balenciaga, céline et valentino : le glamour puissance trois

Demna Gvasalia a dépassé toutes les attentes avec une deuxième collection Balenciaga somptueuse, aux accents glamour partagés - différemment - par Céline et Valentino.

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oct. 3 2016, 2:05pm

« Glamour ». En voilà un terme relativement passe-partout, légitimé dans un catalogue La Redoute comme entre les lignes d'un dossier de presse Roberto Cavalli. Si le magnifique défilé printemps/été 2017 de Balenciaga était une pub télévisée des années 1980, ce mot aurait certainement été murmuré avec force à sa fin : « Glamour ! » Demna Gvasalia ne faisait qu'entamer son adolescence quand un numéro du Vogue italien lui est tombé pour la première fois entre les mains. Dans une Akhbazie encore géorgienne et ravagée par la guerre, il tournait les pages, les yeux emplis d'émoi à la vue d'une robe Valentino. C'était au début des années 1990, après la chute du Rideau de Fer. Quand malgré la fin de la censure communiste, l'accès culturel restait rare. Entouré d'un flou post-soviétique, le garçon n'en revenait pas, et tomba amoureux du glamour qui définissait la mode à l'époque. Amoureux, jusqu'à l'obsession. « Il y avait quelque chose de fétichiste dans cette collection, » avouait-il dimanche matin, après l'étalage de sa deuxième collection (géniale) pour Balenciaga.

Balenciaga printemps/été 2017

« Comme un parallèle entre la couture et le fétichisme, et l'obsession qui peut en sortir, » continuait Demna. Compliqué de ne pas se demander jusqu'à quel point le poids de ce glamour des années 1980 et 1990 a influencé son jeune esprit lorsqu'il se perdait dans le papier glacé de magazines comme Burda - bible de la mode en Allemagne, où ses parents finiront par emménager - et des émissions de télé comme Dynasty, qui ont fétichisé cette notion eighties de la couture glamour à l'excès, souvent jusqu'à en devenir vulgaire. « On a créé de nouvelles épaulettes, qui conservent la ligne de l'épaule, mais qui sont complètement vides. Donc on se retrouve avec un profil très plat, très élégant et féminin, et une vue de face aux formes très exagérées. Les épaules et les chaussures sont très nettes, très aigues. » Des mots que l'on croirait sortis de la bouche de l'un de ces fabuleux couturiers des années 1980 - « épaulette » est un terme très rarement entendu en coulisses aujourd'hui. Il a parfait chacune des pièces de sa collection, pour les parfaire encore un peu plus derrière, encore et encore, comme le perfectionniste fétichiste qu'il est. 

Balenciaga printemps/été 2017

« La manière dont étaient conçus les vêtements… c'était si beau, si parfait, j'ai failli en pleurer, » s'empressait de raconter son beau-frère russe après le défilé. Et seul le glamour pur aurait pu avoir un tel effet sur un homme de la même génération que Demna. Se mélangeaient le spandex, des bottes muées en leggings, certaines somptueusement colorées, d'autres entichées de motifs floraux sortis des archives de Balenciaga, une cape, un manteau en latex noir - peut-être un clin d'œil aux vêtements des femmes qu'il voyait dans le Bloc de l'Est au début des années 1990, quand le glamour s'exprimer par l'exagération du sexy - un peu trop de tout. Le tout maintenu par une bande sonore et des saxos kitsch ; les sons qui emplissaient ses oreilles d'ados, dont Careless Whisper de George Michael ou I Will Always Love You de Whitney Houston. 

Céline printemps/été 2017

Avec cette deuxième collection à Balenciaga, Demna Gvasalia a dépassé toutes les attentes, prouvant qu'en plus de remuer les lignes de saison en saison, il sait aussi trouver des territoires vierges dans des références nostalgiques. Quand le talent est tel, la hype n'est plus, et ne suit que la reconnaissance. L'influence de l'esthétique de Demna dans la mode est une évidence depuis plusieurs saisons, et dimanche après-midi, on retrouvait des indices de l'effet « Vetements » sur la proposition de Phoebe Philo pour Céline, qui rendait sa vision personnelle de l'oversize et des robes victoriennes dans une collection fruit de sa collaboration avec l'artiste Dan Graham. Du glamour intellectuel pour les femmes, qui aiment Céline, son cool et son chic qui ne tombent jamais dans le romantisme. Ces clientes-là - les romantiques glamour - ont trouvé foyer chez Valentino il y a longtemps. 

Valentino printemps/été 2017

Cette saison marquait la séparation du duo Valentino Maria Grazia Chiuri - qui présentait sa première collection Dior vendredi - et Pierpaolo Piccioli, qui aura fait durer le suspense, la foule se demandant si le glamour éthéré de la marque allait survivre au départ de Chiuri. Bonne nouvelle : c'est le cas. Le défilé semblait très familier, et ce fut une bonne chose. On ne change pas une recette qui marche. Piccioli a manœuvré son divorce Valentino avec habileté, dessinant - comme le duo l'avait toujours fait - des références intellectuelles et historiques. Il a d'abord donné à son glamour un élan plus contemporain et plus formel que celui développé par Chiuri dans sa première collection Dior, mais sa collection n'aura pas tardé à se transformer en tout ce qui fait l'identité de Valentino : des robes infiniment longues, minces et délicates dont les ateliers Valentino ont le secret. Le Valentino glamour qu'admirait le jeune Demna qui se perdait dans les pages de son premier Vogue : le fantasme originel de la mode. Le glamour !

Credits


Texte Anders Christian Madsen