Extrait de L7 : Pretend we’re dead de Sarah Price

punk, folk japonaise et rap lesbien : le meilleur du documentaire musical est à bordeaux

Si vous êtes à Bordeaux, courrez au festival Musical Ecran qui entame sa cinquième édition ce weekend.

par Patrick Thévenin
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05 Avril 2019, 2:56pm

Extrait de L7 : Pretend we’re dead de Sarah Price

Depuis cinq ans le festival Musical Ecran à Bordeaux se propose d’explorer un genre en constante évolution, tant en termes de production que d’esthétisme : le documentaire musical. Avec une programmation on ne peut plus riche, qui passe du maître japonais Ryuichi Sakamoto aux nuits de la scène techno allemande, qui alterne discussions et débats, et n’oublie pas de danser, le Musical Ecran fête cette année sa 5 ème édition. On a sélectionné les six documentaires qui nous faisaient de l’œil et on n’a pas été déçu.

Silvana de Christina Tsiobanelis, Mika Gustafson et Olivia Kastebring

Née en 1986 en Lituanie, puis partie vivre en Suède, Silvana Imam, s’est imposée avec son rap nerveux et révolté comme une militante féminisme et lesbienne engagée contre le machisme et le patriarcat, pour les droits des femmes et des LGBT+. De ses premiers succès en 2014 à ces concerts immenses pour des Pride, de ces images d’archives à son retour dans le petit village de sa mère où elle a grandi, des photos de son enfance où on lui reproche d’avoir les cheveux trop courts et de ressembler à un garçon, à son histoire d’amour hors-norme avec la pop star Beatrice Eli, le documentaire fait des allers-retours entre passé et présent, dressant le portrait d’une femme forte et déterminée autant qu’une star empreinte au doute et sur qui repose une pression parfois bien lourde à porter toute seule. Silvana, de Christina Tsiobanelis, Mika Gustafson et Olivia Kastebring, le vendredi 12 avril à 21h au Cinéma Utopia.

Oto No Hako de Thomas Griffin et Gwilym Tonnerre

En suivant tout doucement trois formations musicales japonaises allant du folk bricolé aux expérimentations électroniques, du côté le plus intime de leur art à leur quotidien, le film s’emploie à documenter une scène musicale disparate. Un microcosme, qui de petits cafés en lieux improvisés (une laverie !), d’espaces de répétitions à des salles de concerts incongrues, dessine une scène japonaise qui se cherche autant qu’elle tente de survivre, dans un monde où être artiste nécessite souvent d’avoir un boulot principal. Plongée dans un Tokyo loin des clichés Instagram et des bols de ramen, où les principaux acteurs du documentaire ont fait le choix d’une certaine lenteur quitte à s’isoler dans leurs bulles, Oto No Hako, est un bonheur de créativité low-fi et de sérénité musicale. « Oto No Hako » de Thomas Griffin et Gwylim Tonnerre, le lundi 8 avril à 19h au Cinéma Utopia

From toilets to stages de Vincent Philippart et Dominique Henry


Il fallait une certaine forme de courage - ou d’inconscience au choix - pour que l’énorme Festival belge Dour, monté en 1989, accepte d’ouvrir ainsi ses coulisses deux ans durant aux caméras. L’immense festival – qui accueille d’un même élan tous les genres musicaux et réunit plus de 250000 personnes sur 5 jours chaque année – est une ville à part entière. Du montage des infrastructures à la gestion des toilettes, des réunions sur le line-up à la politique de sécurité, du ramassage des déchets à la découverte par les chiens renifleurs de cannabis planqués dans des pots de Nutella, du camping transformé en after à ciel ouvert aux malaises par centaines des festivaliers en passant par des têtes d’affiche qui annulent, le documentaire détaille tout ce qui fait tourner et capoter un événement aussi énorme que le festival de Dour. Bref tout ce qu’on ne voit pas lorsqu’on est en short, casquette et pinte de bière à la main remuant comme si notre vie en dépendait. From Toilets To Stages par Vincent Philippart et Dominique Henry le samedi 13 avril à 16 h au cinéma Utopia.

Uxå : a journey to the heart of the umeå hardcore scene de Gianni Manno, Romain Masse et Théophie Pillault

À Umeå, petite ville au nord de la Suède, plus plongée dans le noir que le soleil, s’est organisée aux débuts des années 90, face à l’ennui de la jeunesse locale, une des scènes hardcore et straight edge parmi les plus connues et importantes pour les amateurs du genre. Influencés par des références du hardcore comme Minor Threat et Youth Of Today, deux groupes locaux, Step Forward et Refused vont devenir des stars bien au-delà d’Umeå et lancer la jeunesse dans un déluge de guitares électriques. Parallèlement, le groupe impose à la ville des principes comme le no-alcool et le véganisme. Face-caméra, les vétérans de la scène dont certains ont raccroché les gants, les nouveaux-nés et leurs adeptes retracent le parcours d’un drôle de mouvement, qui a essaimé ses idées politiques au-delà de la musique et rendue célèbre la petite ville d’Umeå dans le monde entier. Du moins pour les fans de hardcore ! Uxå : a journey to the heart of the Umeå hardcore scene par Gianni Manno, Romain Masse et Théophie Pillault le samedi 13 avril à 14h15 au Cinéma Utopia.

L7 : Pretend we’re dead de Sarah Price

On a tous un jour connu un plaisir coupable pour L7, ce groupe de filles survoltées qui se sont imposées dans les années 90 en impératrices du grunge et des riots grrrl et qui, après une longue séparation, se sont reformées il y a peu, annonçant la sortie d’un nouvel album très prochainement. Nommé d’après ce qui est certainement le tube le plus connu des L7, le docu qui a vu le jour grâce à un financement participatif, dévoile des images jamais vues issues des archives personnelles des musiciennes, mélange témoignages (Nirvana, Lydia Lunch, Joan Jett…) et portraits des principales protagonistes. Tout en retraçant l’histoire d’une bande de jeunes femmes qui vont mettre un sacré coup de pied dans le machisme du rock et de l’Amérique tout court, le docu dessine un négatif des 90’s américaines. L7 : Pretend we’re dead, le 14 avril à 20h30 au Cinéma Utopia.

MATANGI / MAYA / M.I.A de Steve Loridge

Prix du Jury au festival de Sundance de 2018, le documentaire de Steve Loridge retrace le parcours d’une jeune réfugiée Sri Lankaise, qui a fui la guerre civile à l’âge de 11 ans pour s’installer à Londres avec ses parents. Entre moments intimes et concerts survoltés, instants de doute et phases guerrières, films et photos d’archives où on découvre la jeune MIA déroulant déjà des flows assassins du haut de son adolescence, le documentaire va au delà du simple concept « fan de » et donne à voir les difficultés de la célébrité, surtout quand on est une chanteuse racisée, féministe et politisée qui n’hésite pas à prendre position, contre vents et marée, pour les tamouls comme à dresser un joli doigt d’honneur en direct du Superbowl aux Etats-Unis avec Madonna. Matangi / Maya / M.I.A réalisé par Steve Loridge le 7 avril à 20h30 au Cinéma Utopia

Retrouvez le Festival Ecran Musical, du 7 au 14 avril à Bordeaux.

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