mon alter ego s'appelle lily bling et il n'a pas de genre

Laissez-moi vous raconter pourquoi il est excessif, insolent, matérialiste, honnête, pourri gâté, marrant, un peu salope et toujours très vif d'esprit.

par Ryan Peterson
|
25 Mai 2016, 2:40pm

Le concept d'alter ego, "l'autre moi" en latin, a pris de nombreuses formes. Il n'y a qu'à voir dans la musique, où les noms Sasha Fierce et Ziggy Stardust n'existaient que sur scène. Pour ce qui est de la fiction, on a Superman ou M. Hyde, dans L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. J'ai moi-même un alter ego - Lily Bling. Lily n'est pas méchant(e) comme M. Hyde. Mais, comme Superman, Lily aime porter des combinaisons près du corps (sans la cape - la faute à Madonna). Lily n'est qu'une extension de moi - un moi normal, basique et stable. Ça semble simple, comme ça, mais ça ne l'est pas tant. Cela fait seulement quatre ans que Lily Bling a pris le devant de la scène, et autant dire qu'(elle)(il) a fait l'effet d'un ouragan sur les réseaux sociaux, redéfinissant la mondanité. Vous pouvez y voir cette petite allumeuse traîner son pas vulgaire dans les fêtes les plus folles, distribuer ses potins pendant des shoots mode (Lily est photographe de mode - obvious), déambuler du côté de Harrods et prendre les selfies les plus glamour au Palais de Li Li (le manoir de Lily). J'ai décidé de m'éplucher au maximum pour tenter de comprendre cette commère/icône de la mode/garce richissime auto-proclamée/sensation du net qu'est Lily Bling.

Lily, parle-nous un peu de toi.
Salut chéri, tu peux m'appeler Lilz. Je suis la personne que les gens épient en ligne. Celle qu'ils rêvent d'être. En gros, Lily est une version exagérée - meilleure, donc - de toi : insolente, excessive, matérialiste, honnête, pourrie gâtée, drôle, un peu salope et vive d'esprit. Mon nom m'est venu alors que je passais devant une boutique (en Bentley) à Aldgate. L'enseigne épelait d'un grand lettrage brillant L I L Y B L I N G. Heureusement (enfin, malheureusement - va te faire foutre la gentrification), la boutique a fermé, du coup il n'y a plus aucune preuve de plagiat, lmao. Même si le nom Lily est typiquement féminin, je ne m'identifie pas comme une femme. En fait, mon identité entière est dénuée de genre. Les noms ne devraient pas catégoriser le genre, les vêtements non plus. Je porte les vêtements que je porte parce que je les trouve beau, et j'aime ce qu'ils rendent sur mon corps sans défaut.

Quelle est notre plus grande différence ?
La confiance en soi, je pense. Ma confiance vient comme elle vient chez une femme qui porte une magnifique paire de talons et sa robe préférée. Elle se sent incroyablement belle et l'assurance émane d'elle.

Tu as une esthétique très particulière. Tu peux nous en parler ?
Eh bien disons que quand tu viens de l'Essex, tu comprends bien vite que le choix de la voiture flashy et des fringues chamarrées est une obligation. J'ai vu des femmes bien ternes se faire virer de chez elles et des familles sans plaques d'immatriculation personnalisées être forcées à déménager à Surrey. Mon Dieu. L'Es$ex représente le vulgaire, l'opulent ; dans ta face. Je veux à mon tour représenter cette exagération. Je me suis également beaucoup inspiré de l'ère glam rock. Ça correspond à une période très hédoniste et indulgente. Les vêtements étaient flamboyants, sans genre. J'ai définitivement adopté le motto "les is less and more is more". 

Tu as dédié toutes tes plateformes de réseaux sociaux à Lily Bling. Pourquoi je n'existe pas en ligne ?
On utilise les réseaux sociaux pour mettre en avant la meilleure version possible de nous-mêmes. On ira plus poster une photo de l'hôtel cinq étoiles dans lequel on passe une nuit qu'une photo de l'arrêt de bus ou l'on attend tous les jours (au passage, je ne prends pas le bus, c'est crade). On est constamment dans une gestion très attentionnée de notre vie numérique. On veut contenter notre public, et ça crée un grand écart entre notre alter ego numérique et notre vraie personnalité. J'imagine que notre écart à nous deux est simplement plus grand que celui des autres. Si tu existais sur les réseaux sociaux, tu ferais comme tout le monde : des photos de ton repas, de ta famille… L'ennui !

Merci, c'est sympa. Tu penses que tu provoques des avis mitigés chez les gens ?
Oh que oui. Il y a ceux qui (sans surprise) m'adorent, mais il y a aussi ceux qui ne me comprennent pas. Je pense qu'ils sont principalement gênés par l'exposition éhontée de ma sexualité. Quand je montre mes fesses sur Instagram, par exemple. Mais j'aime briser les barrières et les tabous associés au sexe et à la nudité, donc c'est peut-être le moment de montrer une version encore plus frontale de moi (littéralement). Et puis de toute façon, tant qu'on parle de moi…

Pourquoi penses-tu qu'il est important de questionner les tabous relatifs au sexe et à la sexualité ?
Je suis une personne très sexuelle. La sexualité ce n'est pas une honte. C'est quelque chose de très puissant et mon but est de briser les barrières qu'on lui associe. En prenant des selfies de mon corps de rêve et en les publiant, je me sens sexy et libéré. Il n'y a qu'à regarder ce qu'il s'est passé avec le récent selfie nu de Kim Kardashian. Ça montre bien tout le chemin qu'il nous reste à faire, en tant que société, et particulièrement dans notre manière de voir et regarder les femmes. La société nous a appris à automatiquement sexualiser la nudité. Á avoir honte d'être sexy. On doit simplement réapprendre le corps, l'appréhender comme quelque chose de magnifique et arrêter d'être aussi prudes et choqués dès qu'on voit un malheureux bout de chair.

Tu comparerais ce que tu fais avec le mouvement drag ? Est-ce que tu es drag queen, Lilz ?
Si l'on s'y penche, techniquement le drag c'est se moquer du genre, et ce n'est pas ce que je fais. Je déteste les étiquettes. Les choses ne s'analysent que très rarement de façon binaire. Il n'y a qu'à voir le genre et la sexualité. Le phénomène drag est devenu très vaste et ses limites très floues. Comme je le disais plus tôt, quand une femme porte des talons et une robe de malade, elle peut complètement modifier son apparence et son comportement. Alors techniquement on pourrait dire que c'est drag, non ? Quelle est la limite ?

From Lily Bling's Slutheads series

En plus d'être formidable à temps plein, tu es aussi photographe. Ta manière de vivre influence ton boulot ?
Putain, oui ! Totalement. Bonne part de ma photo s'articule autour des thèmes récurrents dans mon univers - la sexualité, le genre, le consumérisme et l'identité. Je tente de créer des images sexy, drôle et un brin politiques. J'ai récemment soumis un article à Polyester Magazine sur la gentrification rampante à Londres, et la manière qu'à l'esprit underground de la nuit d'y résister. Je m'habille toujours ultra-glam quand je prends des photos, et je fais le stylisme de la plupart de mes shoots. Autrement dit, mon sujet est Lily Bling-ué. Bon Ryan, tu as appris des choses ?

Ce qui est sûr, c'est que tu m'as redonné confiance en moi. Tu m'as appris à ne pas prendre moi et ma vie trop au sérieux. Et tu m'as donné envie de m'aimer d'un amour inconditionnel, verrues (génitales) ou pas.
Félicitations pour le petit trait d'humour, chéri, xo

@nosejob
thelilybling.com

Credits


Texte Ryan Peterson