première : paprika kinski, jamaica

À l'occasion de la sortie de son premier EP, Steady Lover, la jeune lilloise partage avec i-D un clip exotico-kitsch.

par VICE Staff
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25 Mars 2016, 12:55pm

La mer, l'amour au soleil, du rhum et des percus. L'hiver se fait long et on rêve tous d'écouter le néant dans des coquillages. Paprika Kinski l'a bien compris. Cette jeune lilloise de 26 ans, qui s'était prédestinée à la mode, sort aujourd'hui son premier EP, Steady Lovers, une ballade exotique rythmée par des synthés nineties et bercée par une pop sinueuse. Ce nouvel écrin s'accompagne d'un premier clip complètement kitsch qui nous emmène sur les pages jamaïcaines vivre une idylle comme au (vieux) cinéma. On en a donc profité pour passer un moment avec Paprika et parler de mode, de désir et des femmes. Rencontre.

Tu produis un son qui s'approche du shoegaze et le distille dans un univers girly très 90's. Peux-tu me parler de tes inspirations musicales ?
Mes inspirations sont très larges et je n'ai jamais voulu me contenir à un genre en particulier même si je crée un univers particulier. Je suis multiple et j'ai plein de facettes; je veux pouvoir les retranscrire en musique. Toutes. J'ai été élevée à la musique classique et c'est une influence que l'on perçoit en filigrane dans ma musique. Avec mes frères et mes cousins, on écoutait du rock alternatif quand était gamins. Je mettais leurs fringues et j'étais fan des Smashing Pumkins, des Pixies. Aujourd'hui je me nourris de plein de choses. Je suis toujours aussi fan de rock mais j'aime aussi des artistes comme Lana del Rey que j'admire pour son côté femme discrète et pleine d'émotions qui propose un univers très fort.

Ton nouvel EP, Steady Lover, sort aujourd'hui. Tu te sens comment ?
Je l'ai composé à un moment très particulier. J'avais très envie de solitude, je voulais partir au large sans prévenir personne. Je me suis enfermée tout un été dans un appart, et j'ai commencé à composer et à écrire des textes. Je ne pensais vraiment pas en faire quelque chose, peut-être juste les montrer à quelques amis en rentrant. C'est donc un EP assez spontané et intime. J'ai fini par montrer mon boulot à des mais musiciens qui m'ont aidé à le fignoler, à rajouter quelques couches, quelques lignes. Mais tout ça, c'était un malentendu. Comme toute ma vie en fait.

Quel type de malentendus ?
Ma vie est un enchainement de malentendus. Tu vois, là, je suis à Mexico et ça aussi c'est un malentendu. Un bookeur mexicain a adoré ma musique, m'a appelée et m'a dit "tu veux pas venir jouer au Mexique ?" et puis il y avait des connexions avec le label, j'ai sauté sur l'occasion j'ai dit oui et voilà je suis là, tout le monde me traite comme une princesse. C'est fou.

Ton nom de scène révèle un amour pour le cinéma vintage ?
C'est marrant que tu me demandes ça parce qu'en fait ça aussi c'est un malentendu. J'ai changé mon nom sur Facebook un jour parce que j'ai un nom polonais à rallonge et je voulais faire marrer mes potes. Et puis je suis fan de Nastassja Kniski. Quand je suis allée rencontrer mon label je n'avais aucune idée pour mon nom de scène. Ils m'ont dit "Paprika Kinski ? Oui voilà c'est parfait." Donc voilà, j'ai finit par m'appeler comme ça.

Comment est-ce qu'on s'impose en tant que femme dans un univers très masculin comme l'industrie de la musique ?
Je fais de la musique depuis super longtemps. En fait, c'est très dur de se faire une place en tant que musicienne. En tant que chanteuse c'est autre chose. C'est une place qu'on aime bien attribuer aux femmes. Par contre être femme et faire de la basse, c'est un autre combat. J'ai un fort un fort caractère donc j'ai su m'imposer. Mais il y a un vrai paradoxe inhérent à l'industrie de la musique. Quand une femme débute, il va falloir qu'elle fasse ses preuves et qu'elle redouble d'effort pour se faire une place et tenter, un jour, de vivre de la musique. Une fois par contre qu'elle a atteint une certaine notoriété, sa féminité lui permet de rester en place.

Tu as un rapport privilégié à la mode…
Oui j'ai ma propre marque et j'ai conçu des costumes pour FKA Twigs, Grimes, We are enfants terribles et d'autres. J'aime le côté délirant et spectaculaire de la scène. Du coup ma vision de la mode l'est aussi.

Toutes les femmes que tu évoques partagent une vision libre de la féminité, à la fois forte et déterminée, sans pour autant renoncer à leur côté girly. C'est une vision que tu partages ?
Oui carrément. Toutes les filles qui m'entourent sont créatives et pleines de caractère. Je ne me sens pas féministe militante en général même si j'ai envie de me battre pour les femmes, pour l'égalité entre les sexes car beaucoup trop de femmes sont encore traitées comme des moins que rien et qu'il est nécessaire d'avancer là.. Je ne souffre pas au quotidien je fais juste face à une poignée de machos, mais je reste moi-même et je leur prouve qu'ils ont tort. Je ne ressens pas le besoin de gueuler sans cesse pour me faire entendre. On peut se battre de différentes manières. Moi je le fais par des choses simples.

Quelles sont les femmes qui t'inspirent ?
Il y en a beaucoup, il faudrait peut-être faire une liste de celles qui ne m'inspirent pas ! Je dirais avant tout les femmes avec des couilles ! Lana del Rey, Pj Harvey, Charlotte du Label Her Majesty's Ship, les femmes de ma famille aussi.

Est-ce que créer pour d'autres artistes a participé à ton envie de monter sur scène ?
Ces deux passions ont évolué en parallèle, parfois je m'ennuie de l'une ou de l'autre donc j'ai besoin de cet équilibre. Je fais de la musique depuis toujours, la mode m'a toujours beaucoup inspirée aussi. Ce sont deux vases communicants, l'un nourrit l'autre. Mais j'aime les penser ensemble parfois.

Tu viens de Lille, peux-tu me parler de la scène rock lilloise ?
Elle est incroyable, c'est une petite ville et tout le monde se connaît. Il y a une vraie synergie, une vraie solidarité dans la scène rock lilloise. À chaque fois qu'un groupe sort un nouveau son, tout le monde le relaie partout. J'adore cette scène. Et puis il y a des groupes incroyables comme Grifon, Ok Monday qui crée une power pop incroyable, Jimi Ben Band qui compose un garage génial. Plein de styles pour autant de talents. Et puis il y a la Belgique pas loin qui permet aussi plein d'autres échanges.

Quelle est la prochaine étape pour toi ?
On joue pas mal de dates entre Lille et Paris. Et puis là à Mexico. Et puis mon EP sort le 25 mars, je suis hyper heureuse. Mon label a été incroyable avec moi, une vraie famille ! Je me suis sentie comprise dès le début et c'est un sentiment très agréable lorsqu'on crée. David Shaw m'a également beaucoup aidé et a travaillé sur la production de cet EP. Et puis ma grand-mère qui n'aime habituellement pas ma musique, adore le morceau Steady Lover, donc c'est super.

Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield
Image : extrait du clip Jamaica de Paprika Kinski

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