newport beach, l'éducation musicale de notre génération ?

Il y a dix ans, les fans de Newport Beach, disaient adieu à leur série préférée au son de Life Is A Song de Patrick Park. i-D revient sur l'héritage musical (incontestable) de la série.

par VICE Staff
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19 Avril 2017, 9:25am

« We've been on the run/Driving in the sun/Looking out for number one/California, here we come/Right back where we started from ». Depuis qu'il a été entendu pour la première fois en août 2003, ce refrain de Phantom Planet est resté gravé dans la mémoire collective des amateurs de séries. Pourtant, s'il symbolise à merveille l'univers léger et ensoleillé de Newport Beach (The O.C. pour les puristes), « California » est loin d'être le titre le plus emblématique diffusé dans la série. En quatre saisons et 92 épisodes, Josh Schwartz (réalisateur) et Alexandra Patsavas (superviseuse musicale) ont en effet mis en place ce qui reste encore aujourd'hui la BO d'une génération : celle des cœurs sensibles, des amoureux de la pop guillerette et fragile, des romantiques maladroits qui cherchent à travers la musique à vaincre leurs peurs et incertitudes. Bref, une génération bercée au renouveau de l'indie-pop, largement favorisé par la série américaine.

Et pour cause : si un jour des musicologues du futur veulent savoir à quoi ressemblait l'indie-pop au début des années 2000, on ne saurait que trop leur conseiller d'aller regarder The O.C. et de s'imaginer le contexte de l'époque : Internet commence à peine à s'implanter massivement dans les foyers, les réseaux sociaux n'ont pas encore pris le monopole du quotidien des êtres humains et tout le monde ne maitrise pas encore les sites de P2P (Kazaa, LimeWire, etc). Pour découvrir de nouveaux artistes, il est donc préférable de faire confiance aux médias, voire à des médiums comme les séries. Et là, The O.C. a joué son rôle à la perfection.

Comment ? En contactant les groupes directement sur MySpace, en allant chercher les morceaux les moins connus de leur iPod, en mettant en avant des artistes pas toujours signés en maison de disques et en notant méticuleusement chaque chanson diffusée dans la série sur leur site web. Dans une interview à Uproxx, en février dernier le réalisateur de la série, Josh Schwartz, se voulait d'ailleurs très clair sur ses intentions : l'idée, rappelait-il, était de servir de guide aux plus jeunes générations, de les initier à des musiques a priori inaccessibles pour eux. « C'était une époque où il n'y avait pas iTunes et MTV ne diffusait plus de clips vidéo, tandis que les radios FM tournaient avec les huit mêmes morceaux par heure, et "Hey Ya !" tournait en boucle. Beaucoup de groupes auraient probablement eu de sérieuses réserves quant au fait de voir leur musique dans un soap pour adolescents diffusé sur Fox, mais ils n'avaient pas d'autres moyens de diffuser leurs musiques. »

Le cas de Death Cab For Cutie est d'ailleurs assez emblématique : le personnage de Seth Cohen offre des albums du groupe à Noël, en discute ouvertement avec son père et joue A Movie Script Ending dans sa voiture. La belle Summer a beau prétendre que ce n'est rien d'autre qu'une « guitare et des chanteurs qui ont l'air de se plaindre », Death Cab voit sa carrière décoller dans les jours et semaines qui suivent : dans la foulée, Ben Gibbard et ses comparses signent sur Atlantic, font leur entrer dans le Billboard, sont nommés aux Grammy Awards et Plans, sorti en 2005, devient disque de platine. Dès lors, il est presque impossible d'écouter Death Cab sans penser aux scènes de The O.C. où le groupe est évoqué. Et ça, ça marche également pour un tas d'autres titres présents au sein de la bande originale.

Qui, aujourd'hui, parmi les fans de la série, peut prétendre écouter Speeding Car d'Imogen Heap sans penser à la remise des diplômes, saison 3 ? Qui entend Forever Young sans s'imaginer aimer éternellement son amour de jeunesse, à l'image de Ryan et Marissa ? Peut-on imaginer l'écoute de Something Pretty de Patrick Park sans penser une seconde à la déclaration de Seth Cohen sur la table du restaurant du lycée ? Est-ce possible d'aller contre l'idée que l'overdose de Marissa à Tijuana ne serait pas aussi captivante sansInto You de Mazzy Star ? Même le superviseur musical de Pretty Little Liars, Chris Mollere, semble en accord avec cette sensation. Dans une interview à Rolling Stone, il disait que The O.C « avait changé le format de la télévision et prouvé que l'on pouvait utiliser un morceau avec du texte durant une scène avec des dialogues. Avant The O.C, ce n'était pas quelque chose qui était accepté… Le choix des morceaux sur cette série a permis aux groupes d'accéder à un autre niveau ».

Surtout, Josh Schwartz et Alexandra Patsavas ont rapidement eu l'intelligence de faire appel à des groupes dans la série. Au sein du mythique Bait Shop, salle de concert fictive située sur la baie de Newport Beach, de nombreux groupes devenus cultes ont ainsi défilé : The Walkmen, Modest Mouse, The Killers, Rooney et, bien sûr, Death Cab. Pour Seth Cohen, ce lieu sert alors d'échappatoire. Il pense que Newport Beach est ringarde, il considère la ville ennuyeuse et trouve alors dans la musique une raison d'être. Ça lui donne un côté nerd, du moins étrange, sinon unique, d'où sa déception lorsqu'il se rend compte dans la saison 1 que Marissa, la jolie fille gâtée de la maison d'à côté, se passionne, elle aussi, pour les Clash…

Quoi qu'il en soit, c'est bien grâce à ce personnage que les groupes pop les plus cools de l'époque trouvent une caisse de résonance. Il a donné à la série ce petit plus dont elle avait besoin, ce dernier ingrédient indispensable pour en faire l'un des meilleurs soaps de l'histoire : des références, et tout un tas d'artistes presque immédiatement validés par la critique journalistique. Bref, Seth Cohen est ce type de personnage qui te fait découvrir ton nouveau groupe préféré.

Dans les bandes-son des différentes saisons (appelées mixes par les producteurs), il n'y a ainsi jamais de remplissage ni d'opportunisme. Il n'y a pas non plus de composition originale - exceptions faites des covers réalisées spécifiquement pour la série ( Champagne Supernova par Matt Pond, Wonderwall par Ryan Adams, Hallelujah par Imogen Heap, etc.). Chaque morceau est méticuleusement choisi, et Alexandra Patsavas, également à l'origine des soundtracks de Gossip Girl et Grey's Anatomy, n'hésite jamais à imposer ses idées - comme lorsqu'elle envoie bouler les labels des Beastie Boys et de U2, qui souhaitent diffuser les nouveaux morceaux de leurs poulains en exclusivité dans la série. Un choix fort, donc, pour une série qui n'a jamais eu peur de mettre de jeunes rookies en avant, tant que ceux-ci avaient dans leur discographie des morceaux sincères, qui ne craignent pas les refrains raffinés, la mélancolie qui colle et les mélodies qui ordonnent en trois ou quatre minutes l'indiscipline dans la sagesse, la grandiloquence dans la retenue, le spleen dans la béatitude.

Credits


Texte : Maxime Delcourt

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