lonely band, le vrai lover dont la france avait besoin

Le chanteur et producteur français partage aujourd'hui le clip de son titre « Watchout » issu de son premier album « True Lovers », en exclu sur i-D.

par Micha Barban Dangerfield
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07 Décembre 2017, 12:09pm

On ne compte que très peu de crooners en France. De vrais crooners, je veux dire. Des mecs à la voix chaude et relax qui se baladent dans des registres mi-jazz mi-pop et que l'on projette spontanément dans des ambiances feutrées, éclairés d'une simple poursuite sur scène. Le crooner a longtemps été le réceptacle d'un fantasme anglo-saxon, la preuve que la pop française a toujours un peu trop lorgné outre-Atlantique, sans jamais parvenir à ancrer cette figure de performeur sur son territoire à moins de la dénaturer ou la caricaturer. Il aura donc fallu attendre que Lonely Band, chanteur et producteur français de 27 ans, se décide à monter sur scène pour que les choses changent. En 2014, le monde découvrait médusé sa voix lourde qui s'égare parfois dans des aigus sensuels en déroulant des paroles de lover, son univers ouaté et ses élans passionnés dans le titre « Somebody Else ». On le retrouvait encore plus accompli deux ans plus tard avec « I want you » dont le clip a fini de baliser son univers esthétique. Avec Lonely Band est née la promesse d'un nouvel horizon musical en France, quelque chose entre le chant d'Alex Zhang Hungtai, les clairs-obscurs de Jeff Buckley et le cœur tendre des Lettermen. Mais qu'on se le dise, Lonely Band n'aime pas qu'on le référence et se tient toujours prêt à fuir dès qu'on le classe. « J'aime pouvoir changer de registre dès qu'il devient possible de catégoriser ma musique. J'essaye de passer entre les mailles, à chaque morceau » nous a-t-il expliqué. Dans son premier album True Lovers, sorti le 24 novembre dernier, il passe à un répertoire un peu plus rock, en équilibre sur les bords du genre.

Dans chaque registre, Lonely Band cultive une forme de nostalgie mais parvient tout de même à éviter tout passéisme. « J'étais très nostalgique des années 1970 avant. J'ai appris à être bien dans mon époque. À me contenter de rendre hommage au passé, sans forcément le regretter » développe-t-il. Ses clips, tous puissamment cinématographiques, le rattachent à une imagerie sur la tranche entre les seventies et les eighties, période durant laquelle la musique se permettait souvent plus d'emphases et de flâneries, de complexité aussi. Chez Lonely Band, c'est finalement son rapport à la composition qui se distingue franchement de la façon dont on pense la création musicale aujourd'hui – un produit efficace pour un rendu rapide. « J'aime le rapport qu'on avait dans le passé au format du morceau. Il ne suffisait pas de composer un bloc. Il fallait le faire évoluer. Réfléchir longuement, développer différentes intentions d'arrangement pour un seul et même titre. Parmi mes producteurs préférés il y a David Axelrod qui écrivait la musique que pour la musique, avant même de penser à la diffuser ou à l'appliquer à un contexte commercial. On ne peut pas être plus libre qu'en 2018 pour composer de la musique – il est maintenant possible de créer un album depuis un portable – mais qu'est ce qu'on fait de cette liberté ? Et on la met au service de quoi ? »

Cette liberté de composition, Lonely Band l'a trouvée au sein de sa bande de cœur et de musique, celle de Grande Ville, un collectif peuplé d'artistes comme Jimmy Whoo, Bonnie Banane, Jazzy Bazz ou Monomite pour n'en citer que quelques-uns. Tous proposent des mondes distincts et puissants allant de la pop au rap en passant par la soul. « On s'inspire les uns les autres. On voyage ensemble. J'ai traversé les États-Unis avec Jazzy et Jimmy Whoo. C'était fort. C'est quelque chose qu'on partagera pour toujours. Je crois qu'on s'est tous accordés autour d'une même esthétique que l'on défend chacun à sa manière. Et puis il y a tout un ensemble de valeurs qui nous anime – l'intégrité et la sincérité dans ce qu'on fait. Grande Ville est une entité qui nous dépasse et nous rend humbles, » explique Lonely Band.

Aujourd'hui, le chanteur nous fait le don de son nouveau clip, « Watchout », une virée solitaire dans un New York quasi désert, filmée par les soins du photographe et réalisateur Axel Morin. Une façon de découvrir Lonely Band jouer sur un autre thème. « Je voulais rendre hommage à cette ville et la façon dont elle impose une certaine solitude, lance Lonely Band avant d'ajouter, En fait je souhaite aux gens de mieux vivre leur solitude, de la comprendre. C'est lorsqu'on est seul qu'on prend les plus grandes et les meilleures décisions. » Et Lonely Band s’imposera donc comme la bande-son de nos prochaines retraites méditatives.

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