Courtesy of Adam Peter Johnson. Manteau peignoir et sandales, Bottega Veneta.

Qui est Elia, la protégée de Booba ?

Révélée aux oreilles du grand public grâce à un duo avec Booba, soutenue par Apple Music, auteure d'un deuxième EP produit aux côtés de Dany Synthé et Sage : Elia semble d'ores et déjà promise à un avenir radieux. Rencontre.

par Maxime Delcourt
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21 Juillet 2021, 11:46am

Courtesy of Adam Peter Johnson. Manteau peignoir et sandales, Bottega Veneta.

Il est parfois agréable de se confronter à des projets qui ne demandent rien : ni concentration monacale, ni analyses théoriques. Des albums un peu paumés dans le flux des sorties hebdomadaires toujours plus nombreuses, fabriqués avec soin par l’industrie et qui n’ont d’autre ambition que de séduire subitement. C’est là toute la magie de la pop : contenir en trois minutes tout ce qu’il faut pour rendre le monde plus beau, plus agréable. « On essaye tous de trouver une manière de se soigner. Moi, j’ai simplement choisi la musique, c’est ma façon de sublimer le quotidien ». Tranquillement installée dans le sous-sol de son label, le 92i, Elia paraît lucide quant à la place privilégiée qu’occupe la musique au sein de sa vie, tout en reconnaissant certaines de ses obsessions thématiques : « Je suis formaté à écrire pour l’être aimé. Tout simplement parce que la plupart des musiques que j’écoute depuis toujours, celles de Whitney Houston, Mariah Carey, Sade ou même Michael Jackson, ne parlent que de ça ».

OCÉAN est donc un EP sur l’amour, ses engagements, ses déceptions, ses utopies que l’on tente de prolonger le plus longtemps possible. C’est un sept-titres qui ose le fleur-bleue, s’autorise la débauche de sentiments et n’esquive à aucun moment des flirts avec la variété française, qu’Elia, 24 ans, aborde avec les codes actuels (les beats hip-hop, les arrangements R&B) et l’envie de l’éloigner d’une grammaire trop convenue : « Si on ne fait pas quelque chose qui interpelle, autant vendre des cookies. Moi, je ne suis pas là pour faire plaisir à tout le monde : mon but est simplement de toucher les gens et, pour cela, le mieux est d’être sincère. À partir du moment où on l’est, on comprend que rien ne va et qu’il n’est donc pas intéressant de faire un art qui ne soit ni engagé, ni dérangeant, ni radical. La vie est trop courte pour être consensuelle. »

Pour appuyer son propos, Elia cite l’exemple de Rihanna, jamais la dernière pour se réinventer et assumer ses choix, parfois volontairement provocants. La comparaison entre l’auteure de « Diamonds » et la Franco-Tunisienne est évidemment impossible, mais il est toujours bon de noter à quoi cette dernière aspire. Il est de toute façon intéressant de discuter avec Elia, exemple typique de l’artiste qui sait où elle veut aller, les fils qu’elles aimeraient tirer, le champ sonore qu’elle souhaiterait explorer. Bien sûr, OCÉAN, sur la forme comme sur le fond, pourrait paraître bien lisse en comparaison à un telle ambition. Il n’en reste pas moins un projet assez bien ficelé, qui trahit un sens du refrain immédiat, un besoin d’exister et l’envie de souligner les multiples nuances d’une personnalité visiblement plurielle. « J’ai toujours eu un énorme besoin d’affection en même temps qu’un immense besoin d’en donner, confie-t-elle, la voix soudainement plus en retrait. Je suis totalement excessive, à la fois très confiante et totalement anxieuse à d’autres moments. Comme après avoir le titre “OCÉAN”, où je pensais ne pas pouvoir faire mieux. » 

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​Courtesy of Adam Peter Johnson - Manteau peignoir, Bottega Veneta. Soutien-gorge et culotte, Eres.

C’est là qu’intervient Booba : sa manageuse, Anne Cibron, a écouté le dernier single d’Elia et décidé de lui faire écouter. C’était au printemps 2020. Rapidement, un Skype est organisé entre les deux artistes, le rappeur lui lâche deux-trois conseils (« Si tu n’arrives pas à faire mieux, tu es cuite ! »), et finit par l’inviter sur « Grain de sable », extrait de son dernier album. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que la musique était un challenge permanent. Il faut sans cesse se surpasser, un peu comme dans le sport. C’est pour ça que je ne suis pas totalement d’accord avec l’image de l’artiste torturé : c’est avant tout un art qui nécessite une hygiène de vie, une rigueur, de l’effort. » Elia énumère alors les sports qu’elle aime pratiquer pour se vider l’esprit et garder la forme (« Un peu de course à pied, un peu d’haltérophilie, mais plus trop de tennis. Je n’ai pas le bon mental, je casse sans cesse mes raquettes »), puis conclut son explication par cette phrase, ponctuée d’un énorme éclat de rire : « Il faut dire aussi que les journées sont longues, on ne peut pas pleurer en permanence ».

Si Elia a parfaitement conscience de qu’exige la vie d’artiste, c’est en partie parce qu’elle est issue d’une famille où « l’envie de s’investir dans la musique n’a jamais été vue comme un défaut ». Son père a longtemps composé des bandes-son de films d’horreur (« Grâce à lui, j’ai compris que ces films, sans la musique, ne faisaient pas peur du tout »), elle a eu l’occasion de rencontrer différentes chanteuses (Maurane) et s’est très vite passionnée pour l’écriture : « La première phrase que l’on entend sur “OCÉAN”, par exemple, je l’ai écrite quand j’avais 15 ans. Autant dire que j’ai mis du temps à finaliser ce morceau. »

Depuis, Elia a appris à faire confiance à l’instant, à privilégier la spontanéité, à faire de ses morceaux des one-shots, tous enregistrés auprès d’une équipe de production habituée au sommet des charts (Dany Synthé, Rico, Sage). Une bonne nouvelle pour cette fan de Star Wars, capable de nommer un de ses morceaux « R2D2 » (en duo avec Ash Kidd) ou de faire un parallèle entre Booba et Maître Yoda, qui aspire plus que tout au succès populaire, déjà touché du doigt avec « Grain de sable ». « J’ai l’impression que je serai moins compétente dans d’autres formes musicales, que je ne serai pas à ma place dans des crédos plus indé. Ce qui me touche, c’est la belle et grande chanson populaire. » Traduction : OCÉAN n’a pas forcément l’envie de se poster à l’avant-garde du paysage musical actuel.  

Il serait toutefois injuste de considérer cet EP comme une réplique besogneuse des tubes d’Angèle, Yseult, Joanna ou Pomme : toutes ces chanteuses qui, ces dernières années, mettent à l’amende le mainstream selon des styles très personnels. Elia cherche elle aussi à se définir un univers atypique, et possède déjà ce petit truc en plus, ce supplément d’âme qui permet à ses chansons d’accrocher l’oreille, forcément attirée par ces airs fédérateurs. « Avec les évènements de ces derniers mois, j’ai compris pour la première fois que je faisais partie d’une génération. À la base, je suis quelqu’un de très solitaire, mais là, j’ai ressenti cette solitude chez la majorité des gens de mon âge. Le fait d’être tous isolés me donnait l’impression que l’on était ensemble d’une certaine manière. Cette réflexion m’a aidé à penser autrement certains titres présents sur l’EP, comme “BOULEVARD” ou “CHOCOLAT” ». Sur sa lancée, Elia aurait également pu mentionner « G2K », où elle affirme fièrement faire partie de la génération 2000 avec qui, consciemment ou non, elle partage la même envie de fracasser les portes : « Mon rêve est de toucher le plus de monde possible. Il y a un coup à jouer, alors autant y aller. De toute façon, personne ne pourra le faire à ma place. »

Crédits :

Photographe Adam Peter Johnson.

Stylisme Dan Sablon.

Direction Artistique : Claire Thomson-Jonville

Talent : Elia

Cheveux : Olivier Noraz. Maquillage : Isis Moenne Locoz

Production : Kitten 

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