle exprime toute la frustration qu’elle a ressentie, en tant que jeune artiste, en étant filmée comme un objet sexuel, chose que ses confrères masculins n’avaient pas à subir. « Pour moi, la subversion est un acte de protestation. Elle remplace l’objet contre lequel elle proteste avec violence, et c’est ainsi qu’elle le dépossède de son pouvoir, explique-t-elle. Ce n’est pas une ablation, mais un remplacement. C’est un déplacement des rôles de genres normatifs, un déplacement des normes hétérosexistes, qui passe par une réécriture de la féminité, ou de tout autre genre. »

Pour Ryann, c'est justement grâce à cet exercice de subversion que les femmes et les personnes queer se trouvent historiquement à la pointe lorsqu'il s'agit d’explorer les possibilités offertes par cette forme artistique. « Il est vraiment dur pour les hommes cis de jouer avec les identités de genre, s’amuse-t-elle. Je n’ai d’ailleurs pas trouvé d’exemples forts de cela. Il y a quelques exceptions dans le genre gothique, mais même là, ils ne remettent pas en cause le patriarcat. »

i-D a demandé à Ryann, en sa qualité d’experte, de sélectionner pour nous ses clips subversifs préférés.

TLC — Ain’t 2 Proud 2 Beg

« Je pense que j’étais trop jeune pour avoir vu le clip “Ain’t 2 Proud 2 Beg“ lorsqu’il est sorti. Je l’ai découvert en faisant des recherches pour ma thèse, et j'ai su tout de suite que je devais travailler sur la raison d’être de ces vidéos, sur le message qu’elles véhiculent à une époque donnée. Dans le clip, TLC évoque clairement l’épidémie de sida qui fait rage à l’époque. Elles parlent de safe sex, elles ont des préservatifs accrochés à leur tenue. Et pourtant, elles n’ont pas peur de revendiquer une sexualité libre, libérée du carcan de la monogamie. Elles ne sont pas trop fières pour demander du sexe, c’est ça que j’aime. J’adore la manière dont elles parviennent simultanément à déplacer les tropes homophobes et à parler de safe sex. Tout comme “Let’s Talk About Sex“, de Salt-N-Pepa, c’est une réponse directe à la crise de l’époque. »

Nine Inch Nails – Happiness in Slavery

« Cette vidéo a été censurée. Lorsque j’ai commencé à explorer les réponses artistiques à l’épidémie de sida, je me suis rendu compte que les messages plaidant pour le safe sex et la protection s’accompagnaient invariablement d’une imagerie à la fois sexuelle et morbide. J’adore le fait qu’ils aient fait appel à [l’artiste performeur américain] Bob Flanaghan. C’est un exemple exceptionnel de la rencontre des mondes de la performance et du clip. Dans la vidéo, le sexe et la mort sont présents, mais aussi des pratiques BDSM masochistes – que l’on peut également retrouver dans d’autres clips, comme dans Erotica, de Madonna, où la douleur est une expérience sexuelle en soi. C’est de cela dont traitent Bob Flanaghan et son art. Il avait une mucoviscidose, et ses performances avaient en réalité pour but de se réapproprier la douleur. »

Madonna – Erotica

« Je pense que c’est à Madonna que revient le mérite de la sexualisation des clips. Elle le fait depuis Like A Virgin. Mais il faut aussi dire qu’elle s’est trouvée au bon endroit au bon moment ; peut-être que Debbie Harry aurait fait de même si le clip avait connu son avènement lorsqu’elle-même connaissait le sien. Madonna a fait des clips hyper sexuels désormais cultes, et on a du mal à déterminer si c’est à ses clips, à son image sulfureuse, ou à sa musique qu’elle doit sa carrière. Cet exemple est particulièrement intéressant, dans la mesure où la musique est en réalité assez sage. C’est justement parce qu’elle est répétitive et qu’elle reste en tête que l’imagerie peut se permettre d’être si provocatrice. »

M.I.A. – Bad Girls

« C’est une rencontre totalement inattendue et véritablement fascinante entre féminité et danger. Je pense à ces tours de voiture, et à la façon agressive et sexy dont M.I.A. les réalise. Il existe d’innombrables exemples de gens qui séduisent la caméra, retirent leurs vêtements, et se contentent d’avoir une attitude très sexuelle dans les clips, mais là, c’est complètement différent. Aucun exemple aussi cinématique ne me vient à l’esprit. C’est comme un film de grosses bagnoles bien macho, mais qui démantèle totalement la masculinité toxique, voire se la réapproprie. »

Beyoncé – Formation

« Dans ce clip, le costume d’époque permet de se remémorer des temps révolus. Alors Beyoncé convoque l’esthétique du Sud américain à l’époque des plantations, et inscrit cette esthétique dans un féminisme hyper puissant. Même lorsqu’elle revient sur l’époque de l’ouragan Katrina, perchée sur le toit d’une voiture de police en train de couler, elle ne cesse de fixer la caméra, totalement détendue et décontractée. Beyoncé interprète des rôles appartenant à des époques différentes et joue avec leurs significations. Ce faisant, elle opère un renversement complet et déplace les attentes historiques pourtant inhérentes à ces rôles. »

Arca – Reverie

« J’adore celui-ci. En plus du post-humanisme et de la théorie du cyborg, une partie de son imagerie tend à totalement brouiller l’esthétique masculin/féminin et les genres sexuels. En réalité, Arca accède à ce post-humanisme de deux façons : tout d’abord en imaginant des versions ultra-féminines d’icônes masculines avec la veste de torero, puis avec le taureau lui-même. Il nous présente cette imagerie du taureau agressif grâce à la forme de ses jambes, mais il le fait avec une esthétique quasi-robotique, qui fait fusionner la machine et l’animal afin d’accéder à une version féminine post-humaniste. Il le fait aussi en live en appliquant toutes ces esthétiques à son corps pendant qu’il joue et délivre une performance. »

Le livre Justify My Love: Sex, Subversion, and Music Video est publié chez Repeater Books.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

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