avec koché, marseille s'ancre dans le paysage de la mode

À bord du Danielle Casanova, la créatrice parisienne présentait une collection croisière intitulée « Le sud, bébé ! »

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juin 21 2018, 2:16pm

Qu’elle prenne ses quartiers dans une librairie new-yorkaise, sur les dalles d’une église, à Château Rouge ou en plein cœur de Châtelet les Halles, Christelle Kocher a fait des lieux de passage ceux de son inspiration. À Marseille dans le cadre du Festival OpenMyMed, la créatrice présentait mardi sa collection croisière sur un bateau de Corsica Linea, un navire grand comme le Titanic, baigné de lumière, où la ville se regardait depuis les eaux qui l’entourent. « Le sud, bébé ! » sonnait comme une invitation bravache à célébrer la mode ailleurs, face à la mer bleue et au soleil couchant, portée par l'éclat de visages inconnus : « J'aimais l'idée de cette ville face à la mer, où la mixité culturelle est extrêmement présente. On parle beaucoup de Marseille comme d'une porte sur l'Europe mais c'est aussi une ouverture vers l'Orient, l'Afrique du nord : c’est une invitation au voyage. » explique Christelle Kocher.

« Et puis c’est aussi une ville qui adore la mode et le sportswear ». Un déplacement assez logique pour celle que sa collaboration avec le PSG - qui a parlé de rivalité ? - aura finalement porté vers les terres de l’OM. « J’aime créer des dialogues entre les endroits. Je ne suis pas dans la référence littérale, mais je crois que mon travail peut évoquer des choses par bribes. On retrouve cette possibilité d'évocation dans la collection, notamment sur les bijoux. Ils peuvent aussi bien faire penser à des gangs américains qu'à des bijoux berbères ou indiens. » Et c’est précisément dans cette intention de dialogue que la créatrice s’écarte des eaux - parfois stagnantes - de la mode parisienne : ici, son carrefour n’est plus celui des Halles, il borde la Méditerranée, assiste aux allées et venues des bateaux qui transportent des objets, des rêves et des gens. À quelques jours du défilé Jacquemus qui présentera à Marseille sa première collection homme, Koché s’inscrit dans un mouvement salvateur : faire sortir la mode de ses quartiers parisiens pour mieux la libérer de ses habitudes.

À chaque show, elle le répète avec le même élan : ses plus grandes intuitions, Christelle Kocher les puisent chez les personnes qui l'entourent et dans les rencontres qu'elle fait. C'est donc naturellement qu'elle a ouvert son casting à de jeunes marseillais qui n’avaient pour certains jamais défilé. Et qu'à la fin du show, accompagnés par des modèles s'improvisant maîtres nageurs, des membres de l’équipage et du personnel de bord ont foulé le plancher du navire. « J’aime faire participer, je ne veux pas imposer : c’est important pour moi de travailler avec les gens, insiste-t-elle. C’était pour eux une expérience unique. Pour moi aussi. Je suis très attachée à la beauté des premières fois. Je crois qu'une première fois, c'est ce qu'il existe de plus pur, de plus authentique dans la vie » . Plus précieux que le Coeur de l'Ocean, c'est peut-être là le vrai secret de Koché : des visages inconnus et des démarches encore vierges de tout regard - parfois hésitantes mais toujours fières, capables d'insuffler à un défilé public la grâce d'un statement personnel.