petit précis du style de justin bieber (pour le meilleur et pour le pire)

Du hoodie XXL à son épopée white trash en passant par sa période cagole américaine, retour sur une décennie de tentatives mode (plus ou moins réussies).

par Douglas Greenwood
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05 Février 2019, 7:00pm

Vous vous souvenez de l’époque où les ados se moquaient du style de Justin Bieber ? Du moment où sa coupe au bol et son penchant pour les pantalons tombant jusqu'aux genoux lui valaient les moqueries acerbes de ceux qui pensaient leur style supérieur au sien ?

Ah, si seulement ces garçons avaient eu une machine à voyager dans le temps pour voir ce qui se passerait en 2016, ils riraient beaucoup moins. Cette année-là, Bieber passait de chanteur pour midinettes à popstar absolue, l’ado dont on se moquait devenant subitement l’icône mode de toute une génération : courtisé par les plus grandes marques de luxe, sa collection est un bras d’honneur aux articles hors de prix et souvent moches que de très nombreuses popstars essaient de refourguer.

Cela va faire 10 ans que JB a fait son entrée fracassante dans l’arène de la mode pop, et bon sang, quelle décennie ! De ses débuts en hoodie violet à sa folle phase péquenaud l’été dernier, voilà un moment que nous scrutons l’audace de ses fashion statements ; il nous a donc paru tout à fait naturel que le jeune homme de 24 ans se lance pleinement dans le business de la mode.

C’est ainsi que débarque Drew House : une ligne non-genrée de basiques décontractés (et majoritairement beiges) dessinés par le Biebs, que ses fans se sont déjà arrachés. La première collection, sortie en janvier, s'est retrouvée sold out en l'espace de quelques heures. Peut-être faut-il donc revenir sur l’évolution de son style avant que la prochaine opportunité ne file aussi vite. De ses débuts de chanteur de métro à aujourd’hui, voici les moments mode qui ont marqué la carrière de Justin Bieber.

Bébé Bieber chante dans la rue
Cette photo du Biebs date d’il y a environ 13 ans maintenant, mais lors de sa première apparition dans les rues de sa ville natale, le futur génie de la pop arbore un look que les petits skateurs d’aujourd’hui tueraient pour recréer. Les casquettes et chaussures de skate DC assorties ? Le t-shirt jaune tellement Génération Z ? Le jean délavé ? Les cheveux blonds (naturellement) peroxydés auquel il retournera près de 10 ans plus tard ? Ce que nous pouvons retenir de ce look, c’est que Bieber a toujours eu le sens de la simplicité sophistiquée. Une humble tenue qui mérite amplement un retour dans sa garde-robe actuelle, mais dans un contexte un peu plus luxueux. D’ailleurs, maintenant qu’on y pense, Balenciaga ne serait pas mis à faire des jeans délavés assez sympa ?

Le mini-métalleux
Environ huit ans avant que Demna ne ressuscite le look du métalleux en lui permettant de s’assimiler à la pop culture, notre cher Justin Bieber a fait quelques brèves apparitions sur des chaînes chrétiennes dans lesquelles il représentait les outsiders de l’industrie musicale grâce à sa garde-robe. Ici, dans l’émission – disparue depuis – Full Circle, la mère de Bieber se fait interviewer quant à l’ascension de son fils vers la gloire et la possibilité qu’il ne trouve un mentor en Justin Timberlake ou Usher (!!!). Pendant ce temps, Bieber reste assis en silence à ses côtés, vêtu d'un hoodie de skateur beaucoup trop grand pour lui, assorti d’un baggy. La coupe de cheveux balayée – qui deviendra plus tard sa marque de fabrique – apporte la touche finale à ce look. Rock on, buddy !

L’invention du sweat violet
Thomas Edison a inventé l’ampoule électrique, Alexander Graham Bell le téléphone, mais n’oublions pas que Justin Bieber est, lui aussi, un inventeur à part entière. Le sweat violet - qui a commencé son existence au rayon soldes des magasins Topman - est passé d’accessoire de déguisement en Barney le Dinosaure à basique des garde-robes adolescente au moment où JB a été photographié avec. Pendant ses années de formation sous les projecteurs, on a observé la star fouler les tapis rouges, la scène, et poser pour des photos presse dans différentes déclinaisons de son chef d’œuvre mauve. Vous vouliez le même ? Il vous suffisait d’aller chez American Apparel. Il avait beau être déjà financièrement très à l'aise à l'époque, Bieber était heureux de ne dépenser que 60$ dans plusieurs exemplaires du même article. Une pop star sensible et économe ? On adore.

Le passage à l’âge adulte
Au fil de l’année 2011, alors que le succès naissant de Bieber se traduit par un documentaire autour de sa vie en tournée (Never Say Never, un film musical largement sous-estimé – regardez-le), ses choix en termes de style évoluent également. Après avoir passé des années à être un gosse adorable auquel il est facile de s’identifier puisqu'il ne s’habille qu’en hoodies, jeans et baskets Supra, Bieber a décidé d’opérer sa première transformation mode. Tout comme Justin Timberlake - également passé par cette étape lorsqu’il s’est émancipé de son groupe pour entreprendre une carrière solo - JB troque ses vêtements décontractés pour des pièces de créateur, à l'instar de ce blazer D&G blanc porté sur un t-shirt Sauvé Par Le Gong à 30$ au Much Music Video Awards. Signalons aussi que c'est à peu près le moment où il découvre le trilby – qu’il porte sur les tapis rouges et en live. Dieu merci, cette période n’a pas fait long feu.

C’est en 2012, quand Bieber atteint enfin la majorité, que le monde de la mode se met enfin à prêter attention à son style. Après des années passées à ressembler à un gosse bien habillé qui fait son shopping dans les meilleures boutiques, l'heure est venue de prendre les choses un peu plus au sérieux. Pour les 13èmes NRJ Music Awards, JB arpente le tapis rouge dans un ensemble humble et familier (chemise blanche et fine cravate noire sur un jean noir) qui se distingue grâce à une veste en cuir MCM bleue claire et à des baskets Balenciaga. Une tentative de prendre les distances avec son look de chanteur pour midinettes, pour ressembler davantage à un gentleman. On est sur la bonne voie.

Le roi du pantalon ultra taille basse
Vous souvenez-vous du jour où le monde entier s'est détourné du jean slim Saint Laurent d’Hedi Slimane pour lui préférer un pantalon très très taille basse ? De Gwyneth Paltrow à will.i.am, tout le monde a adopté cette tendance – qui n’a d’ailleurs pas fait long feu – et en 2013 Bieber en a livré sa propre version. A l’occasion d’un concert sold out de sa tournée Believe, il a débarqué sur la scène du MGM Grand à Las Vegas vêtu d'un ensemble blanc orné d'une chaîne en or et de mitaines pailletées. Un look à mi-chemin entre l’ange tombé du ciel et l’entraîneur de Pokémon, dégageant une sorte d’énergie chaotique. Une silhouette bien ringarde pour un moment mode totalement oubliable.

Balmain Boy
Fini de rire. Au moment où la mode décide enfin de traiter notre popstar avec sérieux, campagnes publicitaires et partenariats se mettent à affluer. Tout commence avec le contrat juteux le transformant en égérie des sous-vêtements Calvin Klein, avant que ne vienne le moment qui fera de lui un véritable pilier de la mode. En 2015, sur le tapis rouge du Met Gala, Biebz assure en tant qu’homme de main d’Olivier Rousteing vêtu, cela va de soi, en Balmain de la tête aux pieds. Pile dans le thème de la soirée : « La Chine : De l’Autre Côté du Miroir », son costume de velours noir se compose notamment d’une veste brodée d'un incroyable motif de dragon doré. Avec la robe Guo Pei jaune canari de Rihanna, cette tenue s'impose comme le moment mode marquant de la soirée, permettant de consolider sa réputation nouveau look pour une nouvelle vie.

Le Dieu Grunge
Attention, on ne dit pas que « One Time » et « Baby » n’étaient pas des tubes, mais le jour où Bieber s’est métamorphosé en artiste rédempteur qui ne jure que par Dieu, les hymnes « Sorry » et « Where Are U Now », issus de son monumental quatrième album Purpose, nous ont prouvé qu’il cherchait désespérément à se réinventer, un état d’esprit qui s’est également traduit par son style. Fini les articles parfaitement coupés : vive les jeans déchirés, les sneakers de skateur, les t-shirts à l’effigie de groupes vintage et tout un tas de chemises de la marque de Jerry Lorenzo Fear of God. Le début d'une grande histoire : Lorenzo et Bieber deviennent tellement copains que le créateur américain finit par créer les produits dérivés de la tournée Purpose. Alors que le travail de Justin s'impose dans la sphère streetwear, nombreux sont les petits malins qui se foutaient bien de sa gueule avant (l’auteur de ces lignes en fait partie) à tomber sous son charme.

Le scumbro de Coachella
Ce qui nous emmène droit vers le look le plus commenté de toute la carrière de Bieber. Après s'être octroyé un break suite à Purpose, JB a décidé de ne plus en avoir rien à foutre de tout et d’écrire un nouveau chapitre de son style personnel - que dis-je, de son histoire. Suivant l’exemple de Post Malone, il a permis au look débraillé de devenir l'ultime symbole du luxe dans la mode. C’est le début de l’ère scumbro. Sa manifestation la plus évidente étant certainement son look de clodo des plages, arboré à Coachella l’été dernier. Les cheveux hirsutes retenus par un bandana gris, Biebz a revêtu un ensemble chemisette-short à imprimé hawaïen de la marque new-yorkaise YOU-AS, accessoirisé de chaussettes Vetements et de claquettes Louis Vuitton super chères. Alors certes, on peut se dire qu’il s’était mis au diapason de l’atmosphère trash du festival, mais croyez-nous sur parole : pour un scumbro, Biebz était au summum du luxe.

Son look d’amoureux casanier
Après une décennie tumultueuse, il n’est pas étonnant que JB se soit mis un peu en retrait de la musique pour roucouler avec sa jeune épouse Hailey Baldwin/Bieber. À la fin de l'année dernière, tandis qu’une vague de froid s’abat sur New York, le duo revêt de vives doudounes oversize assorties. Hailey se pare d’un article bleu royal Balenciaga, alors que Justin opte pour une doudoune de ski rouge et noire Perry Ellis, couplée avec un jogging Adidas et des sneakers Fear of God. Il y a à peine 13 ans de cela, Justin Bieber était un gamin qui jouait dans la rue, vêtu de ce que le streetwear fait de moins cool, avec, pour objectif, une carrière dans la musique, qui finira par se concrétiser: l’industrie fera de lui une légende, l’avalera et le recrachera avant de l’autoriser à faire son grand retour comme l’un des jeunes artistes les plus respectés – et les mieux habillés. Mais regardez-le aujourd’hui : à la pointe de la mode, il collabore avec Karla Welch, la styliste la plus cool qui soit, et il influence les garde-robes des kids les plus hype aux quatre coins du monde. Tout vient à point à qui sait attendre.

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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