bronx, vuitton et béton, tyshawn jones réveille le skate new-yorkais

L’enfant du Bronx, Tyshawn Jones, 18 ans, est l’une des plus grandes perles du skateboard mondial, i-D l’a rencontré pour parler skate, style et avenir.

par Emily Manning
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05 Avril 2017, 9:25am

Tyshawn wears jacket Supreme. Jeans model's own.

« Louis [Vuitton] ou Gucci ? » C'est la question que pose Tyshawn Jones en cette après-midi ensoleillée mais plutôt froide au skatepark de Coleman, dans le quartier du Lower East Side à New-York. Récemment refait à neuf, ce skatepark se situe juste en-dessous de l'imposant Manhattan Bridge, et le bruit assourdissant des trains coupe régulièrement court aux conversations, jusqu'à ce que le métro soit passé. La mode est le sujet du débat car l'un des amis de Tyshawn, le skateur Troy Stillwell, porte une écharpe de la maison italienne. Cette écharpe noire et jaune - que Troy utilise comme capuche pour se protéger du vent glacé - a été créée en collaboration avec Trevor Andrew (alias Trouble Andrew), le « Gucci Ghost ». Alors que la tenue de Troy parle pour lui, Steven Valentine et Brian Briggs, deux futurs grands noms du skate qui traînent avec Tyshawn ont un avis moins tranché. Tyshawn lui, est déjà convaincu, pour lui, c'est « Louis ».La réponse du jeune homme de 18 ans, né dans le Bronx, n'est pas surprenante quand on pense à la récente collaboration de l'illustre maison française avec Supreme - la marque streetwear new-yorkaise que les plus grandes stars du skate s'arrachent depuis 1994. Tyshawn lui, a commencé à fréquenter la boutique Supreme de Lafayette Street dès l'âge de 13 ans. Depuis, il s'est surpassé pour devenir l'un des plus grands talents du skateboard mondial. 

En 2014, Supreme sortait sa première vidéo autour du skate, cherry. Dirigée par William Strobeck (alias Bill Strobeck), le film mettait en avant des légendes vivantes (Mark Gonzales, Jason Dill) et des nouveaux visages : Tyshawn, Sean Pablo Murphy, Aidan Mackey, Sage Elsesser, Nakel Smith et Kevin Bradley. Ce jeune et dynamique casting a depuis participé à la plupart des projets de Strobeck. Dernièrement, ils ont même tourné à Paris, où une boutique Supreme a ouvert l'an dernier. Bien que la plupart des séquences de la vidéo cherry aient été tournées à Los Angeles, certains des moments les plus forts ont pour décor les rues de New-York. On pense bien sûr à Alex Olson qui place un magnifique wallie en backside sur un tas de barrière (avant de s'embrouiller avec un touriste dans le Tompkins Square Park). Ou encore à Sean Pablo, qui montre sa planche usée - sur laquelle est inscrit au marqueur argenté « Take My Virginity Away » - au milieu d'un quai de métro alors qu'un train passe derrière lui. On se rappelle aussi de la séquence où Kevin, Nakel et Tyshawn détruisent le fameux gap du palais de justice. Enfin, Tyshawn, 14 ans, transforme le Financial District en terrain de jeu, avec le morceau de Chief Keef, « I Don't Know Dem », en toile de fond.

Sans surprise New-York est la ville préférée de Tyshawn pour skater. « Ce n'est pas comme dans les autres villes où le rythme est plus lent. Ici je peux skater où je veux, explique-t-il. (Peut-être plus pour très longtemps, lorsque nous nous sommes rencontrés au skatepark de Coleman il venait de s'acheter sa première voiture). Tout va plus vite ici ; c'est ce que j'aime le plus. » Bien que le skate lui offre une grande indépendance, Tyshawn explique qu'il préfère skater avec sa bande. Et grâce à ses nombreux efforts, Bill Strobeck parvient parfaitement à illustrer le style et les capacités de la bande, en plus de leur sincère amitié. « Bill, c'est mon pote. Je lui parle tous les jours, dit Tyshawn. J'adore tous ces gens. Travailler avec Supreme, c'est que du plaisir. »

Difficile de croire que cherry va seulement fêter son troisième anniversaire, quand on se penche sur tout ce que Tyshawn et ses potes ont fait depuis la sortie du film. L'année dernière a sans doute été la plus garnie jusqu'à présent : il a fait la une de TransWorld, vu sortir une planche à son effigie chez Fucking Awesome, fait partie de la liste des nommés pour le prix Trasher des skateurs de l'année et fait sa première vidéo Away Days avec adidas Skateboarding. Enfin, il a terminé l'année en beauté avec la première vidéo promotionnelle de la marque Hardies Hardware, une marque d'accessoires de skate et de vêtements qu'il a créé avec Nakel et Kevin. Né d'un pari fou entre les trois jeunes, Hardies est instantanément devenu reconnaissable de part son logo, un poing serré, symbole de cette solidarité significative. « C'est super cool, mais c'est beaucoup de travail, explique Tyshawn. C'est vraiment différent du fait d'avoir un sponsor ; on gère notre marque et c'est une autre histoire. Les gens pensent que diriger son entreprise est une chose facile, mais une fois que cela devient un business, c'est éprouvant. » explique-t-il. Cependant il semble apprécier l'expérience : « Ça a été génial de voir ce projet grandir jusqu'à présent, voir le nombre de gens qui l'apprécient, des gens se sont même fait tatouer [le logo], » avoue Tyshawn en souriant. Il semble avoir une idée très précise du futur de la marque. 

Le mois dernier, Tyshawn révélait une nouvelle collaboration en édition limitée entre Hardies et adidas Skateboarding. Cette interprétation subtile mais stylée des silhouettes classiques d'adidas présentait des cols roulés, des pantalons de survêtements ou encore des sneakers « Matchcourt ». Tout était imprégné du style Hardies. Le poing levé et serré apparaissait sur les t-shirts, les casquettes brodées ou sur la languette des chaussures. Pleine de cohérence, cette collection a été mise en avant dans une vidéo où Tyshawn et son équipe foncent dans les rues du Bronx aux côtés des motards des Go Hard Boyz. Troy, Steven et Brian ont tous rejoint Tyshawn sous le soleil du Bronx pour arpenter les larges boulevards du quartier. Slalomant entre les quads et les motocross à pleine vitesse, la cacophonie des moteurs de la petite troupe ont attiré l'attention de tous les passants. « L'été on les voit partout donc je voulais qu'ils soient là, en train de faire des tricks en même temps qu'on faisait du skate, parce que personne n'a jamais fait ça » dit-il. Cette collaboration est représentative de la façon dont Tyshawn s'est fait un nom : en bossant avec ses amis, en se faisant confiance et en restant lui-même. « Il faut rester soi-même, être concentré et travailler dur. Il faut avoir faim, conseille-t-il. J'ai toujours faim. »

Credits


Texte Emily Manning 
Photographie Stef Mitchell 
Assistante Photographie Georgina Koren 

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