la campagne anglaise de dior

À l'heure où l'Angleterre menace de quitter l'Europe, Dior célèbre l'alliance franco-britannique au Palais Blenheim pour sa collection croisière 2017 signée Lucie Meier et Serge Ruffieux.

par Anders Christian Madsen
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01 Juin 2016, 2:40pm

"On s'est plongé dans le train de vie anglais d'après-guerre, dans cette curiosité pour les voyages et la découverte de nouveautés," explique Lucie Meier à i-D backstage. "La vie à la campagne, aussi - on s'est inspiré de scènes de chasses, d'art et de cette façon de vivre."  En 1954, la Duchesse de Malborough, alors résidente du palais, invitait Christian Dior à y dévoiler sa collection hiver. La Princesse Margaret était de la partie. En 1958, le jeune Yves Saint Laurent s'emparait de la galerie de la grande bibliothèque (la plus grande d'Angleterre) pour une autre collection Dior. En première ligne chez Dior depuis le départ de Raf Simons la saison dernière, Meier et Ruffieux n'ont pourtant pas choisi l'endroit. Selon Meier, le projet était prévu de longue date. Un plan minutieux pour célébrer en grandeur l'ouverture de la nouvelle boutique de Dior sur Bond Street. Donc "ça faisait sens d'y revenir". Ils y sont allés franchement et sans surprise pour cette collection, transformant les caractéristiques de l'attirail anglais de la sortie champêtre en une collection parisienne à motifs et silhouettes contrastés, desquelles émanent un éclectisme certain, assez anglais dans l'esprit. 

La maison, dont on attend l'arrivée du nouveau directeur créatif, n'a pas cédé à la tentation de nommer son train pour Blenheim le 'Diorent Express', le nom que John Galliano, feu-créateur de Dior, donnait à sa collection automne/hiver 1998. Non. Ils l'ont sobrement baptisé 'Dior Express', et ce dernier a quitté la Victoria Station avec classe. Les portiers, en uniforme gris-Dior, invitaient tout un chacun à prendre place dans un originel wagon Pullmann, designé en 1925. Le service, forcément impeccable et un repas entrée-plat-dessert express plus tard, les invités ont été accueillis à l'arrivée du palace, en grande pompe et fanfare (si tout ça vous évoque la mise-en-scène grotesque des Kardashian-West à Versailles, chassez vite cette image de votre tête - moins bling et plus classe, c'était Blenheim, of course). Inattendu, venant d'une prestigieuse maison en période d'intérim, le défilé a montré que directeur créatif ou pas, Dior restait Dior - la tête haute, plus puissante que jamais.

Aussi difficile qu'a été le départ de Raf Simons, Dior n'entend pas céder aux sirènes de la vitesse - en attendant d'avoir un nom à se mettre sous la dent, la maison a renoué avec ses racines et donné le poste vacant à ses vieux amis, Meier et Ruffieux. Dans une industrie qui voit Alessandro Michele accéder au poste de direction après 14 ans passés au sein de l'équipe créative de Gucci, doit-on s'attendre à ce que Meier et Ruffieux reprennent le flambeau et continuent ce qu'ils ont commencé à Dior ? La dernière fois qu'un duo de créateurs s'est hissé au seul et unique rang de directeur créatif, c'était avec Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccioli — depuis, Valentino a dépassé toutes ses attentes et ses recettes. Après le défilé, on s'est risqué à questionner Meier sur son état d'esprit, ses aspirations pour le futur. Et comme convenu, Meier fut diplomatique : "C'est très excitant. Le départ de Raf nous a tous attristés, nous travaillions ensemble, et puis au final, nous avons retrouvé du positif là-dedans." Et le futur dans tout ça ? "Que du positif, aussi." Futurs directeurs de création ou non, Meier and Ruffieux auront permis à tous ceux qui ne l'entendent pas de comprendre une chose de notre industrie : l'union fera la force - et le futur de la mode, sans aucun doute. 

Credits


Texte : Anders Christian Madsen 
Photographie : Anabel Navarro Llorens

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