études studio : "nous voulons être justes"

Le label français vient de présenter sa dernière collection lors de la fashion week parisienne. Fidèles à l'univers qu'ils développent depuis quelques années maintenant, ils imposent Études Studio dans le paysage du streetwear français. Calmement.

par Tess Lochanski
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28 Janvier 2016, 11:35am

Ils sont de plus en plus nombreux, en France, les adeptes d'Études Studio. On les reconnaît facilement, avec leurs sweatshirts étoilés et leurs couleurs tranchées. Études Studio est un label (une maison d'édition, une marque de mode et un collectif de DA) créé en 2012. Lancé par Jérémie Egry et Aurélien Arbet, deux amis d'enfance qui travaillent ensemble depuis plus de dix ans, ils développent avec Nicolas Poillot (photographe en charge des livres) et José Lamali (styliste) leur identité avec calme et détermination. Très sereine et graphique, elle est en train de s'imposer comme une référence du streetwear à la française. Nous les avons rencontrés quelques jours avant leur défilé dans leur espace de la rue Debelleyme à Paris.

Comment vous vous êtes rencontrés tous les deux ?
Jérémie : On vient de la même région de France tous les deux : on s'est rencontrés très jeunes, en 1996. On avait 16 ans. On vivait dans le même quartier, on était voisins et on graffait ensemble.

Vous aviez les mêmes goûts à cette époque ?
Jérémie : Oui je pense. C'est un mode de construction, d'évolution partagé.

Vous vous êtes suivis depuis ?
Aurélien : Chacun avait sa vie mais on a toujours collaboré ensemble depuis ce moment là. On avait lancé notre premier projet concret - le graff est concret mais c'était pas un projet - on a fait une première marque de streetwear ensemble, début 2000. On a commencé à créer et on est devenus des jeunes avec des idées.

Plus que la mode, c'était l'idée d'un univers de l'image qui vous parlait, non ?
Aurélien : On n'avait que des images, très peu de produit ! L'univers d'abord. Mais, au fur et à mesure, on a creusé le sillon de la mode, on a visité des usines, compris le métier.

Jérémie : La mode, c'est un support. On voulait être à l'initiative d'un projet concret et le doter d'un univers. La notion de direction artistique était plus notre truc que le vêtement lui-même. On avait l'envie d'un travail collaboratif, qui mêle plusieurs univers. C'est ce qu'on retrouve dans Études aujourd'hui, c'est la continuité de notre première histoire.

Vous pensez que ça veut encore dire quelque chose aujourd'hui, ''streetwear'' ?
Aurélien : Oui. La lecture est plus simple car plus assimilée aujourd'hui. On en profite mais on a toujours fait ça. On est les enfants de cette génération. Ces choses-là, on est nés avec. Cette culture des années 1990, l'essor du sportswear, c'est notre jeunesse, notre histoire. On travaille autour de cette époque de façon naturelle. Donc oui, on est assez à l'aise avec ce terme de ''streetwear''. C'est ce que les gens portent autour de nous. Tout simplement.

C'est votre définition du streetwear ?
Aurélien : On vit dans des grandes villes, on regarde comment s'habillent les gens et c'est pour eux que l'on dessine nos vêtements. Le terme a évolué entre le début des années 2000 et maintenant. Mais pour nous, il fonctionne encore.

Jérémie : C'est une question de degrés je pense. C'est la manière de l'appréhender, de le faire évoluer, de l'inscrire dans une nouvelle époque qui compte. On pourrait dire ''streetwear contemporain'' mais est-ce que c'est bien nécessaire ?

Votre univers est très cohérent... Comment vous le définiriez brièvement ?
Aurélien : Pour Études, on a eu envie de rassembler tous ces éléments sous un même nom. La cohérence était un enjeu crucial. On avait clairement une volonté d'épurer, c'est notre esthétique graphique. On essaie de délivrer un message, rien n'est gratuit dans ce qu'on fait. On remonte aux origines de la création et je pense que ça se ressent dans nos choix. Les codes graphiques servent l'identité esthétique d'Études : la typographie, la numérotation, la couleur bleue qui signent nos projets...

Jérémie : Engagé, minimal et graphique.

Qu'est-ce qui vous tient à coeur en ce moment ?
Aurélien : Le discours politique est toujours un peu symbolique, on n'a pas envie d'avoir cet axe-là. Mais on évoque un mode de vie à défendre, une curiosité et un engagement nouveau. Les choses peuvent être faites différemment, tu peux creuser, appuyer, lire des livres, voir de l'art. Le projet est un moteur pour ceux qui nous suivent. Faire les choses de façon contemporaine. C'est l'idée d'être un fuel pour les gens.

La mode est dans la vie de tous les jours, de façon totale. Vous en êtes conscients ?
Aurélien : C'est très important pour nous. Si tu portes un produit à nous, ce n'est pas juste fonctionnel : c'est un vêtement qui délivre un message. Le message, c'est une sorte d'engagement à la curiosité artistique, c'est aussi une mise en abyme de la création. Le vêtement est un excellent medium pour transmettre ces valeurs.

Jérémie : C'est aussi une valeur de constat. Il y a de l'ironie, du témoignage de cette époque. C'est ce qu'on essaie de montrer. C'est le témoin d'un temps. On est attachés à notre époque, on veut marquer le temps en créant, en analysant, en produisant du concret : à travers les livres, les collections. On veut être justes. 

Les ateliers sont à Paris mais l'un de vous deux vit à New York. Pourquoi Paris ?
Jérémie : On avait la volonté de s'ancrer dans une zone : Paris s'est avéré être le point de croisement entre nous. On n'est pas nés à Paris donc on a toujours été plus excités de bouger, d'échanger entre les différentes villes. Entre Paris et New York se joue un vrai dynamisme.

Vous êtes perçus comme français à l'étranger ?
Jérémie : Oh oui ! Même si ce qu'on propose n'est pas 100% français dans l'ADN. Mais on a un mot, Études, qui est notre signature et qui est français. C'est notre signe d'appartenance au territoire. Même si le style s'inspire de la culture anglo-saxonne.

Dans des villes très connectées aujourd'hui, vous pensez qu'on a toujours un ''style'' défini ?
Jérémie : À Paris, bien qu'il se distingue par sa neutralité, le style est là, singulier. On reconnaît une silhouette française dans la rue, une anglaise, même si c'est subtil.

Quelle est votre plus grande fierté à ce jour ?
Aurélien : D'avoir ouvert cet espace. On se faisait la réflexion, que c'est un nouveau projet au sein du projet. La fierté c'est aussi de parvenir à travailler ensemble, à impliquer d'autres personnes, à créer une synergie, une entreprise. Se dire que ce projet existe et le voir grandir, c'est une vraie fierté.

Paris, il y a une énergie nouvelle en ce moment ?
Jérémie : Oui, j'en ai l'impression. C'est de plus en plus clair.

Aurélien : La ville s'ouvre. On est heureux de faire partie de cette nouvelle attitude. Et fiers. 

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