"Let The Right One In." Screenshot via YouTube

6 films gores et féministes qui explorent le côté obscur de l'adolescence

Parce qu'on le sait tous : la puberté est un véritable bain de sang.

par i-D Staff
|
09 Janvier 2018, 9:18am

"Let The Right One In." Screenshot via YouTube

Ces trois dernières années, outre-Atlantique (et bien ailleurs) il semblerait que nombre de politiques se soient mis d’accord pour former un contingent, dont le seul but était de dessiner une sexualité féminine monstrueuse. Ils ont attaqué le planning familial, le droit à l'avortement, menacé les transgenres d’un bannissement de l’armée, et limité l’accès des femmes à la contraception. Une période historique frustrante, c’est peu dire, qui a vu les femmes se faire appeler « sorcières » pour avoir osé s’élever contre les agressions sexuelles. Et c'est là qu'intervient le cinéma (et le registre de l'horreur), en s'imposant comme le vecteur parfait pour analyser cette peur qu’a la société des femmes fortes.

Alors oui, les films d’horreur sont souvent pétris de clichés, de machisme crasse, de méchants masculins complètement frappés et tortueux (Saw), chassant souvent les mêmes proies : des femmes délirantes (Scream). Mais le genre produit de plus en plus de titres originaux, qui explorent la féminité de façon résolument progressive, et allégorique. Il évolue lentement mais sûrement, depuis quelques temps. Par exemple, le film culte Ginger Snaps utilisait il y a 18 ans déjà la transformation du loup-garou comme une métaphore de la puberté. Il parvenait ainsi à évacuer les tabous des menstruations en illustrant toute la complexité des cycles. En 2007, le film Teeth, en s’inspirant du Vagina dentata – mythe d’origine hindoue, selon lequel certains vagins seraient pourvus de dents – déployait un récit pour le moins badass sur les vertus protectrices (contre les abus sexuels) du corps d’une femme.

Ces films adoptent une approche très ironique de la question, en transformant leurs jeunes héroïnes en monstres, telles que la société les dépeint trop souvent. Résultat : des personnages physiquement et mentalement libérés du patriarcat (surnaturel aidant). Voici cinq films d’horreur qui font de l’adolescence féminine un bain de sang gore mais émancipateur.

Ginger Snaps (2000)


Depuis sa sortie en 2000, Ginger Snaps a atterri dans la catégorie des films cultes. C’est peut-être parce que le film vieilli agréablement de son esthétique grunge : ses ras-du-cou, ses dos-nus et beaucoup, beaucoup de noir. Mais surtout aussi parce que le film dépeint un portrait assez inédit à l’époque de la féminité et de la jeunesse. Pour commencer, les deux personnages principaux sont Brigitte et Ginger, deux sœurs ados marginales tellement obsédées par la mort qu’elles en arrivent à faire un pacte : elles mourront ensemble. Une nuit, Ginger est mordu par un chien enragé ; une queue commence à lui pousser, puis des poils sur tout le corps, et ses règles se font plus lourdes et douloureuses que d'habitude. (Les règles sont d’ailleurs l’un des sujets majeurs du film.) Inquiétée par les changements physiques et physiologiques de Ginger, Brigitte emmène sa sœur voir une infirmière sans le moindre tact qui lui fait la leçon sur les menstruations et s’exclame : « C’est tous les 28 jours pour les 30 prochaines années, à peu près ! »

Les créateurs de Ginger Snaps auraient facilement pu raconter l’histoire d’une adolescente affolée par les changements que sont corps est en train de subir. Mais non, à la place, Ginger tombe amoureuse de son nouveau pouvoir et décide de l’utiliser pour séduire les hommes, pour le sexe, pour combattre les tourmenteurs de sa sœur, et pour somme toute se transformer en ultime badass. Dans une scène mémorable, Ginger couche avec le playboy du campus – malgré le risque de lui refiler sa condition de loup-garou. Après l’acte, le garçon se met à uriner du sang, et il est difficile de ne pas ressentir une certaine satisfaction devant cette inversion des genres, même de cette manière plutôt sombre. Parce que, comme le souligne Ginger à sa sœur, les gens regardent différemment les mecs et les filles après l’acte. « Il a baisé, je ne suis qu’une baise, observe-t-elle. Lui est un héros, et moi je suis une baise. Une baise mutante. »

Grave (2016)


On vous a beaucoup parlé de Grave au moment de sa sortie sur i-D. Mais pour ceux qui n'ont toujours pas vu le film, voici un résumé succinct : une jeune femme passe de végétarienne convaincue à cannibale. Ajoutez à ce récit d’un passage à l’âge adulte une esthétique gore à faire pâlir Tarantino et vous tenez là une réussite définitive.

Grave se différencie des autres films de cette liste en ce qu’il ne raconte pas vraiment l’histoire d’une vengeance, d’une revanche sur les hommes ou du rééquilibrage d’une injustice. Finalement, Justine, le personnage principal, se débat simplement avec son désir sanglant et cherche à se placer au milieu de sa soif et sa faim insatiables. La réalisatrice Julia Ducournau élargi encore un peu plus le genre de l’horreur féministe en construisant un personnage qui n’est jamais ni victime ni méchant – elle n’est qu’une jeune universitaire imparfaite, comme tout le monde, et perdue, confuse, comme à peu près tout le monde. On retrouve dans Grave des passages à la limite de l’extrême, mais au-delà de ça, le film se déjoue des récits de passage à l’âge adulte classique – dominés par les mecs et le sexe – et démontre qu’il existe des filles variées, capables de passer par des chemins de travers (euphémisme) pour se découvrir elles-mêmes.

Morse (2008)


Ce film suédois de 2008 combat avec brio l’infantilisation des jeunes filles. Eli, le personnage principal joué par Lina Leandersson, est une jeune vampire buveuse de sang et mangeuse de cœurs de 12 ans qui s’attache à un jeune garçon et le défend de ses persécuteurs. En mettant Eli dans le rôle de la protectrice et non de la protégée, ce magnifique film adapte à sa manière le trope de la femme fatale.

Adapté d’un roman de 2004 du même nom, Morse joue aussi sur les concepts du genre. Il s’avère qu’Eli est en fait un garçon qui fut castré il y a 200 ans, lorsqu’il s’est transformé en vampire, mais qui s’habille en fille et qui est vu comme tel par le monde qui l’entoure. Cet élément rajoute une épaisseur au personnage d’Eli, et à la relation romantique qu’il entretient avec Oskar. L’indifférence de celui-ci pour le vampirisme et l’identité de genre complexe de son nouvel ami illustre à merveille le fait que, pendant une certaine phase de l’enfance, les enfants n’ont pas encore le regard biaisé par les injonctions et les limites du genre en ce qui concerne l’amour. Morse combat l’idée selon laquelle les jeunes femmes ne sont que des objets d’affection.

Teeth (2007)


Cela fait des siècles que la littérature est obsédée par les métaphores attribuant aux femmes des vagins dentés. Ces mythes sont fondés sur des fables du monde entier – de l’Inde au Chili – et, si besoin de le préciser, il reste du travail pour défaire cet imaginaire folklorique. Cette idée de vagina dentata joue sur les peurs de castration des hommes et situe la menace potentielle à l’intérieur du corps féminin, plutôt que du côté des agresseurs sexuels fréquemment convoqués à travers ces mythes.

Teeth est donc une récupération radicale de ce folklore historiquement sexiste. Le personnage de Dawn est en charge d’un groupe d’abstinence au sein de son église et se bat contre une multitude de prédateurs sexuels quand des dents commencent à pousser à l’intérieur de son vagin, mordant les pénis qui tentent d’y entrer. Malgré son absurdité intellectuelle, Teeth est le portait mémorable et puissant d’une femme qui réclame le droit de disposer de son propre corps.

Revenge (2018)

Si les premières minutes du film campent le décor d'une romance à l'eau de rose, la suite tourne rapidement au cauchemar. Après être arrivée dans une villa de luxe accompagnée de son petit ami pour un weekend entre amis des plus banals, l'héroïne du film, incarnée par Mathilda Lutz, subit un viol. Pourchassée par les trois hommes puis laissée pour morte au beau milieu du désert, c'est la rage qui ramène la jeune femme à la vie et l'embarque dans une chasse à l'homme, vengeresse et sanguinaire.

Dans ce premier long métrage la réalisatrice française Coralie Fargeat s'empare de toute l'énergie subversive de l'horreur pour exploser dans le sang les normes sexistes qui pourrissent une large partie du cinéma. Ici, jolie jeune fille docile et hyper sensuelle, Jennifer mue en une guerrière prête à tout pour se venger de ses agresseurs. À la croisée entre Rambo, Kill Bill et Mad Max, Revenge ourdit les bases d'un nouveau genre d'héroïne et autorise les femmes à s'accaparer une violence dont elles ont trop longtemps été exclue au cinéma.

A Girl Walks Home Alone at Night (2014)


A Girl Walks Home Alone at Night (écrit et réalisé par la réalisatrice Ana Lily Amirpour) a été considéré comme le premier « western de vampire iranien. » Facile à comprendre. Ce film réalisé dans un superbe noir et blanc parvient à explorer un champ inconnu du film de vampire. Vêtue d’un tchador, la tentatrice vampire fait du skateboard (on réfère à elle sous « la Fille ») et Arash, vulnérable jeune homme dealer de drogues pour venir en secours à son père héroïnomane, n’est autre que sa victime.

Amirpour emmène ce personnage de femme perse – si souvent décrite dans les films comme « réprimée » ou « silencieuse » - et l’élève à un rôle actif. Le film est un conte de fées moderne dont l’héroïne porte un costume traditionnel musulman et soutient le droit des femmes musulmanes à porter ce qu’elles veulent. Ce long-métrage est sorti en 2014, au moment où les débats sur le port du voile faisaient rage au sein même de l’Iran.

Tagged:
Features
Feature
A Girl Walks Home Alone at Night
grave
films d'horreur
Feminisme&
morse
teeth
ginger snaps
let the right one in