6 photographes à découvrir à paris photo

Aujourd'hui s'ouvre au Grand Palais la 23ème édition de Paris Photo. Et comme d'habitude, avec ses 213 exposants, l'événement a énormément à offrir. Voici une liste (non exhaustive) de ce que nous irons y voir.

par Juliette Savard
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07 Novembre 2019, 8:44am

Yan Morvan (Sit Down, Paris, secteur principal)

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Serie Anarchie au Royaume Uni, Docks de Londres 1979, 2019, Tirage cibachrome, 40x60cm, © Yan Morvan courtesy galerie Sit Down

Yan Morvan est Français et photoreporter. Représenté par la galerie parisienne Sit Down, il expose à Paris Photo plusieurs tirages vintages issus de plusieurs de ses travaux et nous emmène notamment sur les terrains socialement minés de Londres et de Belfast. Yan Morvan s’est en effet intéressé à nombres de conflits sociaux et guerres civiles en Europe mais aussi au Liban, au Rwanda… Envoyé dans la capitale anglaise en 1979, l’année de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, il y photographie les jeunes skinheads et les bandes punk qui peuplent les rues, les gamins qui tuent l’ennui en jetant des cailloux sur des sites industriels en ruine, ou les clients des pubs et des salles de concerts rock. Anarchie au Royaume-Uni, tel est le nom qu’il donnera à cette série aux tirages couleurs soignés (cibachrome) dans laquelle les portraits d’inconnus prédominent. Car ce sont peut-être ces visages qui sont les plus à même d’évoquer ce qui se joue dans la société. Pour Yan Morvan, le témoignage photographique est comme un « instrument de mémoire, d’émotion, de réflexion, gages d’un monde libre et démocratique ».

Mari Katayama (Galerie Sage, Paris, secteur principal)

Mari Katayama
Shadow puppet #020, 2016 © Mari Katayama / SAGE Paris

Née en 1987 avec des handicaps physiques, Mari Katayama décide à l’âge de 9 ans d’être amputée de ses jambes, s’offrant ainsi la possibilité de marcher avec des prothèses.
Au croisement de la sculpture vivante, de la performance et de l’installation, ses photographies la montrent souvent dans son appartement-studio, rempli d’objets et de tissus qui font le décor de ses mises en scène. Ces autoportraits, souligne-t-elle, sont un moyen d’être connectée à son corps et ainsi, de se lier aux autres et au monde. Ayant appris à coudre très jeune, elle s’entoure de ses créations brodées ou rembourrées qui évoquent parfois l’univers marin : la sirène, les écailles, le coquillage, le crabe – son emblème car sa main gauche, malformée, a la forme d’une pince). Très souvent, on retrouve également cette paire de jambes fourrées, sa « shadow puppet », dont la présence questionne aussi les notions de perfection et de beauté physiques. Exposée à Paris Photo par la galerie Sage, Mari Katayama représente aussi cette année le Japon, son pays, à la Biennale de Venise.

Jim Goldberg (Casemore Kirkeby, San Francisco, secteur principal)

Jim Goldberg
Dave and Cookie Jonesin’. Coming down off of drugs, San Francisco, 1989 © Jim Goldberg / CASEMORE KIRKEBY

Alors qu’il poursuit aujourd’hui un travail sur la migration et les communautés réfugiées, l’Américain Jim Goldberg s’est intéressé, entre 1986 et 1995, aux adolescents fugueurs et sans-abri de Los Angeles et de San Francisco. Sa série Raised by Wolves (« élevé par les loups), composée de photographies, de films courts, de dessins et d’objets, cartographie le parcours de ces jeunes démunis, parmi lesquels certains ont quitté leur foyer du fait de maltraitance familiale. Mêlant image et texte, document et narration, il livre ici des portraits noir et blanc légendés ou accompagnés, marqués de phrases manuscrites, écrites de leur main, qui résonnent des histoires glaçantes et situations de chacun. Marques corporelles ou vêtements personnels sont aussi des éléments importants pour Jim Goldberg. La veste de Dave (photo ci-dessus) fera l’objet d’une photographie à part. Sur la manche gauche, on peut y lire « Every rose has its thorn », « chaque rose a son épine » (titre d’une chanson du groupe Poison). Contrainte pour survivre, à l’époque – et encore présentement, de rejoindre un gang, de se prostituer ou de vendre de la drogue (quand elle n’y est pas accro elle-même), cette jeunesse nous apparaît aujourd’hui comme figée dans son errance.

Máté Bartha (Tobe Gallery, Budapest, secteur principal)

Máté Bartha
KONTAKT IV, 2018 © Máté Bartha / TOBE Gallery

Exposée à Arles cet été, cette enquête documentaire d’un an et demi réalisée par Máté Bartha, originaire de Budapest, met en avant le quotidien d’un camp d’été hongrois à thématique militaire. Des jeunes garçons et filles de 10 à 18 ans y apprennent, dans des conditions assez difficiles, discipline, patriotisme, survie dans la nature, maniement des armes. À la vue des portraits ou photos du groupe en activité, la juvénilité des visages et des corps tranche avec tout ce que suggère l’uniforme militaire, qui répond aux couleurs de la nature environnante. Avec KONTAKT, Máté Bartha a voulu questionner le sens de la discipline stricte, des armes et de la guerre, mais surtout leur place dans notre société. Car une pensée unilatérale à ce sujet serait trop réductrice. « Pour beaucoup d’entre eux, ces aventures constituent le seul terrain solide de leur vie, un cadre pour comprendre le monde et la position qu’ils y occupent », souligne Máté Bartha. Approfondissant cet aspect, il a également réalisé « Downstream », superbe film documentaire qui suit Vivien, 18 ans, séparée de sa mère quand elle était enfant, qui trouve dans cette communauté la force de prendre sa vie en main (projection le 10 novembre, 17h30, au mk2 Grand Palais).

David Meskhi (Kornfeld, Berlin, secteur Curiosa)

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David Meskhi, Untitled, 2019 © Courtesy of Galerie Kornfeld and the artist.

Inauguré l’année dernière, le secteur Curiosa accueille cette année le travail de 14 artistes émergents aux origines multiples. Parmi eux, le photographe géorgien David Meskhi qui envisage une approche photographique entre journal intime visuel et documentaire social, et s’intéresse particulièrement à la jeunesse géorgienne et ses formes d’expression corporelle (le skateboard comme la gymnastique). Ici, ses images abstraites de gymnastes en plein saut ou à l’entraînement, associées à celles de paysages célestes, figurent des corps libérés du temps et de l’espace, en apesanteur. Elles semblent ainsi porter la métaphore d’une peur surmontée avant qu’une autre ne se présente, et signifier la vie de ces adolescents comme un enchaînement infini d’expériences émancipatrices, de réussites et d’échecs dans un pays dont la mémoire est encore marquée par la domination soviétique. Secteur Curiosa, il faudra voir aussi les photographies de Leandro Feal, artiste cubain qui photographie la jeunesse dans une société en transition où la création artistique est contrôlée. Également, le magnifique travail de Nydia Blas. Et Elsa Leydier Nate Lewis, Marguerite Bornhauser, Morvarid K, Thomas Hauser, Elsa & Johanna…

Chris Hoare (Royaume-Uni, Carte Blanche Étudiants)

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Game Over' tattooed on a man's hands outside Tankerville Hotel VIP section, commonly the area of the pub that caters for gamblers, Melbourne © Chris Hoare

Autre plateforme pour la photographie émergente, la Carte Blanche Étudiants qui expose les projets des quatres étudiants sélectionnés, parmi plus de 200 écoles européennes. Chris Hoare est l’un d’eux, étudiant à l’université UWE Bristol, en Angleterre, dont la série The Worst Poem in t he Universe nous emmène du côté de Melbourne. Surnommé depuis les années 60 le « Lucky Country » (le pays chanceux), l’Australie l’est-il encore ? À travers ses photographies, Chris Hoare montre comment la chance cohabite aisément avec la malchance. L’Australie est à la fois ce pays au revenu médian le plus élevé au monde et celui dont les habitants perdent le plus d’argent dans les paris. Les populations aborigènes y sont également très marginalisées alors qu’elles sont les premières à avoir occupé le sol australien… Derrière une paire de mains au tatouage « game over », on découvre d’autres photographies au format carré qui suggèrent métaphoriquement ces paradoxes et contradictions. À chacun de savoir y déceler quelque message subliminal ou histoire visuelle. Inspiré par les domaines de la société qu'il estime négligés, Chris Hoare avait réalisé sa toute première série, Dreamers, sur la scène underground hip-hop de Bristol. (Exposition à la Gare du Nord, et au Stand F1 de Paris Photo)

Paris Photo, du 7 au 10 novembre au Grand Palais à Paris

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