entre marseille et marrakech, zamdane balade son rap d'exilé

Cette semaine sortait « Affamé », le deuxième EP de Zamdane, jeune rappeur marocain installé à Marseille. Cinq titres qui suffisent à confirmer son statut de challenger en vue.

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13 Décembre 2018, 1:23pm

Né au Maroc, Zamdane s'installe à Marseille en 2016, passe un an à la fac et commence à se familiariser avec le travail des beatmakers, le studio, les open mic de la région. Il apprend les codes d'un genre qui ne lui parlait pas quelques mois auparavant, développe son propre lexique, « en restant moi-même. Je ne fais que parler. » Un sujet d'écriture s'impose : le décalage, la solitude, la nostalgie d'un gamin parti pour un nouveau pays. « Le fait de venir ici a remis toute ma vie d'avant en question, explique Zamdane. Au bled t'as pas les mêmes perspectives. Tu fais 6 ans d'études pour toucher 600 euros de salaire. Je travaillais au centre d'appels, je faisais 30 heures par semaine pour toucher 250 euros. Ici tu fais serveur, éboueur, tu touches un salaire, tu vis. »

« En arrivant en France, j'avais la nostalgie de dingue, continue-t-il. Tu arrives tout seul, il ne te reste que tes souvenirs. Ça m'a perturbé, et ça se ressent dans mes textes. » Le morceau « Favaro » sorti en juin 2017 en est la parfaite illustration : sur une prod mélancolique, Zamdane évoque l'enfant « du-per » qu'il est, avec une fraîcheur touchante. Même s'il avoue avoir très largement rattrapé son retard depuis, Zamdane est arrivé dans le rap sans références, sans modèles à copier. « C’est un avantage. Tu fais juste ce que tu veux faire, sans te soucier du reste. Il ne faut jamais trop regarder ce qui se passe ailleurs. Le but c'est d'être la meilleure version de toi-même. Le reste, c'est pas ta juridiction. »

Zamdane partage avec les jeunes rappeurs de sa génération une détermination. Derrière les sourires, la joie d'être là, se cache un travailleur acharné, « tous les soirs en studio jusqu'à 6 heures du matin. » Le deuxième EP de Zamdane ne s'appelle pas « Affamé » pour rien. Mais dans son cas, la faim n'est pas synonyme de précipitation. Il garde la tête froide face aux cycles effrénés du rap français et sortira son album quand il sera sûr de pouvoir bien le faire. « Ça ne fait qu’un an que je rôde dans les studios. Je n'ai pas encore le niveau pour sortir un album, clairement. Ni la maturité. Je ne suis pas encore l'adulte que j'aspire à être pour sortir un album. Je préfère annoncer un EP que j'ai travaillé comme un album, qu'un album que j'ai travaillé comme un EP. »

Avec les cinq titres de cet EP, tous clippés en 5 jours au Maroc par Paul Maillot, Zamdane quitte les explorations musicales de son précédent projet 20's et étale un rap existentiel. Choisir de vivre de la musique, à 21 ans, est un choix assez vertigineux. Et c'est pourtant sur ce choix que Zamdane se pose le moins de questions : « T’as pas 10 000 solutions dans la vie. T'en a trois : soit tu touches les allocs, soit tu t'embarques dans un CDI - moi je serais malheureux - soit tu fais ce que tu kiffes vraiment. J'ai la flemme de toucher les allocs, la flemme d'avoir un patron, et j'aime trop la musique, donc pourquoi j'irais voir ailleurs ? »

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