à casablanca la pop s'appelle malca

Avant son concert du lundi 6 juin à la Cigale pour le Converse Avant-Poste, le jeune musicien marocain est revenu avec i-D sur sa pop, ce qu'elle doit à Casablanca et sur les vertus d'un engagement faussement naïf.

par Antoine Mbemba
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03 Juin 2016, 3:35pm

Malca est un chic type. Patient. Et il fallait l'être mercredi dernier, alors que le jeune marocain de 27 ans sortait de sa dernière interview de la journée - celle-ci, la nôtre. La mienne. Et que je lui annonçais, rougi jusqu'au front, que mon enregistreur avait failli à sa mission. Trente minutes à l'eau, le spontané des réponses enjouées avec. Une clope, un Coca et redux. La casquette vissée, Malca prend alors le temps de répondre une seconde fois. Naturellement. Durant sa jeunesse à Casablanca et ses 7 dernières années parisiennes, il a pris le temps nécessaire pour se construire artistiquement, pour "proposer sa propre vision de la musique. Une fusion entre musique électro-pop, musique afro-américaine et musique arabe." 

La décontraction de Malca aura été tout à son honneur. On était peut-être encore assez loin de son concert de lundi prochain, le 6 juin, à la Cigale, dans le cadre du Converse Avant-Poste. "Là ça va, je suis encore détendu. J'aime pas me mettre la pression de toute manière. Ça va bien se passer. Le studio ça m'a toujours fait un peu chier. J'ai un trac de malade avant de rentrer sur scène, mais je pense que je vis pour ça." Lundi prochain, c'est lui qui ouvrira ce bal de jeunes talents. Suivront Anna Kova et Be Quiet. La scène, Malca l'aime et la côtoie depuis un bail. Et pour ça, le Maroc est une bonne école. "Casablanca c'était un monde de possibles. Tu pouvais te retrouver avec ton groupe du lycée qui tourne à trois accords devant 10 000 personnes. Je n'ai jamais retrouvé de telles émotions."

Plus récemment, "avant un concert, au Maroc, pour la balance, on répétait un son qui s'appelle My First Sex Tape. On est gentiment venu me voir pour me dire que ça n'allait pas être possible de la jouer." Ne vous laissez pas avoir par la légèreté de sa pop sucrée, savoureux mélange funk, pop et oriental. Le propos n'en est pas moins alerte, le verbe caché pas moins pertinent, au contraire. Son inspiration, ses paroles, il les doit à sa ville et à sa double identité, un écart réconciliant entre le Maroc et la France. "Casablanca est sans doute la ville du monde arabe où la dualité entre l'occident et l'orient est la plus forte. Ça ressemble beaucoup à Los Angeles, il y a beaucoup de contraste entre les différentes sous-cultures. Casa, c'est ma source première d'inspiration. La ville parle d'elle-même."

Malca soulève ce cas de conscience de la pop, de la musique, de l'art en général. Les messages forts et engageants glissés dans une enveloppe divertissante, dansante dans ce cas-là. "J'aime aborder des thématiques parfois douloureuses de manières très pop, très naïve. Il y a beaucoup de sujets tabous dans mon pays, le Maroc. L'homosexualité, l'alcool…" Il constate l'écart de comportement entre la France et le Maroc. Cette conscience de classes, d'inégalités, d'injustice à l'excès contre une certaine candeur, une acceptation dans la douceur d'un statu quo qui mériterait plus de cris. "Je suis fasciné par ces gens qui sont prêts à passer toute une nuit debout pour exprimer leur mécontentement. Qui nous disent qu'ils se savent manipulés, qu'ils sont conscients. Il y a beaucoup plus d'injustice au Maroc, mais on a eu un printemps arabe inexistant. Je ne sais pas quel est le meilleur modèle entre les deux. Mais au Maroc on n'a pas cette culture du débat, de la discussion d'idée. La première fois que j'ai fait un repas en famille en France, chez une copine, j'ai expérimenté le fameux "débat à table" ! Ça n'existe pas au Maroc. Mais ça marche bien comme ça."

Ce qui dérange davantage Malca : l'immobilisme de la scène musical casablancaise. "Les stars d'aujourd'hui sont les mêmes qu'il y a 10 ans." Le vent frais de sa musique souffle alors tout autant ici, que là-bas. Paradoxalement, l'identité visuelle de Malca est emprunte d'un kitsch vintage (qui se discute - "c'est une question de point de vue, je ne trouve pas ça kitsch, moi. Ça répond d'une certaine culture pop"). Pour le clip de She Gets Too High, sorti l'année dernière, il s'est créé un avatar, en la personne d'Aziz El Berkani, sommité marocaine ; "le Bruce Springsteen du Chaâbi, une pop star qui s'ignore !". Le clip de Ya Layli, dévoilé le 1er juin, pioche également dans cette esthétique lo-fi, dans laquelle sont plongés des totems de la culture pop marocaine.

Malca sait donc ce qu'il fait, ce qu'il veut, un brassage multiculturel pop au sens propre du terme. Mais à cette question pseudo-philosophique qui est de savoir pourquoi quelqu'un fait de la musique, le sourire est découragé, le désarroi est amusé. "C'est une question que je me pose sans cesse. Parfois je ressens une énorme culpabilité à faire ce métier. J'ai l'impression que ce n'est jamais assez." Nous ça nous convient. Large. Et dans 10 ans ? "J'aimerais être arrivé à l'apogée de ma musique, pour peut-être pourvoir passer à autre chose. Pourquoi pas avoir une vie très traditionnelle. Femme, enfants…" Bon, dix ans, ça laisse du temps. Le futur sera musical, encore longtemps. Le futur proche, lui, sera funky : Malca prépare un concert hommage à Prince ("Un monstre. Je ne lui arrive pas à l'orteil, faut pas se méprendre") et aura l'occasion de serrer la pogne d'un autre géant pour qui il fera la première partie au Trianon, le 1er juillet : George Clinton. En tout cas, en plus d'être talentueux, Malca est incroyablement sympa. Vous pouvez me faire confiance : je l'ai interviewé deux fois.  

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Texte : Antoine Mbemba

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