Adwoa wears rollneck Dior. Earrings (worn throughout) model's own.

harley weir voit tout le monde comme personne

Alors qu'elle a immortalisé Adwoa Aboah dans un canyon de Californie pour la couverture du nouveau numéro d'i-D, The Female Gaze Issue, on est allé à la rencontre d'Harley Weir, la photographe la plus côtée du moment.

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août 25 2016, 9:25am

Adwoa wears rollneck Dior. Earrings (worn throughout) model's own.

Pull Dior. Bottes Balenciaga. Culotte Hanro.

Veste, chemise et caleçon Miu Miu. Ceinture Saint Laurent. Bottes Balenciaga.

Tous les vêtements, Prada.

Veste Chanel. Col-roulé Hermes. Ceinture Jeremy Scott. 

Veste Jacquemus. Pull Dior. Collants Falke. Bottes Vetements. 

Veste et chaussettes Vetements. Haut Y/Project. Body appartenant à la styliste. Chaussures Balenciaga. 

Tous les vêtements, Balenciaga. 

Son imagerie belle et séduisante a fait d'Harley Weir l'une des plus grandes faiseuses d'images de mode de ces dernières années. Elle parvient à capturer la conscience de l'industrie avec une vision bien singulière de la sensualité et de la sensibilité du corps humain. Elle sait explorer la nudité sans pour autant faire du sexe son sujet.

Regarder les photos d'Harley Weir, c'est observer par le trou de la serrure un monde différent, composé de sépia, d'ombre et d'ocre, plein de sujets romantiques et majestueux. Ça ne suffit pas de regarder les images de Weir. On a envie de les toucher, d'y apparaître, d'en faire partie.

Née en 1988, Harley a grandi dans la banlieue de Londres et a suivi les cours des Beaux-Arts de Central Saint Martins. Son travail forme un pont salvateur entre les photographes à l'analogue grainé des années 1990 et les gosses né dans l'internet qui font circuler son travail sur Tumblr et Instagram, blogs et reposts infinis. Et pourtant, son objectif, proche, intime et personnel existe dans un monde et une temporalité à lui seul.

Rien de surprenant alors, à ce que les plus grandes marques de mode s'arrachent ses services. En seulement quelques années, Harley a repensé les univers de Gucci, Calvin Klein, Stella McCartney et McQ ; elle a réuni Chloe Sevigny, Liv Tyler et Binx pour Proenza Schouler et ses photos apparaissent régulièrement dans les pages de Vogue, Pop et, bien évidemment, i-D. Pour notre Female Gaze Issue, Harley est retournée à la nature, pour étudier sous toutes ses coutures notre star en couverture, Adwoa Aboah au Franklin Canyon Park, en Californie. Rencontre avec la femme derrière l'appareil, le monde entier accroché à ses doigts... 

Quel est ton souvenir le plus ancien ?
J'ai longtemps répété que je me souvenais du jour de ma naissance… D'avoir été portée à une fenêtre, d'avoir vu pour la première fois. Une lumière très forte, et floue, et un sentiment que je ne peux pas décrire, entre l'excitation et l'aveuglement… Mais je ne vois pas comment c'est possible !

Quand as-tu commencé à prendre des photos ?
On m'a filé un appareil jetable pendant ma première sortie scolaire, dans une ferme. Les animaux étaient bien plus fascinants à travers cette boîte en plastique. Ça m'a immédiatement intrigué et après ça j'avais toujours un jetable sur moi pour toutes les occasions spéciales.

On considère que tes photos sont très sexuelles. C'est un aspect dont tu es consciente ?
En tant que fille, tu grandis en étant sexualisée. C'est quelque chose comprendre à gérer dans notre cheminement pour devenir une femme, donc bien sûr, ça s'est retranscrit dans mon travail, consciemment ou non.

Tes images semblent toujours très personnelles et intimes. Comment tu te connectes avec tes sujets ?
Photographier des gens c'est une collaboration. Je dirais même un plan à trois, l'appareil photo étant le troisième participant. Peu importe que tu aimes la personne ou non en dehors du cadre photographique : l'appareil peut changer cette relation. On peut tomber sur un moment inattendu de de pure magie, des gens plus réservés comme des situations totalement gênantes et inconfortables. C'est dur à prédire.

Qu'est-ce que tu préfères photographier chez les femmes ?
J'aime tout, des cils aux ongles de pieds !

Ta photo "up-skirt" de Klara Kristin pour Calvin Klein a créé beaucoup de controverse. Pourquoi les images un peu sexuelles mettent la société aussi mal à l'aise ?
Pour le coup, je pense que l'image a créé de la controverse parce qu'elle n'était pas assez sexy ! On est inondés d'images de femmes au corps huilé se touchant les seins nus, et si c'est photographié de manière directe, on sous-entend qu'elle est "en contrôle". On doit montrer aux gens quelque chose de plus authentique, quelque chose qui relance le débat sur la représentation féminine. On est tous bien trop habitués aux images de femmes horriblement réifiés. C'est devenu standard, ces derniers temps. Ça démontre bien la perception tordue que l'on a de ce qui est pervers et ce qui est innocemment intime.

Qu'est-ce qui t'inspire ?
Ce que je vois, ce que je sens, touche, entends, lis, écris… les moments abstraits intrigants… tout ce que la vie fout devant moi.

Comment tu expliques cette augmentation des femmes photographes en ce moment ?
La photographie est une profession qui va parfaitement aux femmes selon moi. C'est aussi une pratique très privilégiée. Je ne serais certainement pas là si je n'avais pas vécu chez mes parents jusqu'il y a un an ! La photo demande beaucoup de temps, de motivation, d'implication, et depuis peu les femmes n'avaient pas le soutien nécessaire pour poursuivre cette voie.

Pourquoi est-il important d'avoir des femmes photographes aujourd'hui ?
Le point de vue féminin devrait être vu et considéré de manière universelle, au même titre que le point de vue masculin. Tout le monde devrait être concerné par le point de vue féminin.

Tu te comportes différemment selon que tu photographies un homme ou une femme ?
Je m'adapte davantage à la personne, simplement. Je ne peux pas affirmer que les femmes sont comme ça, les hommes comme ça… il y a bien trop de variations.

En tant que photographe, tu ressens un sens du devoir et de responsabilité ?
Être photographe implique beaucoup de responsabilités, notamment quand tu gères l'image de quelqu'un. Je ressens souvent le besoin de mettre cette personne à l'aise. Même si j'ai envie de montrer la réalité, j'aime toujours projeter les personnes quand elles sont à leur meilleur. Mes yeux préfèrent regarder ce que le public pourrait percevoir comme le pire chez une personne, mais je n'ai pas encore eu le courage de montrer ça.  

Qu'est-ce qui te pousse à continuer la photo ?
La connaissance. Ça peut sonner un peu bête, mais j'apprends tellement via mon travail. Je serais vraiment stupide sans ça. La seule manière d'apprendre pour moi, c'est avec mon corps. Si je ne vois pas, ne touche pas, ne fais pas ou ne parle pas, j'ai du mal à enregistrer.

Quelles ont été les figures féminines les plus marquantes de ta vie ?
Ma mère et mes amies.

Tu voyages beaucoup pour ton boulot. Où est-ce que tu trouves les femmes les plus belles à photographier ?
La beauté vit partout. Impossible de la confiner à un endroit.

Comment la représentation des mannequins dans la mode valorise (ou dévalorise) l'image de la femme moderne ?
L'imagerie de la mode est un reflet d'une culture à un moment particulier. Ça marque une génération. Il y manque cruellement de diversité, généralement, mais je trouve que la mode a montré qu'elle était prête à changer, et je le vois bien dans ce qui sort aujourd'hui. Je suis fière d'en faire partie.

Tu t'es déjà sentie mésestimée parce que tu es une femme ?
Bien sûr, tout le temps, mais je l'utilise. Tous les désavantages ont leurs avantages. `

Comment tu décrirais ton travail ?
C'est moi, en train de comprendre le monde, très lentement, morceau par morceau.

Quel héritage aimerais-tu laisser derrière toi ?
J'aimerais faire partie d'une époque où les femmes sont libérées des lois répressives et des traditions ridicules. 

Credits


Texte Lynette Nylander
Photographie Harley Weir 
Stylisme Julia Sarr-Jamois
Coiffure Tina Outen de Streeters avec Bumble and bumble. Maquillage Thomas De Kluvyer de Art Partner avec Chanel. Manucure Alexandra Jachno de Aim Artists avec Chanel Beauté Des Ongles Extreme Shine. Design décor Will Lemon de Owl & The Elephant. Assistance photographie Rachel Lamb. Assistance stylisme Bojana Kozarevic, Rosie Williams. Assistance coiffure Andres Copeland. Assistance maquillage Atlas Ferrara. Production Gabe Hill de GE Projects. Coordinateurs production Beau Bright, Suzy Kang. Assistance production Tyler Ofstedahl. Mannequin Adwoa Aboah de Tess Management. Corey Washington et Alixx Vernet.