Photographie : Alon Shastel. Lolo porte un pull Givenchy. Bijoux personnels. 

qui est lolo zouaï, la chanteuse r'n'b que tous les producteurs s'arrachent ?

i-D a passé un aprem à Belleville en compagnie de Lolo Zouaï, la nouvelle reine franco-algérienne du r'n'b mondial.

par Micha Barban Dangerfield
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30 Novembre 2018, 11:35am

Photographie : Alon Shastel. Lolo porte un pull Givenchy. Bijoux personnels. 

J'ai rencontré Lolo pour la première fois en 2014, un après-midi d'été, dans le sud de la France, alors qu'elle se trouvait encore au seuil de son parcours initiatique. Une jeune artiste en devenir, sur le point de décoller et de tout renverser sur son passage, profitant encore un peu du confort que l'on attache au doute, quand le rêve est sur le point de se réaliser, mais que l'on préfère l'effleurer du bout des doigts, juste quelques minutes de plus, pour que la victoire qui lui succède soit encore plus savoureuse. Allongée sur la pelouse synthétique d'un Aqualand de province (ce n'est pas une blague), Lolo se chargeait de la bande-son de notre aprem : Biggie, Too Short, The Weekend, J-Lo et les autres. Sorbet à l'orange dégoulinant en guise de micro, elle déroulait des couplets hachés menus en solo, avant d'embarquer le reste de la bande sur les refrains. Au fond, je pense que nous partagions tous, à cet instant précis, la même conviction : Lolo allait finir par percer. Très fort.

Avant que son ascension prenne une nouvelle vitesse, c'est dans sa chambre d'ado et sous l'oeil bienveillant des posters d'Aaron Carter, Britney Spears et Too Short que Lolo a fait ses premières armes. Aux États-Unis, là où le désir s'éprouve en XXL, et où elle a grandi dans une famille franco-algérienne dont l'histoire a pris un tout nouveau tournant le jour où une Green Card gagnée à la loterie la mène de l'autre côté de l'Atlantique. « Quand j'étais ado, ma mère rentrait tard du boulot. Je passais mes soirées à travailler ma musique, à m'entrainer sur ma guitare. L'idée de me produire sur scène me terrorisait. Et j'en mourais d'envie aussi .» La chambre d'ado, c'est bien le point de départ de tous les musiciens, le laboratoire où sont élaborées les meilleures recettes – une alcôve protectrice où la liberté d'être vraiment soi se mêle aux projections du rêve. Et c'est sans doute là, dans cet espace-refuge, que se sont imaginées les plus grandes success story de l'histoire.

Celle de Lolo fait office d'exemple pour une génération élevée à Internet et qui ne comprend pas vraiment ce que signifie le terme « major ». « Avant de sortir "Highs to Lows", je suis partie à Los Angeles dans l'espoir de me faire un nom là-bas. J'ai rencontré des producteurs, des gens dont le métier est de dénicher de nouveaux talents, raconte Lolo . J'ai participé à des cours d'écriture, composé des chansons, enregistré quelques sons avec des pros mais je me suis vite rendue compte que je ne suivais plus mon instinct, que la musique je composais avec ces gens n'était simplement pas la mienne. Je me suis retirée. J'ai dit "non, désolée, ça ne marche pas pour moi" et je me suis pris les foudres des producteurs en retour. C'est à cet instant que j'ai compris qu'il allait falloir que je m'arme pour faire front aux égos des autres. À ce moment-là, j'ai dû tout recommencer à zéro. C'était incroyablement dur. » Lolo a rebroussé chemin, sans que son intégrité n'en souffre pour autant, et de retour dans sa chambre d'ado, elle s'est remise au boulot jusqu’à ce que son tour vienne, enfin.

Son titre « Highs highs to Lows lows » – à travers lequel le monde la rencontrait pour la première fois l'année dernière – remonte le fil de son parcours et en retrace les remous, des souvenirs devenus salvateurs. « J'ai composé cette chanson en hommage à toutes ces fois où mes rêves se sont brisés. J'y reviendrai toute ma vie, à cette chanson » nous explique t-elle, confesse et sûre d'elle. Son authenticité est à l'image de la génération qui l'a vue naitre, une sorte d'aisance heureuse et décomplexée qu'elle partage avec les gens de son âge, un aplomb trop souvent taxé d'impudence par ceux qui ne parviennent pas à en saisir la sincérité. Instagram, Snapchat et consort... Les vitrines virtuelles du monde ne sont plus réservées au story telling bidon, à la fable de soi ou à l'arrangement de (fausses) ascensions romancées. Sur les réseaux, Lolo partage des bribes d'expériences, des blagues, des vidéos faites-maison, des extraits de composition, des bouts de live, les fausses notes comme les moments de grâce. « On a tendance à croire qu'on peut faire illusion sur internet mais je crois que c'est faux. Les gens sont à mêmes de voir si un truc est monté de toute pièce ou pas. Les filtres ne suffisent pas. Et la proximité permise par les réseaux y est pour quelque chose. Moi, j'essaye pas de faire semblant de quoi que ce soit. »

Aujourd'hui, entre New York et Paris, en français et en anglais, le R'n'B de Lolo Zouaï séduit les producteurs et fédère un public de plus en plus large. Dans l'hexagone, Myth Syzer, Di-meh, Oxmo Puccino et Orelsan font la queue pour elle. « Séduire la France, le pays où je suis née mais dans lequel je n'ai jamais grandi, c'était un challenge pour moi. Les français sont difficiles en musique. Je suis hyper fière d'avoir réussi à conquérir un public ici. » Après notre rencontre, Lolo a continué à tourner dans les salles d'Europes et aux États-Unis tout en préparant la phase d'après, celle du studio. Au printemps, elle réunissait tous ses titres dans un premier album – le préambule du reste de sa vie. Et le commencement de son règne sur le r'n'b.

Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste Carhartt WIP, une veste Koché, top Amiri. Bijoux personnels.
Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste et un pantalon Koché, t-shirt Ambush. Boots et bijoux personnels
Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste Koché, t-shirt Ambush. Bijoux personnels
Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste et un pantalon Joseph. Sous-pull Marine Serre. Bijoux personnels.
Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste Levi's Made & Crafted, t-shirt Koché, jeans Ambush. Boots et bijoux personnels.
Lolo Zouaï Alon Shastel i-D
Lolo porte une veste et un pantalon Koché, un plaid Irene Bow. Bijoux personnels.

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Crédits

Photographe : Alon Shastel

Assistante photographe : Katya Patzi

Styliste : Teddy Czopp

Maquillage : Tina Roivainen

Coiffure : Yumiko Hikage

Production : Marion Besombes