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contre le suicide, instagram censure de nouveaux contenus

Après le suicide d'une jeune britannique de 14 ans, la plateforme souhaite cacher certains contenus aux jeunes les plus vulnérables. Reste à savoir dans quelles images se cache vraiment la violence d'Instagram.

par Antoine Mbemba
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06 Février 2019, 12:09pm

Image tirée du film Ingrid Goes West de Matt Spicer

En novembre 2017, une jeune britannique de 14 ans, Molly Russell, mettait fin à ses jours. Aujourd’hui, son père considère qu’Instagram est en partie responsable de sa mort, affirmant récemment à la BBC que le réseau social a « aidé à tuer sa fille ». Peu avant son suicide, l’adolescente avait consulté – sur Instagram, donc – des images liées à la dépression, à l’automutilation et au suicide. Au fil des interviews du père en deuil, le tollé ne cesse de grandir au Royaume-Uni. Les unes de tabloïds appelant à mettre en prison les dirigeant d’Instagram se mêlent aux menaces des sanctions du ministre de la santé Matt Hancock, qui reproche à la plateforme de banaliser la violence.

Le 4 février dernier, Adam Mosseri, qui a pris les rênes d’Instagram l’an dernier, a publié une tribune en forme de mea culpa dans le Telegraph. Il y annonce de nouvelles mesures préventives contre le suicide sur l’application. Des mesures résumées en un nouveau terme : « l’écran de sensibilité ». Le concept, déjà appliqué sur Twitter, floutera les images jugées dangereuses pour les jeunes utilisateurs, qui devront valider leur intention d’un clic pour y accéder totalement. Une manière de limiter les expositions accidentelles à ce genre de contenu.

La génération de Molly Russell restera accrochée à Instagram ; elle est née avec. Et un clic n’empêchera pas ceux qui le souhaitent d’accéder à ces images anxiogènes et suicidaires. Une récente étude a montré qu’un quart des adolescentes de 14 ans au Royaume-Uni sont sujettes à des troubles mentaux qui les poussent à se faire du mal. Instagram devra donc essayer, en tant que médium ultime d'une jeunesse vulnérable, de comprendre et résoudre le triste constat fait par le père de Molly à la BBC : sur Instagram, une communauté s’est construite autour de la dépression. Une communauté « fataliste » plutôt que solidaire.

Mais quelles sont les images qui blessent réellement la jeunesse qu'Instagram entend défendre avec ces « écrans de sensibilité » ? La photo d'un corps parfaitement retouché n'est-elle pas aussi dangereuse - pour ceux qui la voient comme ceux qui la postent - que des clichés de mutilation ? La glorification d'une norme physique et sociale impossible à atteindre dont Instagram est devenu le bras armé, ne pousse-t-elle pas elle aussi à la détestation de soi, de son corps ? L'hypocrisie de ces mesures devrait calmer les tabloïds un temps, mais le fond du problème reste inchangé : Instagram, dans son ensemble, est mauvais pour la santé mentale - et ces nouveaux écrans de sensibilité sentent un peu la fumée.

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