paris 1980, les proto-kids prennent la pose

Farida Khelfa, Vincent Darré, Edwige... Le Paris flamboyant du tout début des années 1980, celui, très jeune, qui sortait tard et ne rentrait jamais, a été immortalisé par la portraitiste Laurence Sudre, sur fond gris, l'air de rien.

par Fabrice Paineau
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12 Juillet 2016, 9:00am

Une drôle de rencontre, toujours la même, celle du hasard, de celui qui fait si bien les choses. Elle s'ordonne dans le chaos de paroles trop pressées. En mars dernier, Vincent Darré sortait de ses archives, de ses portraits d'un livre en préparation, une autre photo de lui, étrange, inédite. Elle ne ressemblait à aucune autre. Ce dandy parisien, connu pour ses mimiques bien posées, excentrées, posait là, calme. Sur cette photo en noir et blanc : droit comme un jeune ado, cheveux gominés et cigarette au bec. C'était une image de Laurence Sudre.

Quel nom si français ! Dans le registre des photographes, celle-ci n'avait pas encore percuté les oreilles du souvenir. Plus tard, dans un appartement du cinquième arrondissement, celui de Laurence, bien planqué parmi les plantes molles d'une cour, pas loin de Censier Daubenton, vivaient d'autres images. Cette femme fine, aux cheveux courts, et discrète redécouvrait presque au même moment des archives oubliées puis retrouvées par son fils, de profession charcutier. Une fine lame. Ici s'animaient encore des portraits, et en pieds, d'un format argentique peu défini, des photos d'une époque où le début des années 1980 se laissait bien enfiler par la fin des 70's. Voilà un Paris qu'on ne connaissait pas, du moins dans ses poses. Celui d'une élite de nuit, de jeunes qui remplissaient le Palace, les Bains Douches ou la Main Jaune -avant qu'elle ne devienne bleue en banlieue. Mais des portraits sans la lumière et l'agitation cernée de ces nuits-là. À la naissance de ses proto-kids répondaient des poses froides, immobiles, détachées de tout contexte hormis peut-être le signe d'accoutrement et de vêtements d'un temps : le Slooggi collant de Daniel Darc ; la chemise blanche d'Edwige, punk à lacet noir en guise de col fermé. Leurs attitudes ne faisaient pas le même bruit d'une époque folle, aucun sourire, aucune débauche naissante, à peine des yeux fatigués de ces vampires qui retrouvaient le jour d'un studio avec un bout de tissu gris pour tout décor. 

On peut voir ici la naissance d'une vie underground parisienne, de ses promesses : cette jeune Farida Khelfa, devenue épouse Seydoux, et sa moue boudeuse, le galbe bien arrondi de ses jambes de jeune fille. Mais il y a tant d'amis qui ont fait l'époque, de ces aventuriers des fêtes qui envoyaient peut-être des petites annonces salaces au premier supplément de Libération, "Sandwich". Là où Laurence Sudre a laissé quelques portraits aussi. Voilà des jeunes kids dont l'âme perdue à travers leur attributs vestimentaires ont laissé la note à des jeunes plus récents en quête d'attitude. Et cette fille un peu garçon, Françou, son tee-shirt sérighraphié par Françoise Clavel, première Clara 3000, et devenue l'esquisse à peine d'un look-book de jeunes créateurs. Changer de vie ne fait pas changer l'envie. C'est con, mais ça marche.

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Credits


Texte : Fabrice Paineau 
Photographie : Laurence Sudre

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