ce qu'il fallait (absolument) écouter en 2016

De La Femme à Princess Nokia, i-D a dressé sa liste alternative des albums qui ont marqué l'année – et plus encore.

par VICE Staff
|
29 Décembre 2016, 10:00am

Plus que jamais, l'industrie de la musique s'est surpassée en 2016. Rhianna et Beyonce ont régné en maitres sur les chartes, suivies de peu par Solange. Skepta est devenu universel tandis que Frank Ocean a joué avec nos nerfs en retardant la sortie de son nouvel album. Kanye, quant à lui, a sorti The Life of Pablo, un opus qu'on n'oubliera pas. Mais dans l'ombre de ce peloton de tête se trouvait une pléthore d'artistes dont on ne parle malheureusement pas assez. De Kano à Paradis, i-D a dressé sa liste alternative des albums qui ont marqué l'année 2016.

Trim,1800-Dinosaur Presents Trim
Cette année, Skepta et Kano divisait l'industrie de la musique. Tout le monde se demandait qui des deux allait remporter le prix Mercury et se voir couronner Roi 2016 du Grime. Dans l'ombre de ces deux monuments Trim sortait son album 1800-Dinosaur, sur le label de James Blake, 1-800. Avec des productions signées Airhead, Happa, Bullion, Boothroyd ainsi que Dan Foat, Klaus et James Blake, l'album est un aboutissement à la fois artistique et personnel pour Trim, en ce qu'il est le premier véritable album de l'artiste (qui a pourtant déjà signé près de 14 mixtapes et 4 EPs). 1800-Dinosaur est un opus hyper abouti et profondément intimiste. À travers ses rimes, le MC partage ses doutes existentiels et explore des sujets comme l'isolement et la solitude.
À écouter aussi : Before I Lied

La Femme, Mystère
En septembre dernier, le groupe rock français originaire de Biarritz sortait un deuxième album tout à l'image de 2016. Un Mystère qui s'ouvre sur un trip sous acide avec Sphynx, puis enchaine sur des questions existentielles avec Où Va le Monde ou encore Mycose avant de lâcher les gonds et embarquer pour un New-York glam et punk avec le titre Tatiana. Nous les avions rencontrés sur les toits de Paris pour parler de rock, de leurs voyages et de machines à café. Avec Mystère, Sasha, Marlon, Sam, Noé et Clémence nous montre le chemin vers un monde foutraque et libéré - une échappatoire dont on avait grand besoin cette année.
À écouter aussi : Septembre

Kano, Made In The Manor
Comme vous le savez peut-être déjà, Kano n'a pas remporté le prix Mercury mais son dernier album reste l'une des plus belles sorties de l'année. Rattachant le grime à ses racines jungle et garage, célébrant ses quartiers de prédilections que sont East Ham, Bow et Kingston, Kano rend hommage au genre le plus irrévérencieux depuis le punk et à toute son histoire.
À écouter aussi : Three Wheel-Ups

Princess Nokia,1992
Le 5 septembre 2016 est un jour à marquer d'une pierre blanche. C'est la date à laquelle Destiny (aka Princess Nokia) faisait découvrir Tomboy au monde entier. Nous tombions alors tous raides amoureux de son flow et de sa gouaille. Dans Brujas, la rappeuse de 24 ans défend ses origines afro-latines. Dans Kitana, elle se hisse une place parmi les meilleurs rejetons rap d'Harlem. Une place qu'on lui accorde volontiers tant son énergie est sans égal, son flow imparable et son style incomparable.
À écouter aussi : Brujas

Lemon Twigs, Do Hollywood
Les deux frères les plus cinglés du rock ont sorti cette année un bijou d'album sur lequel on retrouve leur univers fascinant et tout un tas de riffs hypnotiques. Brian et Michael d'Addario semblent être sortis du ventre de leur mère avec une guitare à la main et un pattes-d'eph aux jambes. Ensemble, ils écrivent la BO parfaite de l'adolescence, vocalisent leurs maux existentiels et leurs amours perdus sur des mélodies incroyablement bien établies, tout en jouant aux équilibristes entre rock psyché et envolées cheesy. Une chose est sûre, les Lemon Twigs prouvent que le rock n'est pas mort et que sa nouvelle garde promet de grandes choses.
À écouter aussi : These Words.

Prince Waly, Junior
On a dit « l'héritier du rap français », tant Prince Waly pave le futur en assumant les rythmes et certains flows du passé, le phrasé de Ill des X-Men, les ensemble peau de pêche Sean John des décennies passées. Mais au-delà d'une simple résurgence old school et d'une esthétique millimétrée, le rappeur de Montreuil distille un univers bien à lui, un monde plein de référence cinématographique où la rime est carrée, et le mot fait trois saltos avant de retomber sur ses pattes. L'écho des années 1990 est sincère et relevé à la production par les sonorités de l'alchimiste Myth Syzer, qui signe les instrus d'un EP que l'on attendait en trépignant. Plus qu'un héritier, le rap français s'est trouvé son conteur.
À écouter aussi : Cherry

Sunflower Bean, Human Ceremony
Certains disent que le rock est mort. Les Sunflower Bean, eux, prouvent le contraire. Leur dernier album, Human Ceremony, a été écrit dans la cave des parents de l'un des membres du groupe, Jacob, et enregistré en l'espace de 11 jours seulement. Dans Human Ceremony, le groupe déploie un rock psyché comme on n'en fait plus beaucoup et une énergie indomptable. Un grand sage nommé Lou Reed a dit un jour : "Fais un album, et vis à fond". Julia, Nick et Jacob semblent être sur la bonne voie.
À écouter aussi : Come On

Anderson .Paak,Malibu
Camarde de classe de Kendrick Lamar et protégé de Dr.Dre, Anderson .Paak est d'une finesse inouïe. Dans son album Malibu, .Paak propose un fin mélange de funk, rap, soul, gospel, blues et jazz dont lui seul connaît le bon dosage. L'album s'ouvre sur les saxos envoûtants du morceau The Bird et se termine, 18 titres plus tard, sur le morceau triomphal The Dreamer. L'album tout entier est un voyage immersif incroyable, un monde à lui seul. Il comprend des collaborations avec ScHoolboy Q, The Game et Talib Kweli. Niveau sons, mélodies et paroles, il se hisse parmi les meilleures sorties de ces dernières années. Anderson .Paak signe un opus mesuré à la perfection, sans chichis et pourtant extrêmement riche. Dans ses textes, le musicien raconte son éducation religieuse, sa vie en tant que producteur de weed et sa relation houleuse avec son père tout en voguant entre rap et chant, hip-hop et R'N'B. Tout comme son confrère Lamar, Anderson .Paak veut faire passer un message : il faut se battre pour déjouer le destin.
À écouter aussi : Come Down

Blood Orange,Freetown Sound
Reprenant l'aura jazzy du précédent album, Cupid Deluxe, sorti en 2013, Freetown Sound poursuit le travail discursif et revendicatif de Blood Orange, abordant des sujets comme la religion, la masculinité noire et l'injustice sociale. Comme le confiait Dev, l'album s'attache à décrire "la vie d'un jeune noir en Angleterre et aux Etats-Unis… Décrire le moment où j'ai traversé l'Atlantique pour rejoindre le continent américain à 21 ans, l'âge qu'avait ma mère lorsqu'elle quittait la Guyane pour rejoindre les côtes anglaises et lorsque mon père quittait le Sierra Leone pour s'installer à Londres." Nous l'avions rencontré à New-York, dans une librairie de Soho pour parler de son album, de sa vie et de ses combats politiques.
À écouter aussi : Best To You

Paradis
Le chic, l'élégance. C'est finalement ce qui vient assez vite à l'esprit en écoutant le premier album de Paradis, duo parisien qui aura peaufiné sa sortie plusieurs années durant. Décidément, prendre sont temps est de mise ces temps-ci, et c'est tant mieux. Avec Recto Verso, les deux musiciens explorent le concept de dualité, tout ce qu'il sous-entend du conflit créatif et de l'amitié qui lient Simon Mény et Pierre Rousseau. Après nous avoir enchantés de DJ set énergiques et de morceaux éthérés pendant des années, Paradis trouve sa cohérence en un bébé pop où la voix est instrument, l'instru chaloupée, estivale, et où la proposition musicale est à l'image des deux talents : sincère et pudique.
À écouter aussi : Toi et Moi

Giggs, The Landlord
Parmi tous les albums de Giggs, The Landlord, sorti cette année, est celui qui a connu le plus de succès. Il comporte plein de moments musicaux incroyables, comme 501 en featuring avec CasIsdead ou encore Lock Doh dans lesquels Giggs se montre féroce. Mais l'album enserre aussi toute la tendresse du rappeur. Dans certains morceaux, Giggs parle de solitude, de trahison et confie ses peurs. L'intro de l'album tout comme les morceaux Swervin' et The Process prouvent que Giggs est bien plus qu'un simple rappeur du sud de Londres. Alors oui, il peut vociférer un flow effrayant dans le micro mais sait aussi se montrer très sensible.
À écouter aussi : 501 Ft. CasIsDead

Oko Ebombo, Naked Life
Bon, on ne peut pas véritablement parler d'album puisque Naked Life est un Ep mais on ne pouvait décemment pas dresser notre liste des sorties musicales qui ont fait l'année 2016 sans parler d'Oko Ebombo. Rejeton du 10ème arrondissement de Paris, Oko est un être hybride, à la marge de tout. Danseur, chanteur, performeur et démiurge, voilà quelque temps qu'il établit un ordre cosmique à part, un plan d'évasion écrit avec plein d'amour, d'élégance et de finesse, pour nous sauver de notre torpeur et de 2016, bien sûr.
À écouter aussi : IRO

Soft Hair, Soft Hair
Si le 28 octobre dernier, vous êtes tombé sur cet album et vous êtes dit "attend une seconde... ce ne serait pas la voix de Connan Mockasin accompagné par Sam Eastgate du groupe Pier / LA Priest sur un flow aussi trippy que sensuel ?", vous faites partie des gens les plus perspicaces qui soient. Inspiré d'un "univers sexy peuplé de lézards humains mutants aux cheveux blonds, imaginé dans un sommeil profond [par le duo] il y a quelques lunes de ça", l'album a la particularité d'enserrer les cris les plus aigus et les plus graves des deux chanteurs, posés sur des synthés et des lignes de basses hyper sensuelles. Probablement l'album le plus sexy de 2016.
À écouter aussi : Lying Has To Stop

Moodymann, DJ-Kicks Compilation
Le légendaire Dj Moodyman a mixé 30 tracks, soit 80 minutes de musique pour le 51ème opus d'une longue série. Ici, pas de restrictions de tempo ou de genre, le gourou de la scène house et techno de Détroit a pris toutes les libertés possible pour curater un line-up plein d'amour et de soul. Tous les grands hymnes électro et house de ses dernières années s'y trouvent. À se procurer absolument.
À écouter aussi : Cody ChesnuTT: Serve This Royalty

Tove Lo, Lady Wood
À peine le premier single de l'album sorti, nous savions que la reine de la pop suédoise venait de mettre au monde l'un des plus beaux opus de l'année. Les clips accompagnant la sortie de l'album s'inscrivent dans une nouvelle tradition de vidéos à la fois romanesques et surréalistes, entamée par Beyonce à l'occasion de la sortie de son album Lemonade. On y retrouve des voitures qui brûlent, du pétrole et du cuir. On n'est pas sûrs d'avoir tout compris mais on adore.
À écouter aussi : True Disaster

King, We Are King
Cette année, le trio originaire de LA, King, a fait une apparition remarquée. Comptant parmi ses fans les plus fervents Prince, Solange, Dev Hynes et Kendrick Lamar, le groupe féminin composé par Anita, Amber et Paris risque de faire de plus en plus de bruit. Leur univers musical se déploie autour d'une soul pure, douce et profonde. Une sorte de fusion entre les héritages laissés par les reines soul Sade et Jill Scott avec une pointe de Floetry et de Stevie. Un équilibre parfaitement maitrisé. Les filles de King sont vraiment des reines.
À écouter aussi : Supernatural

Garbage, Strange Little Birds
Il y a 21 ans, le groupe Garbage entamait sa carrière. Aujourd'hui, le trio revient avec un sixième album, Strange Little Birds. Un album ultra dual, tout en blanc et noir, à la fois doux et puissant - un retour à l'image de la leadeuse Shirley Manson et de ses camarades, et un rappel de l'époque où elle était la chanteuse écossaise la plus rock de sa génération.
À écouter aussi : Empty

Justice, Woman
Il y a 10 ans exactement, le groupe Justice balançait ses premiers sons et marquait à jamais l'histoire de l'électro française et la décennie 2000. Toujours en vestes cuir et jeans slim, les parisiens Gaspard Augé et Xavier de Rosnay reviennent cette année, plus matures que jamais, avec un nouvel album très funk, Woman.
À écouter aussi : Randy.

Yussef Kamaal, Black Focus
Il y a quelques mois, i-D rencontrait Shabaka Hutchings, le nouveau prince du jazz. C'était juste avant que le duo londonien Yussef Kamaal sorte un premier album, Black Focus, placé sous le signe de la conquête. Ensemble, Yussef Dayes et Kamaal Williams réinventent le jazz, tout du moins sa matrice, en le mêlant avec des rythmes jungle, house et hip-hop. À Peckham, dans le sud de Londres, ils préparent le nouveau règne du répertoire jazz - et on est ravis.

À écouter aussi : Low Rider

Credits


Texte Hattie Collins, Frankie Dunn, Matthew Whitehouse, Antoine Mbemba et Micha Barban-Dangerfield.
Photographie Alasdair McLellan. Stylisme Julia Sarr-Jamois. Princess Nokia pour i-D, the 35th Birthday Issue.

Tagged:
garbage
Kano
GIGGS
Blood Orange
Albums
La Femme
anderson paak
EPs
king
Paradis
The Lemon Twigs
yussef kamaal
Prince Waly
oko ebombo
processe nokia
sunflower beam