Offset porte un ensemble Louis Vuitton par Virgil Abloh. Lunettes Chanel. Photographie : Manuel Obadia 

« j'adore endosser le rôle du leader » – offset

i-D a passé un dimanche après-midi avec Offset à Paris, juste avant qu'il ne foule le podium de Virgil Abloh.

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17 janvier 2019, 12:01pm

Offset porte un ensemble Louis Vuitton par Virgil Abloh. Lunettes Chanel. Photographie : Manuel Obadia 

Quand Offset fait irruption dans la salle du restaurant d’un chic hôtel parisien, tout de blanc vêtu, son énergie est solaire et apaisée. Il est le dernier des trois membres du groupe Migos à sortir un album solo dont il refuse encore de donner le titre : « Je veux que les gens aient tout en même temps, le contenu et le titre en même temps, car donner le titre à l’avance influence déjà la façon dont tu reçois un album.» Si Offset veut contrôler totalement la communication autour de son premier album, c’est sans doute parce que ces derniers mois, il a vécu sous le microscope des médias et des réseaux sociaux, quasiment sacrifié sur le tribunal de l’opinion publique pour sa vie personnelle. Offset est la dernière facette du puzzle Migos, un groupe qu’on ne présente plus tant leur succès est désormais inscrit dans le marbre : « Migos, meilleur trio depuis les rois mages »Migos, plus fort que les Beatles ». Ce ne sont pas les superlatifs qui manquent pour décrire les trois golden boys venus d’Atlanta.

Pourtant au début, rien n'était acquis avec leur triplet flow controversé (qui règne désormais en maître dans le rap) et leurs premiers titres viraux « Hannah Montana » et «Versace », beaucoup présageait à Migos le destin d’étoile filante du rap jusqu’à ce que sorte le liminal « Culture » début 2017. Si à l’origine, ils résonnaient d’une voix unique pour beaucoup, le temps a permis à Quavo, Takeoff et Offset de polir leur style distinctif, Offset corrobore cette version : « Je pense qu’on a tous les trois des styles de plus en plus distincts, mais la vérité c’est que faire cet album solo ce n’est pas seulement pour travailler sur mon flow et me distinguer mais aussi pour raconter mon histoire car la vérité c’est que les gens me connaissent assez mal. »

Offset Manuel Obadia
Offset porte un ensemble Louis Vuitton par Virgil Abloh. Photographie : Manuel Obadia

Peut-on revenir brièvement sur la genèse de Migos ?
Quavo, Takeoff et moi sommes de la même famille. En fait, je ne rappais même pas au départ, c’est même Quavo qui a écrit mon premier rap. On n’a pas pris le rap au sérieux tout de suite, Quavo faisait du football américain, moi aussi. Puis quelques années plus tard, on a rencontré Sonny Digital [producteur emblématique du collectif 808 Mafia, ndlr] qui nous a emmenés voir des maisons de disques car il était déjà signé… Ça n’a pas fonctionné tout de suite, on s’est fait refouler par quasiment la totalité des grosses maisons de disques. On était trop en avance sur notre temps...

C’est quand même fou de se dire que certaines maisons de disques ont manqué une occasion de signer Migos. Et puis vous êtes arrivés à un moment où Atlanta s’imposait comme la nouvelle capitale du rap…
Coach K [son manager, à la tête de Quality Control, ndlr] dit toujours qu’Atlanta c’est l’Hollywood Noir. C’est vrai qu’on est arrivés à un moment où il y avait déjà Gucci Mane, Future, K Camp, Peewee Longway et bien d’autres encore… c’était une époque folle. C’est d’ailleurs chez Peewee Longway qu’on enregistrait car il avait un studio à disposition. Tout le monde traînait là-bas, même Lil Baby du duo Lil Baby & Gunna traînaient là-bas bien avant qu’il ne soit rappeur. Peewee a fait beaucoup pour le rap d’Atlanta, c’est lui aussi qui nous a présentés à « P », l’autre boss du label Quality Control et c’est avec eux qu’on a signé et que notre carrière a pu prendre son envol.

Ou le flow Migos ?
J'adore endosser le rôle du leader. Je suis ravi de voir à quel point notre flow a séduit et influencé les gens. Beaucoup ont ragé quand les rappeurs se sont mis à rapper comme nous mais pour nous c’était surtout très flatteur. Certains rappeurs sont très « possessifs » de leur style mais ce n’est pas mon cas. Toi aussi, si un jour tu veux rapper tu peux complètement utiliser ce flow si tu veux… le plus important c’est de savoir d’où tu l’empruntes.

Vous avez tous un style très différent : Quavo est plutôt mélodique, émotionnel, Takeoff a un sens de l’humour fou. Comment tu définirais ton style ?
Mon style est plus rapide et plus agressif. Je ne chante que très peu, par contre je me concentre sur mes rimes et sur mon flow qui sont globalement plus nerveux et plus sombres. J’ai l’impression que le beat est devenu le centre de tout mais moi j’ai sincèrement envie de mettre l’acte même de rapper en avant. Par exemple, dans mon album, il n’y aura pas beaucoup d’autotune même si ça n’a jamais été ma spécialité de toute façon.

Tu sors un album dont le titre reste encore introuvable. Tu ne veux pas communiquer dessus ?
Oui, je sors un album solo. Et non, tu ne peux pas trouver le titre. Aujourd’hui, on est engloutis dans un flow d’informations constant, Tu reçois des tonnes de contenus sans rien faire, il arrive à toi en non-stop. J’ai envie que mon album vienne en temps voulu, et pour moi, un titre c’est déjà une information de trop. Je ne veux pas que les gens projettent des trucs avant même que l’album soit sorti, leurs envies ou leur avis. Je prends mon temps car je veux être sûr que tout fait sens.

Offset Manuel Obadia
Offset porte un ensemble Louis Vuitton par Virgil Abloh. Photographie : Manuel Obadia

Tu as dit un jour que ce qui t’importait c’était les chiffres. Tu ne trouves pas dommage que le rap se concentre plus sur les ventes que sur le contenu des albums en question ?
Non, absolument pas ! Les chiffres ne mentent pas ! Et le rap est un sport. Concrètement, les chiffres permettent de te situer de façon réaliste. Ça t’évite de te faire des films. On entend beaucoup parler des chiffres de première semaine, moi ça ne m’intéresse pas. Regarde l’album de Post Malone, il s’est vendu sans plus à sa sortie mais ça fait un an et demi qu’il est en tête des charts. Ça veut dire que sa musique est inscrite dans la mémoire des gens maintenant…. moi ce qui m’intéresse c’est la longévité.

Beaucoup ont pensé que Migos se limiterait à « Versace » ou « Hannah Montana ». Pourtant, 4 ans après, l’album Culture vous a propulsés au sommet.
Il y a eu un moment - entre 2014 et 2016 - où j’ai eu des problèmes avec la justice. C’était le creux de la vague. Ensuite « Bitch Dab » est sorti, en 2015, et tout le monde s’est mis à faire le dab (que l’on n'a pas inventé), mais on a eu presque aucune retombée de notre côté... C’était un moment difficile mais c’est parce qu’on a pris notre temps et qu’on a gardé me cap qu’on en est là aujourd’hui.

Entre le dab et le « drip », vous en avez lancé des gimmicks. Ça veut dire quoi, le « drip » ?
C’est un mot qui vient d’Atlanta et ça veut dire que tu as un style qui déchire. Beaucoup de gens pensent à tort que le drip c’est avoir plein de vêtements de designers, mais tu peux avoir du drip sans ça ! Parfois il suffit des bonnes pièces, de la bonne attitude et d’une confiance en soi à toute épreuve. Si je devais décrire mon style à moi : classe et futuriste. J’adore Chromehearts, Off-White, Louis Vuitton. Virgil Abloh a déjà marqué l’histoire en devenant le premier directeur créatif noir de Louis Vuitton. Je le salue.

Quand tu étais enfant tu as tourné dans plusieurs clips, non ?
Oui ! J’apparais dans le clip « Whatchulookinat » de Whitney Houston, mais aussi dans un clip de TLC. C’était vraiment une super expérience. Je m’en souviens peu, je devais avoir 9 ans et je ne mesurais pas l’ampleur de Whitney Houston. Qu’elle repose en paix Finalement j’ai toujours été dans le business du divertissement !

Quels conseils tu donnerais à un jeune qui se lance dans le rap ?
Le plus important, c’est de travailler. Le talent c’est bien, mais le travail l’emportera toujours sur le reste. La seconde chose, c’est qu’il faut se distinguer. Même si tu as l’impression qu’au début ça ne paye pas, comme c’était le cas avec Migos, il faut entretenir ton originalité et ne jamais céder à la pression extérieure.

Offset Manuel Obadia
Offset porte un ensemble Louis Vuitton par Virgil Abloh. Photographie : Manuel Obadia

Crédits

Photographie : Manuel Obadia-Wills
Stylisme : Will Johnson
Assistant styliste : Ouss Thiam

i-D remercie l'Hôtel National des Arts et Métiers.

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