7 comportements hétéronormés qui nous donnent envie de tout casser

Des stéréotypes dont il serait largement temps de se débarrasser.

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oct. 11 2017, 10:19am

Mean Girls

Dans son essai Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence, Adrienne Rich décrit les risques auxquels on s'expose en critiquant certains principes hétéronormés – et donc parfaitement intériorisés par la grande majorité de la population mondiale. Certains prennent ce genre de critiques tellement à coeur qu'ils finissent inévitablement par vous juger, vous pointer du doigt et mettre votre esprit critique sur le compte de vos préférences sexuelles non-hétéros. Parce qu'il faut savoir que si tu n'es ni cisgenre ni hétérosexuel, tes préférences sexuelles reviennent constamment sur le tapis quoi que tu fasses. Elles sont scrutées, finissent par te définir, et tout le monde se permet de les commenter. Si tu ne ressembles pas à une caricature – de celles qui confortent les homophobes – les gens supposeront d'emblée que tu es hétéro. Enfin jusqu'à ce que tu leur prouves le contraire, et qu'ils acceptent enfin de l'entendre. Vous avez compris le dossier, mais pour creuser un peu plus, voici quelques exemples de la vie courante qui démontrent à quel point l'hétéronorme peut être vécue comme un calvaire au quotidien.

Les mariages
C'est assez déprimant, mais je suis arrivée à un âge où, mon fil Facebook se résume en grande partie à des photos ou des messages célébrant l'union consentie d'une vieille pote de collège avec un mec tragiquement banal en costard. Déprimant, parce que pour être tout à fait honnête, ce que j'ai envie de voir en 2017, c'est un mariage de cinq lesbiennes polyamoureuses qui se pointent au banquet sapées en combinaisons vertes et capes de superhéros, qui déroulent dans leur discours toutes les raisons qui font d'elles les nanas les plus cool de la terre et qui finissent par s'embrasser toutes les cinq simultanément pour sceller leur union matrimoniale. Sérieusement : fini le combo binaire « smoking / robe », c'est usant et redondant. Ah oui, faites aussi attention à ce que tous les discours prononcés à un mariage passent le test de Bechdel.

La mode
Plutôt que de diviser tous vos produits en deux sections genrées, faites juste un seul grand groupe, divisé par vêtements : jupes, pulls, jeans, robes, manteaux etc. Et laissez à Mr et Mme tout le monde le choix de la couleur, de la forme et du reste ! Et mettez des poches PARTOUT, s'il vous plaît. Récemment, je suis tombée sur un modèle de jean appelé le « Girlfriend jean »… Alors je comprends bien les enjeux capitalistes qui poussent l'industrie à faire vivre encore un peu plus la tendance du « Boyfriend jean », mais si moi, en tant que fille, je porte mon jean « Girlfriend », autant que ce soit mon jean à moi, sauf si l'idée est que je l'achète pour que mon boyfriend puisse me le voler – ok, tout ça est capilotracté. Mais bon, appelez simplement ça des… « jeans » ; et laissez ces partenaires fictifs et potentiellement voleurs de jeans en dehors de tout ça.

Les toilettes
Mon rêve, c'est que les toilettes neutres deviennent mainstream. Je veux que tout le monde se sente à l'aise dans les toilettes publiques. Bon, si l'idée ne vous est pas encore venue, vous semble un peu saugrenue ou que vous n'avez pas encore les ressources nécessaires pour transformer les toilettes des « femmes » et des « hommes » en « toilettes » tout court, essayez au moins de nous épargner les signes horribles que vous choisissez de mettre sur les portes. Ça ne vous est pas arrivé, de ne plus savoir quelle entrée prendre, de finir paralysés, hésitants, confus et apeurés devant une porte plaquée d'un dessin d'un palmier, et l'autre d'une guitare basse ? C'est généralement à ce moment-là que la proprio passe derrière vous, souriant et fier en disant : « Pas mal, non ? Ça change ! » Alors, faites-mois rager sur la binarité du genre si vous voulez, mais je refuse de me prêter à un conflit existentiel, et de me demander à chaque fois que j'ai envie d'aller aux toilettes si je suis une betterave ou un radis, un cheval ou un zèbre, un patin à glace ou un ballon de rugby.

L'amour et l'amitié
Je suis fière de vivre à une époque où le stéréotype de « la vieille folle et ses chats » est devenu inspirant. Une maison remplie de chats et vide de tout homme ? Un rêve de millenials, je vous le dis.

À noter aussi : il est communément admis que vous ne pouvez pas vous lier d'amitié avec le sexe opposé. Non, parce que l'hétéronorme suppose que toute amitié cache une envie de choper. J'imagine que nos cerveaux ont été un peu trop abreuvés à l'eau de rose des films de Nora Ephron (ou notre équivalent moderne – Zac Efron ?), dans lesquels les garçons rencontrent les filles, tombent en pâmoison au premier regard et passent au frotti en moins de temps qu'il faut pour l'écrire. Les déconvenues IRL sont les suivantes : on est parfois obligé de briser nos « amitiés » avec ce genre de potes qui espèrent secrètement qu'un jour on se jettera sur eux. Mais pour cela il faut se défaire de la peur du jugement des autres, qui nous regarde avec suspicion lorsqu'on passe trop de temps à traîner avec un pote du taff, même de la manière la plus platonique possible. Une situation qui ne fait qu'empirer depuis l'avènement de ce qu'on appelle la friend-zone.

La télé et le cinéma
La manière dont sont représentées (sur-représentées !) les relations hétéronormées à la télé et au cinéma est à la limite du supportable. Les hommes tentent désespérément d'attirer les femmes dans leur lit, les femmes attendent leur prince charmant, et des sosies infinis de Chris Hemsworth sauvent des sosies infinis de Jennifer Lawrence d'une menace extra-terrestre, de leurs méchants patrons ou de leur quotidien désolant. Même notre nouvelle Wonder Woman n'a pas réussi à éviter l'amourette avec Chris Pine, et pourtant dieu sait qu'elle avait plus important à faire que d'étudier l'anatomie masculine. Sauver le monde, par exemple. La plupart des gros hits hollywoodiens foncent la tête baissée dans les récits les plus quadrillés par l'hétéronorme, les plus étroits et destructeurs. Ceux qui retirent tout le naturel et tout le hasard de la romance.

Les enfants
On est tous au courant (j'imagine) de la récente rébellion contre les jouets genrés et les vêtements pour enfant. Les bébés ne devraient pas être soumis aux stéréotypes hétéronormés des couleurs et des objets (de type « mitraillette en plastique » vs « dinette »). Une amie à moi, maman depuis peu, habille sa fille de « fringues pour garçon » comme de « fringues pour fille », parce qu'elle a juste envie que sa fille ait l'air cool ! Et elle est adorable dans chacune de ses tenues. Et puis, en vrai, est-ce qu'habiller rigidement son enfant en rose ou en bleu ne revient pas à mettre un nœud pap' et un chapeau à votre chien ? Le chien n'a aucune idée de ce qu'il porte. Peut-être qu'en grandissant il deviendra un chien très féminin et qu'il n'a aucune envie d'être conditionné dans des schémas genrés dépassés.

La bouffe et l'exercice
Les nanas dans Sex and the City mangeaient vraiment, vraiment beaucoup de salade. Des frites ou des nouilles de temps en temps, mais principalement de la verdure. Moi aussi je m'en enfilais pas mal à une époque. Puis j'ai réalisé que la vie n'avait pas à être si cruelle, si fade et si verte. Dans The League, une série comique majoritairement masculine, les mecs se bouffent régulièrement des plats bien gras arrosés à la bière, et l'intolérance au gluten du personnage de Pete est le sujet de moqueries. Peut-être que je vais creuser un peu trop loin dans des séries un peu trop… creuses, mais je suis sûre à 110% qu'on ne surveille pas de la même manière ce que bouffent les hommes et ce que bouffent les femmes. Par exemple, la dictature du fitness pousse les filles à ressembler à Barbie et les hommes à Channing Tatum dans Mike XXL. Vous comprendrez bien que dans les deux cas, les quantités de nourriture à ingurgiter n'ont absolument rien à voir. Et pour peu que qu'un homme tente un régime, une armée de gros débiles pleins de préjugés répondra que c'est « gay ». Parce que voilà, les vrais mecs mangent des Oreos et les vraies femmes mangent des Oreos Thins. Tous les aliments du monde ont été reproduits dans une version plus légère, plus petite mais tout aussi chère à destination des femmes qui ne veulent pas culpabiliser d'une faim au fond tout à fait naturelle. Et ça c'est vraiment moche.