quand un japonais photographie 20 ans de punk new-yorkais

Une nouvelle exposition américaine présente le travail du photographe japonais Keizo Kitajima, ses 20 ans d'esthétique DIY, de portraits new-yorkais, de photos de clubs tokyoïtes et de rues soviétiques.

par Emily Manning
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21 Octobre 2016, 2:50pm

On pourrait penser que pour documenter New York du mieux possible, il faudrait y vivre. Et il y a des précédents : Diane Arbus vient de l'Upper East Side, Garry Winogrand du Bronx, Helen Levitt de Brooklyn… Mais il y a aussi des exceptions, comme le photographe japonais Keizo Kitajima, loin d'être un local.

Kitajima a passé toute la fin des années 1970 à immortaliser la nuit et les rues de Tokyo et habiter des expositions aux accents toujours plus DIY. Jusqu'à ce que son professeur, le photographe Daido Moriyama, l'encourage à étendre sa pratique et son champ d'action. Au début des années 1980, Kitajima débarque à New York et traverse l'Union Soviétique disloquée une décennie plus tard. Entre-temps, il aura eu le temps de capturer la frénésie des rues de Séoul, Hong-Kong, Londres, Paris, Prague, Berlin, Budapest et Varsovie - parfois en couleurs saturées, d'autres en noir et blanc grainé. Une nouvelle exposition à la Big Man Gallery de Los Angeles, New Street History, réunit 25 images issues des projets divers de Kitajima, qui traduisent 20 ans d'exploration punk. 

New York, 1981

Né en 1954, Kitajima commence à travailler sous la tutelle de Moriyama à 19 ans. Ensemble, les deux photographes ont aidé à monter CAMP, une galerie indépendante du district de Shinjuku, où Kitajima entamera sa série novatrice Photo Express : Tokyo (1979). La même année, il crée chaque mois une nouvelle expo photo des clichés nocturnes sortis de ses errances de bars en clubs tokyoïtes. Il recouvre les mus de CAMP avec ses images, dont certaines n'ont été prises que quelques heures avant l'ouverture des expositions. Certains restes de ces travaux les plus anciens apparaissent dans New Street History, aisément reconnaissables par leur aspect brut et noir et blanc qui rappelle certains flyers punks. Les images en elles-mêmes sont punks : prises aléatoirement, compulsivement, urgemment, avec un sens fort de l'irrévérence et d'ignorance des règles et du formel. Une méthodologie qui servira tout autant à Kitajima deux ans plus tard, quand il atterrit à New York. 

New York, 1981

New Street History présente également les images prises par Kitajima en 1981 sur six mois passés à parcourir les rues de New York et ses clubs agités. Comme la série Photo Express, ces images en noir et blanc font écho à l'énergie punk, à la jeunesse, mais se concentrent également sur les aspects plus sérieux de la ville. Une décennie plus tard, Kitajima revenait à New York pour son livre, A.D. 1991 - capturant cette fois si la ville en couleurs éclatantes et cadres serrés. Cette série et celle qui précédait (Kitajima avait été commissionné par un journal japonais ; il devait visiter 15 républiques marquées par la dissolution de l'Union Soviétique en 1990) sont également inclues dans New Street History, et font de l'exposition le testament durable d'un artiste et de son envie inflexible de documenter le monde qui l'entoure. 

L'exposition 'New Street History' se tient à la galerie Little Big Man de Los Angeles jusqu'au 27 novembre. 

A.D. 1991

URSS, 1991

New York, 1981

A.D. 1991

Photo Express: Tokyo, 1979

Credits


Texte Emily Manning
Photographie Keizo Kitajima