on s'est levés à cinq heures du matin avec léa peckre (et c'était très beau)

La créatrice développe pas à pas son esthétique. Plus particulière et raffinée à chaque saison, elle impose sa féminité complexe et sa pudeur dans un monde encore très phallo-centré.

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02 Mars 2016, 5:10pm

Léa Peckre n'aime pas qu'on la traite de bonne élève. Déjà, parce qu'elle n'en est pas une. Ensuite, parce que c'est sous-estimer sa folie. Et sous-estimer la folie d'un créateur, c'est la plus grande insulte qu'on puisse lui faire. Dans un monde où on se fait très vite de très grandes idées sur les choses, comme ça, entre deux écrans, on oublie souvent de prendre le temps de regarder. La mode de Léa est pudique, elle ne s'exhibe pas mais règne tranquillement, préférant qu'on vienne à elle plutôt que d'aller racoler. Alors, saison après saison, la mode de Léa fleurit, l'air de rien, mais l'air de tout. La mode de Léa se respecte et respecte la mode. La mode de Léa a de grands jours devant elle. Et on est fiers d'assister à la plus jolie éclosion de la jeune création.

La créatrice partage en exclusivité sur i-D la bande-son du défilé, un live signé Erwan Sene

Toute ta collection s'articulait autour de 5 heures du matin, ça vient d'où ?
Très sincèrement, c'est parti du tube de Chagrin d'Amour, celle qui a fermé le défilé. C'est une musique importante pour moi, c'est un souvenir de mon enfance. C'est aussi ce moment où tu rentres te coucher et où d'autres vont travailler. Bon, en général, en vrai c'est plutôt 6 heures, mais bon il fallait coller à la chanson, alors on s'est adaptés.

Qu'est ce que tu aimes dans ce moment précis ?
C'est toujours assez gênant. Je suis souvent la personne qui rentre tard. Je me rends compte que c'est un monde que je ne connais pas. C'est une forme de culpabilité face à tous ces travailleurs mais c'est aussi une manière de me rendre compte de la chance que j'ai d'exercer un métier aussi créatif. Depuis deux saisons, on commence à trouver un rythme au studio. Je réapprends à me faire plaisir et à prendre du temps pour moi, chose très rare au début de la marque. Mes priorités changent au fur et à mesure et je me laisse la liberté de faire la fête.

Qu'est ce que la fête a apporté à ta création ?
Du temps pour moi, tout bêtement. Ça m'a surtout donné le recul nécessaire pour finalement mieux créer. Ça apporte une légèreté, tout devient plus agréable.

C'est que de la mode, non ?
Ça je m'en suis toujours rendue compte. Après le boulot que je fais est extrêmement personnel et passionnel, donc c'est difficile de tracer des limites.

Il y a beaucoup de bienveillance entre les jeunes créateurs parisiens cette saison...
Oui, c'est vrai. C'est assez sain et normal en fait, mais ça devait arriver. Surtout qu'on fait tous des choses différentes et qu'il y'a de la place pour tout le monde. Mais la France commence à donner une place à la jeune création, c'était pas le cas il n'y a pas si longtemps. Le fait qu'on nous mette plus en lumière, ça nous donne plus confiance et ça créé forcément une émulation. Comme dans les années 1990 où on parlait de nouvelle scène avec JP Gaultier etc. Donc oui, on se soutient, parce qu'on a l'impression de faire partie d'un tout.

Ton souhait pour 2016 ?
Que chaque saison évolue, avec ce même rythme assez humain, naturel et qui prend son temps. Chaque saison, je sens qu'on franchit une étape. On est chaque fois plus heureux, on grandit petit à petit et on fait des choses qu'on aime. 

Credits


Texte : Tess Lochanski
Photographie : Tom de Peyret