6 Inches To Heaven, 2020

Adrienne Raquel photographie le fantasme autour du strip club le plus populaire de Houston

Discussion avec la photographe autour de ONYX, sa nouvelle série luxuriante shootée dans un club local.

par Ryan White
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05 Mai 2021, 12:00pm

6 Inches To Heaven, 2020

Le Club Onyx est fier de proposer une expérience unique pour adultes, plus de 1000m2 de danseuses, alcools spéciaux, et un menu complet avec comme plat star les « meilleurs wings de Houston ». Le compte Instagram du club promeut leurs happy hours de milieu de semaine ou des billets de $1 qui s’étendent sur le sol à la fin de la nuit. Si les images d’Adrienne Raquel reconnaissent ces détails, elles ne s’arrêtent pas là. À la place, ONYX (une série sur laquelle elle a travaillé l’année dernière et qu’elle présente maintenant à Fotografiska à New York) déplace l’objectif vers les coulisses, comme si on regardait depuis l’intérieur pour la première fois. Comme l’a écrit en commentaire le photographe Quil Lemons sur le post Instagram d’Adrienne : « Je suis ready ! Emmène nous chez Onyx ».

Adrienne a l’habitude de shooter des campagnes de papier glacé ou des grands noms comme Travis Scott, Selena Gomez, ou Indya Moore pour ne citer que les trois dernières couvertures de magazines qu’elle a shootées ces mois-ci. Ce projet constitue ainsi un léger changement d’ambiance. Mais tous les éditos chics et les portraits de célébrités auxquels Adrienne est habituée se retrouvent dans les détails simples et élégants de ONYX. « Mon travail est une célébration de la féminité, il rend les femmes belles, on les voit sous leur meilleur jour. Ma photographie s’inscrit dans la notion de fantasme, c’est sexy, glamour, et parfois nostalgique ou fantasmagorique. Ce sont ces aspects là qui donnent à mon travail cette aura spéciale. J’ai l’impression que les femmes que je photographie irradient de confiance en elles, de sensualité et d’amour de soi ».

a woman with bright blue hair, fake lashes and glossy lips looks over her shoulder to camera
Blue Dream, 2020

« Avec ONYX, je voulais documenter ces danseuses avec un regard féminin, ce qui est rare dans des espaces comme celui-ci. Ce n’est pas qu’un endroit où la débauche, le pouvoir, la misogynie et l’argent flottent dans l’air. Les femmes qui travaillent dans ces clubs sont pointées du doigt et souvent minimisées, mais pour moi, ces performeuses sont des artistes et elles méritent d’être montrées sous une lumière positive ».

Née à Cleveland dans l’Ohio, Adrienne a déménagé à Houston à dix-sept ans. Elle vit aujourd’hui à New York et a eu cette idée en 2018 alors qu’elle était à Houston pour l’anniversaire de sa tante qui se passait dans ce club. Même si elle y avait déjà été, elle a eu un nouveau respect pour les danseuses à ce moment là. « J’étais émerveillée par la manière dont elles flottaient avec grace dans le club, comment elles interagissaient avec les hommes, et comment elles étaient les unes avec les autres. Je me suis promis d’y revenir une fois que je serai devenue entre guillemets une vraie photographe pour documenter les performances de ces femmes ».

Ces images peu éclairées, qui donne un effet étourdi, donnent une nouvelle image des clubs de striptease. Tout comme la chanson en forme de lettre d’amour pour Houston de Solange, When I Get Home, on ressent une impression de luxure à travers leur côté flou. Des endroits comme Onyx étaient une référence évidente pour le disque de Solange, et dans la culture populaire, la perspective féminine sur les clubs de striptease est petit à petit en train de devenir mainstream. On pense au court-métrage de FKA Twigs We Are the Womxn, shooté dans le club historique d’Atlanta Blue Fame, aux portraits que la photographe Hajar Benjida a réalisé dans une autre institution d’Atlanta, Magic City, et on ne peut pas faire plus mainstream, le film blockbuster de Lorene Scafaria, Hustlers, sorti en 2019 avec J-Lo et Cardi B.

a woman with short hair and big hoop earrings looking at herself in a mirrored wall, under blue light
In Her Element, 2020

Si ces perspectives sont importantes, Adrienne note aussi la nécessité de ne pas trop pousser dans la direction opposée. « Onyx est un vrai club avec de vraies femmes dans le vrai monde. Ce n’est pas une illusion, ce n’est pas toujours aussi glamour que l’imagerie ou les idéaux qui sont montrés dans la musique ou dans les films. Tout est loin d’être parfait. L’argent ne coule pas à flot toutes les nuits. Et certaines des danseuses ne veulent pas être là. Certaines nuits, c’est lent, et d’autre nuits, c’est super busy, on ne pourrait pas faire rentrer une personne de plus. Il y a une différence énorme avec l’imagerie de fiction qui est présentée dans les médias ».

Avant que Raquel ne commence à photographier ONYX, elle s’est rendue au club pendant l’une de ces nuits plus calme pour observer l’atmosphère à différents moments. « Cette nuit-là, on m’a fait visiter le club, j’étais en coulisses, ou avec le DJ, pour observer les danseuses et me familiariser avec l’énergie du club. Je me suis aussi présentée à la majorité des femmes que j’ai ensuite photographiées. J’ai rencontré Tyson, c’est comme une maman pour les filles chez Onyx. Tyson gère tout depuis les coulisses. C’est elle qui a donné son accord pour que je shoote les filles. Au début, j’étais nerveuse, et puis ça a complètement disparu quand je me suis rendue compte que tout le monde m’accueillait à bras ouverts, tout est rentré dans l’ordre après ça. Chaque nuit, je prenais des photos de 20h à 4h du matin. J’ai fait l’expérience d’Onyx à des moments vides comme à des moments pleins ». C’était pendant ces nuits plus calmes qu’elle a pu discuter avec beaucoup des femmes présentes dans l’exposition. « Je les suivais partout dans le club, des vestiaires à la scène ».

Si Adrienne devait choisir une image qui sort du lot, ce serait « Where Dreams Lie » que nous avons choisi en image d’en-tête. « C’est un portrait de Cali, qui est présente tout au long de la série. J’adore cette image parce qu’elle représente toute l’énergie et l’allure du Club Onyx. Tout de la lumière rose de la « Celebrities Room » à la grace de Cali qui glisse le long du pole. On dirait un fantasme ». Cette image titrée justement car le club est un lieu de fantasme, « Where Dreams Lie » met en valeur la musique, les lumières, l’argent, le pouvoir, et les magnifiques femmes présentes comme une illusion. « D’une certaine manière, le club est un lieu où les rêves et les fantasmes peuvent s’exprimer en fonction de l’argent que vous êtes prêt à dépenser, ils peuvent devenir réalité pour un certain montant. Mais c’est aussi un lieu où ces rêves se brisent rapidement ».

‘ONYX’ est au Fotografiska New York du 22 avril à septembre 2021.

Cet article a été initialement publié par i-D UK. 

a woman with long hair on a pole, illuminated by a pink light that says 'CELEBRITIES ROOM'
Where Dreams Lie, 2020
a shot of a woman's nearly nude body from above, collecting dollar bills from the floor
Rain Dance, 2020
two bejewelled stiletto heals standing on a carpet of dollar bills
Final Fantasy, 2020
a black-and-white image of a a woman in underwear and large hoop earrings, sitting with her legs apart
Morena, 2020 ©
a woman wearing pink underwear and long pink nails holds onto a pole
Summer, 2020
a close up of a womans body sliding down a pole, under red lighting
Coming Down, 2020
a close up of a wad of dollar bills held by a person with red nail polish and fishnet tights
Cash Out, 2020

Crédits


All images © Adrienne Raquel

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Culture