sur instagram, nous pourrons bientôt dénoncer les « fake news »

Le réseau social va mettre en place d'ici la fin du mois une option permettant aux utilisateurs de signaler les fake news. Une initiative qui pose tout de même quelques questions.

par Antoine Mbemba
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20 Août 2019, 10:25am

Pas une semaine ne passe sans que les réseaux sociaux ne fassent l’objet d’une révélation, d’une étude accablante ou d’une mise à jour qui soulève avec elle une flopée de questionnements. La dernière en date : Instagram s’apprête à mettre en place une option pour faciliter aux utilisateurs le signalement des « fake news ». À la fin du mois d’août, dans le menu de signalisation habituel, vous pourrez cliquer sur un bouton « désinformation » pour alerter la plateforme d'une publication mensongère. Votre demande sera ensuite vérifiée par des fact-checkers indépendants.

Si le signalement est justifié, les posts concernés ne seront pas effacées, mais n’apparaîtront plus dans les menus « explore » et « hashtag », soit les pages d’Instagram où les utilisateurs vont chercher du nouveau contenu. Les auteurs ne sauront jamais que leur post a été signalé. Si l’idée n’est donc pas de littéralement censurer mais de restreindre la portée des publications en question, le résultat n'en est pas loin.

L’initiative est somme toute assez logique et légitime. En seulement quelques années, les réseaux sociaux sont devenus le berceau de la propagation des fake news, et principalement Facebook et Instagram – qui ne sont qu’une seule et même entité, rappelons-le. Si ce dernier a été plutôt épargné par les éclaboussures de l’affaire Cambridge Analytica, on peut voir dans l’implémentation de cette nouvelle option l’occasion de se prémunir des critiques (et les amendes records) que Facebook ne cesse de collectionner. Des critiques qui valent tout autant pour Instagram et que cette annonce, derrière sa bonne intention, ne vient absolument pas ménager.

Le problème est aussi simple à comprendre qu'il est complexe à démêler. Comment faire confiance à une entreprise telle que Facebook pour juger objectivement – sans le biais idéologue ou pécuniaire qui lui est régulièrement reproché – de ce qui constitue une fake news ? Les restrictions numériques, aussi légitimes soient-elles, sont à l'image de ceux qui les appliquent. Et l'idée de « fact-checkers indépendants » n'inspire pas une confiance évidente. Aussi indépendants soient-ils, il faut bien que quelqu'un les paie. Sur le long terme, ce que ce tri de l'information fait craindre, c'est l'idée d'un monde qui, particulièrement chez les jeunes, s'affranchit de moins en moins des réseaux sociaux, et dont la ligne « édito » ne va plus dépendre de la pluralité des utilisateurs, mais des choix en huis clos d'une entreprise privée.

Pour enfoncer le clou, Instagram a fait part via communiqué de son envie de faire appel à une intelligence artificielle – à « éduquer » grâce aux retours des usagers – qui pourrait au moyen terme détecter les fake news avant même qu’elles ne fassent l’objet d’une signalisation humaine. Alors profitez-en tant que vous servez encore à quelque chose, et anticipez peut-être la prochaine étape, mode Minority Report : détecter les fake news avant qu’elles soient publiées ?

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