les sénégalais reconquièrent les vagues de dakar

À l'ouest de Dakar, sur la côte des Almadies, derrière les chantiers et les paillotes branchées, petit à petit, le surf se démocratise. Rencontre avec la nouvelle génération de surfeurs sénégalais.

par Eulalie Juster
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24 Mai 2016, 10:10am

Khadjiou, 22 ans

Comment est-ce que tu as commencé à surfer ?
Mon oncle Kouka et mon cousin Babou surfent depuis longtemps. Quand j'allais les voir, j'avais remarqué qu'il n'y avait pas de fille à l'eau. Enfin, à part des filles blanches parfois. Mais pas de sénégalaise. Là, je me suis dit qu'il fallait que je me jette à l'eau. Pour représenter le Sénégal. Je suis très sportive, j'ai fait du canoë kayak, j'étais dans l'équipe nationale.

À quel âge as-tu commencé ?
J'ai commencé en 2010, j'avais 15 ans. Mais j'ai du arrêter assez vite. Ma famille avait du mal à accepter que je surfe car ils ne voyaient aucune autre fille sénégalaise à l'eau. Ensuite, grâce à mon oncle et mon cousin, ils ont vu que c'était sans danger et que c'était pas seulement pour les garçons et là, j'ai repris.

Et maintenant ?
Le surf, ça me plait beaucoup. C'est un sport vraiment noble, extraordinaire. Et c'est comme une famille élastique. Ma deuxième famille.

Ça fait quoi d'être une fille dans l'eau, ça change quelque chose ?
Non. Les garçons me respectent. Parfois ils me prennent ma vague mais c'est pour rigoler. Ils me conseillent.

Tu fais des études ?
J'ai arrêté mes études.

À cause du surf ?
Pas vraiment. A cause du sport en général.

Tu veux faire quoi plus tard ?
J'aimerais participer à plus de compétitions, surtout à l'étranger. Il n'y a pas encore de filles sénégalaises qui sont championnes. Et puis ouvrir ma propre école de surf pour les jeunes, les filles. Ici, il y a beaucoup de jeunes qui arrêtent l'école très tôt. J'aimerais créer un sport-études : surf quand ça déroule et le reste du temps, école.

Le meilleur spot à Dakar ?
Ngor & Secret Spot.

Cherif, 19 ans

Tu habites où ?
À Ngor. Sur la plage.

Quand as-tu commencé à surfer ?
Quand j'avais 11 ans. J'avais des potes qui surfaient. Tous les jours après l'école, je venais les regarder et c'est eux qui m'ont motivé. Et puis Oumar m'a repéré, c'est lui qui m'a emmené surfer à Ngor et qui est allé rendre visite à mes parents pour leur parler du surf.

Oumar c'est ton coach ?
Oui. Il a vu que j'étais bon alors il a décidé de m'entrainer.

Qu'est-ce qu'elle pense du surf ta famille ?
Maintenant, ils sont très contents parce que je gagne beaucoup de compétitions.

Quoi comme compétitions ?
Ma première compèt, c'était au Virage. J'étais pas super fort. Mais après je me suis amélioré. Je suis le premier Sénégalais a avoir gagné des compèt sur le West Africa Tour (Maroc, Cap-Vert, Congo, Ghana). Premier au Sénégal, deuxième au Cap-Vert.

En fait, t'es le champion de surf du Sénégal ?
Oui c'est moi. Au Sénégal, je suis champion toute catégorie. Et champion troisième position sur le West Africa Tour.

Tu es allé dans quel pays ?
Maroc, Cap-Vert, Congo, et aussi en France : Biarritz, Anglet, Lacanau.

Elles étaient où les meilleurs vagues ?
Anglet, c'était pas mal. Mais c'était un peu dur pour moi. J'étais le seul black dans l'eau. J'étais pas chez moi. Tu peux pas faire ce que tu veux, il y a plein de surfeurs à l'eau, mais c'était un bon test.

Ton spot préféré à Dakar ?
Le Vivier.

Tu veux faire quoi plus tard ?
Mon objectif c'est devenir champion du monde. Là je commence à avoir des sponsors, cet été Rip Curl m'emmène à Lacanau. Je suis content. J'ai besoin de sponsors pour les planches, ça coute très cher. Surtout je vais surfer avec plein de gens différents, ça va me permettre de m'améliorer.

Quel est ton meilleur souvenir dans l'eau ?
À Ngor, c'était il y a longtemps. Je suis allé à l'eau tout seul. J'ai pris une vague énorme, elle m'a retourné et m'a emmené au fond. J'ai failli y rester. Mes parents ont flippé. Moi j'ai pas peur, j'ai pas peur de mourir dans l'eau. C'est ce que je veux faire. C'est pas grave. 

Arno, 17 ans

Tu habites à Dakar ?
Oui, je suis né ici. Je vais au lycée Jean Mermoz, j'ai redoublé troisième donc là je suis en seconde

Ça fait longtemps que tu surfes ?
Oui, depuis mes douze ans. C'est mon oncle qui m'a donné ma première planche en mousse, une petite jaune avec des dérives en plastique.

Tu t'es déjà blessé ?
À l'époque, j'avais du mal à faire mes canards. Je me suis pris une série de vagues dans la tronche. J'ai atterri sur les rochers et j'ai du marcher jusqu'à la plage. Je me suis pris plus d'une centaine d'épines d'oursin dans les pieds. Sur le coup, j'avais tellement d'adrénaline en moi que je ne me rendais compte de rien.

Ta planche, elle est comment ?
Elle est neuve, je l'ai reçue à Noel ! C'est une 6.0, trois huitième. Un peu large, à ma taille et à mon poids. Dés que je l'ai achetée, mon niveau a augmenté.

Ta famille, elle pense quoi du surf ?
Depuis que j'ai gagné des compèts, je suis arrivé deuxième, troisième, j'ai senti que ma mère a commencé à être plus fière de moi. Plus de confiance aussi.

Tu surfes tous les jours ?
Pas tous les jours, avant oui mais maintenant je me rapproche du bac alors j'espace les sessions. Je surfe tous les week-ends et la semaine s'il y a un bon set. Je veux avoir mon bac avec mention.

Tu l'imagines comment ta vie plus tard ?
Avoir toujours le surf comme passion, mais sans compet parce que je pense que j'aurais ma profession. Je veux travailler dans la mécanique automobile, j'ai fait mes recherches. Je veux avoir une maison sur la plage comme dans Point Break, comme ça si je vois les sets le matin avant d'aller travailler, je prends ma planche et j'y vais !

Djibril, 10 ans

Ça fait combien de temps que tu surfes ?
6 ans.

T'as commencé à 4 ans ?
Oui.

Qu'est ce qui t'a donné envie ?
J'ai vu mon grand-frère surfer alors je lui ai dit « Attends moi ! je vais faire comme toi »

Qu'est ce que tu ressens quand tu vas dans l'eau ?
C'est froid !

Mais pourtant tu as une combi ?
Non, c'est pas à moi, on me l'a prêtée. J'aimerais bien en avoir une à moi.

Mais tu vas quand même dans l'eau, c'est que tu aimes surfer...
Oui, quand je prends une vague, je me lève, je prends de la vitesse, et j'ai un peu de bonheur.

Tu vas à l'école ?
Oui, je suis en CM1.

C'est laquelle ta plage préférée ?
Secret Spot. Les vagues elles sont bien ici.

Tu veux faire quoi quand tu seras grand ?
Je veux devenir champion, comme Cherif. J'ai déjà gagné une compétition avec les petits, je suis arrivé premier.

Thierno, 21 ans

Quand as-tu as commencé à surfer ?
À l'âge de 16 ans.

C'est tard par rapport aux petits qui commencent maintenant ?
Oui, un peu... Moi je surfe tout le temps, j'ai arrêté mes études et je fais plus que ça. À 16 ans, j'ai préféré faire du surf, mon père m'a tapé, il voulait que j'aille à l'école. Et moi j'ai dit : non, je préfère surfer. À la fin, il a dit d'accord.

Tu veux passer pro c'est ça ?
Oui bien sur, être sponsorisé.

Tes spots préférés a Dakar ?
Ouakam, No return, Vivier droit.

Les vagues elles sont comment ici ?
Les vagues de Dakar elles sont bien. Mais on cherche pas assez. On surfe toujours aux mêmes endroits : Vivier, Secret, No Return, Yoff, Ngor, Ouakam... Mais je suis sur qu'il y a des spots avec des vagues qu'on connaît meme pas juste à coté. À la pointe des Almadies par exemple... Faut aller chercher la vagues !

Tu as un travail à coté ?
Oui, je suis moniteur, je donne des cours aux enfants. 

Sénégalais ?
Non, expat.

Les petits d'ici tu leur apprends aussi ?
Ils sont dans l'eau avec nous. Souvent le papa et la maman ne veulent pas. À Ngor, on a ce problème. Parce qu'après ils veulent plus aller à l'école, ils veulent juste rester à la plage, regarder les surfeurs. Mais ça c'est pas bon, si t'as un enfant, il faut l'éduquer.

T'as déjà eu un accident ?
La première fois que j'ai surfé oui. À marée basse. Je suis tombé sur la tête direct. J'ai beaucoup saigné, ça s'arrêtait pas. Regarde j'ai encore la cicatrice. Mon frère est venu me chercher dans l'eau, il m'a sauvé.

Ta planche ?
C'est un pote français qui me l'a apportée. Elle est neuve. Je l'ai depuis 2 mois. Faut que je m'habitue à elle avant le début des compèts.

L'eau est propre à Dakar ?
Ici ça va, plus au nord, elle est dégueulasse. On essaye de garder les spots propres au maximum. Mais bon ici on jette beaucoup de choses par terre ... Il faudrait plus de poubelles.

Qu'est ce que ça apporte le surf ?
La confiance. Maintenant les petits ils commencent très tôt pour devenir pro. C'est des vrais carrières. Mais Dieu nous protège car on a tout le temps des vagues.

C'est quoi ton rêve plus tard ?
Être moniteur de surf pro, avoir ma propre école. Avoir mon diplôme de surf. Aller en France pour le passer et revenir. 

Credits


Interviews et Photographie : Eulalie Juster

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