vous n'avez jamais vu un film d'horreur aussi idyllique que « midsommar »

Couronnes à fleurs, soleil brillant et grandes tablées, le décor du nouveau film d'Ari Aster pourrait (presque) faire rêver.

par Samuel Allan
|
31 Juillet 2019, 10:25am

Midsommar est un film d'horreur en rupture avec le genre dans lequel il s'inscrit : la preuve, il ne fait pas peur. Terriblement réaliste, intime et angoissant, il ne vous fera pas sursauter d'effroi comme l'exige traditionnellement le genre. Et c'est précisément le but d'Ari Aster qui, depuis Hérédité, poursuit sa route singulière au sein du cinéma indépendant américain. En s'éloignant du paranormal classique, le réalisateur cède la place à des traumas familiaux déjà explorés dans son dernier film. Et comme l'on pouvait s'y attendre, les joyeuses retrouvailles deviennent vite la toile de fond d'évènements très troublants.

Le film suit l'histoire de Dani (Florence Pugh), une jeune femme endeuillée par une impensable tragédie qui rejoint son copain Christian (Jack Reynor) et ses amis en Suède. Leurs projets de voyage ? Participer au Midsommar — un festival païen et pastoral qui célèbre le solstice d'été dans la campagne suédoise. Leur relation, déjà très fragile, se transforme en un duo forcé par la conjoncture, aggravé par la passivité de Christian et son indifférence face au trauma de Dani.

Après leur arrivée dans la plaine reculée où se déroule le festival et leur rencontre avec des villageois étrangement sympathiques, Dani et son groupe découvrent les traditions du Midsommar, de plus en plus déroutantes. L'angoisse culmine en plein soleil, sous la lumière la plus crue, en rupture brutale avec l'esthétique sombre qui caractérise les films d'horreur classiques. Lentement, l'inquiétant festival se révèle et une logique inévitable se met en branle - une expérience d'autant plus pénible qu'elle est particulièrement réaliste. Pour Jordan Peele, le réalisateur de l'inoubliable Get Out et du récent Us, Midsommar est tout simplement « le film d’horreur le plus idyllique de tous les temps ». « Il ne ressemble à rien de ce qui a été fait avant, et il sera une référence pour tous les films qui lui succéderont » a t-il déclaré à Indiewire lors d'une interview croisée avec Ari Aster. Impossible de le contredire dans l'idée que Midsommar appartient à un nouveau genre de film d'horreur - dominé par la recherche de l'angoisse et de l'effroi latent.

Entre déconnexion émotionnelle et détérioration du rapport à la réalité, c'est toute l'horreur du monde contemporain qui infuse sous nos yeux. Car derrière les compositions esthétiques sidérantes du film se logent aussi les angoisses de nos sociétés, tournées vers une quête effrénée de pureté et un besoin de se rattacher à une communauté - aussi superficielle soit-elle. Et tandis que le public semble de plus en plus friand du genre - au box-office, les ventes de billets de films d'horreur n'ont jamais été aussi importantes que ces dernières années - notre monde n'a lui, jamais semblé aussi proche du déclin. Est-ce à dire que nous aimons nous complaire dans l'anxiété ? Ce qui est certain, c'est que le film d'Ari Aster fera date : il a en lui toute les qualités pour marquer durablement les imaginaires. Fixer le soleil est peut-être le seul moyen qu'il nous reste pour apprécier la lumière, alors avant de devenir aveugle, allez-le voir.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.