le photographe daragh soden raconte la désarroi de la jeunesse de dublin

Le lauréat du Grand Prix photo du festival d'Hyères a dédié sa série à la jeunesse son pays. À la lumière du Brexit, ses images ont rappelé à quel point la bienveillance et la gaité constituaient pour la jeune garde artistique de nouvelles formes de...

par VICE Staff
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02 Mai 2017, 2:45pm

Il y a quelques jours, la foule amassée sur les pelouses de la villa Noailles fêtait à l'unisson la jeune création qui concourait au festival annuel de mode et de photographie, le temps d'un week-end prolongé. Elle aurait vite fait d'oublier l'injonction à se rendre aux urnes, le spectre du nationalisme et l'atmosphère suffocante de cet entre-deux-tours. Il en a été autrement. Le discours solennel et engagé de son directeur Jean-Pierre Blanc, le soir de l'inauguration du festival, s'est chargé de nous le rappeler. Le jury photographie, majoritairement composé de personnalités anglo-saxonnes (il était présidé par le photographe Tim Walker et comptait parmi ses membres les créateurs Molly Goddard et Charles Jeffrey) qui a décerné son grand prix à l'Irlandais Daragh Soden, nous a offert une piqure de rappel - à sa manière.

La série du photographe intituléeYoung Dubliners portait sur la jeunesse de son pays natal et résonnait comme un écho aux récents événements cataclysmiques qui ont frappé l'Europe - la montée de la xénophobie, le repli sur soi et la fermeture des frontières. Un climat anxiogène que le photographe irlandais, tout juste âgé de 27 ans, a vécu de plein fouet : «J'ai grandi dans un pays en pleine prospérité économique et sociale, explique-t-il, revenant sur le boom économique pré-2000 de l'Irlande.Et puis en 2008, tout est parti en vrille. Le pays est entré en récession, ledéficit public s'est accru, les entreprises ont fermé, le chômage a fait des ravages. Cette période a eu une vraie influence sur mon identité. » Elle en a aussi clairement eu sur sa pratique photographique, bien plus crue que la lumière tendre qui nimbe ses portraits : « A travers cette série, j'ai voulu célébrer la jeunesse, capturer son aura, refléter son insouciance, sa vulnérabilité mais aussi sa force, des qualités qu'on retrouve dans chaque génération, malgré le temps qui passe. »

Des bandes des années 1980 à aujourd'hui rien n'a changé, ou presque. Les mêmes baignades en eaux troubles, les mêmes baisers volés à l'arrière du bus et les après-midi passées à traîner l'air de rien continuent d'occuper la jeunesse d'aujourd'hui. Pour s'en convaincre, Daragh Soden avait accompagné sa série exposée dans la villa Noailles d'un texte autobiographique, réécrit à la main sur les murs :« J'ai collecté des souvenirs marquants, des anecdotes de ma propre adolescence. Mis côte à côte, le texte et les images ne forment plus qu'un seul et même récit qui reflète les thèmes universels propres à la jeunesse : l'ennui, les flirts, la sensation d'être invincible et plus bas que terre le lendemain. »

Brouillant à dessein les frontières entre auto-fiction et reportage, l'ancien étudiant en photographie documentaire a choisi d'entremêler la grande et la petite histoire dans ses images. Jamais intrusifs et volontairement distants, ses portraits révèlent une jeunesse dublinoise unie, joyeuse et métissée. Un acte politique à l'heure où elle est plus que jamais susceptible de céder à la division, le chaos et l'intolérance : « Cette jeunesse que j'ai photographiée, elle n'a jamais connu que la crise et va payer les frais des erreurs commises par ses parents. Donc c'était essentiel pour moi de lui rendre hommage en lui dédiant cette série. » À la lumière du Brexit, les photographies de Daragh Soden semblaient d'autant plus fortes qu'elles rejetaient les valeurs individualistes prônées outre-Manche. Tim Walker, photographe britannique et président du jury, y a vu un acte de « bravoure et d'honnêteté. » La graphiste américaine Ruth Ansel « le monde d'une personne qui prend des risques. » Nous, Français, y avons vu la preuve que la bienveillance et la tolérance constituaient pour la jeune garde artistique de très belles formes de résistance. 

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Photographie : Daragh Soden

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