Sanchez-Kane by Julien Tell

5 marques à suivre repérées à la fashion week homme de new york

Du Mexique de Sanchez-Kane au métissage de Landlord, entrez dans le tourbillon des marques new yorkaises qui ont fait tourner les têtes de la Fashion Week Hommes.

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juil. 20 2017, 1:00pm

Sanchez-Kane by Julien Tell

Cinq ans, ça peut paraître peu dit comme ça, mais dans le cas qui nous concerne c'est quand même assez significatif. Cinq ans, c'est le jeune âge de la fashion week homme de New York, fêtée ce mois-ci par plus de 50 designers. Une bardée de créatifs à des années lumières du minimalisme de l'hiver. Cinq ans, c'est significatif, parce qu'en aussi peu de temps, ce rassemblement d'abord pensé comme une respiration au milieu de la frénésie du calendrier féminin est devenu un événement incontournable. Scruté par le monde entier. Un tremplin pour les jeunes créateurs et une assise de plus en plus confortable pour les plus anciens. Cette année, les pièces et collections les plus marquantes étaient à chercher du côté des nouvelles marques, des designers locaux. Ceux qui sont en passe de dicter la mode new-yorkaise. 

Photographie Andrew Jacobs

BODE
Choisir de présenter sa collection le matin, et faire de cette partie de la journée le thème de son défilé, c'est osé. C'est en tout cas à l'exact opposé de ce à quoi les défilés de la fashion week nous ont habitué : la musique qui tabasse et l'éclairage peu flatteur. Ici les mannequins de la new-yorkaise Emily Bode s'allongent et s'étirent sur des lits dont l'apparent confort laisse rêveur, et Skylight Clarkson Square devient la réplique d'un grenier cosy du sud de la France. Les tissus eux aussi sentent le soleil. Ils viennent du Midi. Emily s'est attachée à faire venir des étoffes de France  jusqu'à elle, pour les retravailler ensuite, les découper, les transformer en minutieux pantalons et manteaux matelassés. Les pièces de Bode osent motifs, assemblages et associations de matières. L'un de ses pantalons est taillé à partir de sacs anciennement utilisés pour transporter de la farine de maïs. Il fallait beaucoup d'imagination pour l'imaginer s'accorder avec des chemises en tartan. Emily en a apparemment à revendre, et c'est contagieux. 

Photographie Julien Tell

Sanchez-Kane

Il y a deux semaines, Bárbara Sánchez Kane a dévoilé quelques looks de sa marque Sanchez-Kane à la New York's Urban Art Fair. Diplômée d'une licence en ingénierie industrielle, la créatrice est peut-être plus familière des galeries que des podiums. Le mois dernier, elle a collaboré sur une installation avec l'artiste visuelle Orly Anan à l'occasion de The White Night, un événement célébré à Mexico, sa ville d'origine. La Fashion Week Hommes de New York était sa première sortie en solo depuis son VFILES en septembre dernier. Mais force est de constater que son esthétique est déjà assumée et singulière : « une mode mexicaine gouvernée par le chaos émotionnel » indique la section « à propos » du site de Sanchez-Kane.

Les looks présentés par Bárbara cette saison auraient pu avoir leur place dans une galerie d'art, broderies traditionnelles au premier plan et t-shirts sur cintres, mais ses pièces prennent tout leur sens une fois portées, à l'image de ce masque en filet, où elle exprime la difficulté du langage espagnol à mettre des mots sur la violence du genre. « Chez moi, le mec est considéré comme un 'macho sentimental' explique Bárbara en backstage. Il est fort mais il sait aussi montrer ses sentiments. Surtout, il n'a jamais peur. » Elle utilise le motif du moulin à vent et sa dimension carnavalesque pour symboliser le décalage face aux attentes de la société. « Parfois, on naît avec un véritable plan de vie. Alors on fait passer clandestinement des choses aux frontières de soi. Cacher ses sentiments, c'est une forme de contrebande. En se voilant la face, on se réprime soi-même. Le moulin à vent, c'est un motif qui amène de l'espoir. »

Landlord
Du reggae japonais ? Ça peut sembler étrange. Pourtant, à la fin des années 1960, quand le patois jamaïcain et les rythmes offbeat commencent à s'échapper de Kingston, c'est pour atterrir assez rapidement dans le giron des contre-cultures d'Asie. Ryohei Kawanishi a passé toute sa vie d'adulte entre le Japon, le quartier carribéen de Dalston, à Londres, et le nord de New York City. Un triptyque qui explique en partie sa connaissance du reggae et les couleurs de la collection qu'il présentait cette année, empreinte de culture jamaïcaine. Beaucoup de rouge, de vert et de jaune, parfois l'inscription sur une pièce des mots « Bob » ou « Jerk Chicken », et l'apparaition au détour d'un pli d'une chaîne en argent en forme de feuille de cannabis. Un hommage qui aurait pu paraître forcé, mais que l'aisance streetwear de Ryohei rend totalement organique et sincère. 

Photographie Kevin Buitrago

Linder

C'est l'heure la plus chaude du jour le plus tropical de la fashion week. Nous sommes dans une maison de la 18ème avenue, et un public trié sur le volet se serre dans une pièce pour découvrir l'une des plus petites marques au programme. Sur le papier, il y a de quoi s'attendre à un moment guindé et élitiste, mais il n'en est rien. Parce que Linder renverse les genres, baisse les pantalons et fait parader les rejetons diamantés de l'ère MTV pour livrer l'un des défilés les plus originaux de la saison. Si vous pensiez que le jean patchwork lessivé et les ceintures taille basse en strass n'étaient plus d'actualité depuis 2001, date à laquelle Britney et Justin rentraient dans l'histoire des Music Awards américains, vous avez tort. Les créateurs Sam Linder et Kirk Millar parient sur le retour de la boucle d'oreille à une seule oreille, associé au manteau Matrix customisable et aux tongs plateformes ornées d'anneaux en argent. Alors que la nostalgie et la fluidité des genres semblent être les pré-requis de n'importe quelle collection, Linder parvient à demeurer radical. 

Photographie Akram Shah

LUAR

Parfois la meilleure inspiration vient de ce qu'on ne connaît pas. Raul Lopez n'a jamais travaillé dans un bureau, ce qui explique peut-être qu'il soit si emballé à l'idée de rester 9 heures dans une cabine d'essayage. Pour sa nouvelle marque LUAR, l'ancien créateur de Hood by Air s'est inspiré du look quotidien d'un employé de bureau, en cherchant à travailler à sa déconstruction. Les costumes à rayures se transforment donc en bustiers et les chemises à cols boutonnés en robes bretelles à franges. La version Lopez d'Alice au pays des merveilles, c'est un bureau renversé, où les costumes sont à la fois bizarres et engageants, serrés à la taille par des ceintures disproportionnées et de géantes écharpes de satin. Le créateur excelle dans l'art de repousser les frontières : il y a quelques mois, un look éclatant les conventions binaires atteignait plus de 24 000 likes en étant reposté par The Shade Room. Possible que depuis, il soit vraiment sur la lune. 

Credits


Texte Hannah Ongley