la relève du punk est queer et elle commence avec pwr bttm

Le duo derrière PWR BTTM réconcilie esthétique trash et paillettes sur scène. i-D a rencontré Ben et Livs, les deux punks qui féminisent le genre et célèbrent le travestissement.

par Alyssa Pereira
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01 Mars 2016, 4:00pm

Ben Hopkins a les yeux qui brillent. On ne saura pas s'il s'agit d'un écueil de son concert de la veille ou de véritables paillettes qu'il s'est collées aux paupières. Liv Bruce, l'autre moitié de PWR BTTM, est étendu sur le canapé cuir de Rickshaw Stop, un club intimiste et rock'n'roll de San Francisco. Les deux musiciens se sont rencontrés par hasard, lors d'une soirée un peu trop arrosée au rhum. Bruce se déhanchait devant Ben, et Ben s'est dit : 'Wahou c'est qui cette Nancy ? Je veux être elle.'' Queer et punk n'ont pas toujours été copains. PWR BTTM, le duo qui porte paillettes et rouge à lèvre, livre des titres-fleuves aux effluves punk en toute intégrité. Mais surtout, il réconcilie l'esthétique trash et les paillettes - radical dans toutes ses formes.

À qui s'adresse votre musique ?
Hopkins : Je dis toujours que j'écris de la musique pour me sentir moins seul. Je crois que c'est Gertrude Stein qui a dit un truc dans le genre ''Construits ton propre mythe, rend le immortel.'' Il faut que les gens puissent s'identifier à ta musique. On ne peut raconter que notre histoire, celle de deux punks queer.

Bruce : La plupart de nos titres sont assez personnels. En fait, on peut carrément dire que tout l'album Ugly Cherries est un ensemble de confessions, un condensé de tout ce qu'on a du mal à dire dans la vie.

Vous pensez que vos titres ont une valeur universelle ?
Hopkins : On aimerait en tout cas. Beaucoup de fans se reconnaissent dans nos chansons, et c'est assez flatteur en soi. Enfin flatteur c'est assez moche comme mot, c'est très égocentré. Le plus cool dans la musique, c'est pas d'être musicien, c'est d'être fan. C'est une sensation géniale.

Bruce : Un bon titre te ramène toujours à une part de toi, même infime ou enfouie. Il te révèle un truc sur toi.

Hopkins : Quelqu'un a décrit notre titre ''1994'' comme une chanson d'amour nihiliste. Moi, de mon côté, je me considère comme un putain d'optimiste. Quand j'ai réécouté le son je me suis rendu compte à quel point il était triste. C'est génial d'avoir cet oeil extérieur pour définir et décloisonner ta musique.

Vous faites référence à des scènes de la vie quotidienne dans vos titres - sous la douche, dans le lit le matin - pour décrire le concept d'intimité. L'inspiration vous vient toujours du banal ?
Hopkins : Je dirais que oui.

Bruce : Le quotidien nourrit notre musique. La vie est tellement une manière de se mettre en scène. Les deux se rejoignent toujours.

On joue tous un peu un jeu dans la vie, c'est ce que vous voulez dire ?
Bruce : Complètement. Depuis qu'on est deux à jouer, on adore imaginer qui sera le bassiste de PWR BTTM. Dès qu'on voit quelqu'un, à un coin de rue, on se dit ''Hey, ça pourrait être notre bassiste''. Ça nous fait marrer de jouer de cette théâtralité. Notre bassiste pourrait être une gamine de trois ans, un vieux routier rencontré à une station service. N'importe qui en fait.

Hopkins : Le jeu qu'on joue dans la vie nous sert de levier à la création artistique.

Quand vous vous travestissez sur scène, vous avez l'impression d'être vous-mêmes ? Ou est-ce un simple avatar ?
Hopkins : En vrai, je pense que le Ben Hopkins dans la vraie vie est rongé par les remords, les regrets, la mauvaise humeur, l'angoisse. Ben Hopkins sur scène, c'est un moi au top du top. Je l'adore. 

Bruce : Je suis la partie la plus intègre de moi-même quand je suis sur scène. Ça vient de mon signe astral. Je suis Poisson. 

Quelles sont vos aspirations artistiques du moment ?
Hopkins : Je vais vraiment faire attention à ce que je porte. Parce que c'est important pour moi. J'ai tout essayé pour rentrer dans cette robe, vraiment. Le fait que certains groupes passent neuf heures à tenter de ne ressembler à rien, ou qu'ils essaient à tout prix de faire comme s'ils sautaient du lit, c'est pas si différent que ce qu'on fait. Personne n'est cool au naturel. On se déguise tous.

Bruce : J'admire énormément Dr. Frank-N-Furter, le personnage dans Rocky Horror Picture Show. Il donne l'impression d'être à l'aise dans son déguisement. En fait il faut être à l'aise avec soi-même. C'est vraiment une question de confort.

Comment fait-on pour être en accord avec une identité aussi marginale que la votre ?
Bruce : Pour certains, l'ambiguïté, comme l'androgynie, sont innées. D'autres ont plus de mal à l'accepter pleinement. J'aime m'entourer de gens qui se questionnent sur les stéréotypes qui entourent le corps, la sexualité, le genre. C'est ce qui me stimule et me touche le plus dans mes amitiés. 

Credits


Texte : Alyssa Pereira
Photographie : Sam Evans Butler

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