where love is illegal : la parole à ceux qui ont vécu l'enfer de la discrimination

Le photographe Robin Hammond est parti en Afrique à la rencontre des hommes et femmes dont l'identité sexuelle dérange. Il en tire une série de portraits, forcément sublimes et une plateforme participative, "Where Love Is Illegal" qui a pour but de...

par i-D Staff
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22 Février 2016, 7:00pm

Lors d'une mission au Nigéria en 2014, Robin Hammond, un reporter et photographe qui couvre l'Afrique depuis plus de 15 ans, rencontrait cinq jeunes hommes gay qui s'étaient faits emprisonnés, torturés et maltraités, jugés pour leur seule préférence sexuelle. Si les charges qui pesaient contre eux ( la peine de mort en première ligne) ont été abandonnées, les garçons étaient terrifiés. Robin les a sollicités, en tant que photojournaliste, et leur a proposé de raconter leur histoire. ''Nous nous sommes rencontrés dans une chambre d'hotel, car ils avaient trop peur de me retrouver dans un lieu public. Quand j'ai compris ce qu'ils avaient vécu, les tortures et le harcèlement aussi, j'ai su que leurs cicatrices sur le corps se refermeraient, mais que leurs familles ne les accepteraient plus jamais.''

Les hommes ont parlé du danger de la photographie, du danger que leur causerait l'exposition de leur sexualité à travers ces photos. Ils ont aussi partagé leur peur d'être persécutés. ''J'ai tout fait pour qu'ils racontent leur histoire selon leurs propres termes, avec leurs mots à eux, explique Robin. Ils ne voulaient pas qu'on voit leur visage ni qu'on divulgue leurs noms. Ce sont les premiers portraits que j'ai partagés sur la plateforme interactive Where Love Is Illegal, un projet qui tente de mettre en images la violence et la discriminations que vivent les communautés LGBTI partout dans le monde, afin qu'elles puissent s'exprimer et se faire voir. Le site inclue des histoires, des témoignages et des portraits de Malaisie, du Cameroun, d'Amérique, de Chine, d'Uganda et d'Inde - ce sont les portraits de survivants.''

"Les statistiques qui se concentrent sur les droits des gays dans le monde sont vraiment terribles'', insiste Hammond. Que dire quand plus de 2,8 millions de gens vivent dans des pays où l'homosexualité est un crime ? "Quand on entend le témoignage de ces minorités, qu'on saisit leur personnalité et leurs émotions dans le portrait, la connexion et la compassion sont à mon sens, évidentes - c'est ce qui, selon moi, peut persuader le monde que la différence et belle et qu'elle doit être acceptée partout.'' 

Comment t'es venue l'idée de ce projet ?
Pendant mon dernier séjour en Afrique, j'ai été saisi par la montée de l'homophobie et de la transphobie à l'oeuvre dans tout le continent. Plus j'ai creusé, plus j'ai compris cette violence. J'ai compris que le débat autour des droits des communautés LGBTQI était centré sur des assertions données par des gens qui sont coincés dan leurs petits aprioris, qui sont fermés d'esprit mais qui sont assez haut placés pour faire voter des lois ultra conservatrices et homophobes. Jamais ces gens n'ont pris la peine d'entendre ceux qui ont été victimes de discrimination. 

La plupart de mon travail se donne pour objectif d'humaniser ce débat, de lui donner une voix et un visage, le rendre plus figuratif. Je voulais que ceux que j'ai un jour rencontrés puissent s'exprimer et se faire entendre. Plus je les laissais faire, moi je supervisais le projet : en fait, ils sont très vite devenus collaboratifs. 

Comment ton projet s'est étendu au monde entier ?
J'avais vraiment en moi cette idée de faire entendre la voix de ceux qui sont discriminés. Et qui souffrent toujours en silence. Les préjugés que ces communautés subissent se focalisent sur les concepts d'immoralité ou de non-naturel. Le plus triste, c'est que ces gens qui vivent dans la discrimination finissent par croire à ces présupposés et ces idées reçues, car ce sont les seules choses qu'ils entendent. Mon projet donne une chance à ces minorités de raconter leur propre histoire, de reprendre le contrôle de leur existence. Les réseaux sociaux ont beaucoup aidé, à l'heure actuelle, il s'agit d'un outil formidable. 

Comment as-tu convaincu tes modèles de poser et de s'exposer devant l'objectif ?
J'ai longtemps travaillé dans des organisation non-étatiques, indépendantes. Même dans les pays où il est extrêmement risqué d'assumer sa sexualité homo ou son identité trans, il existe de nombreuses organisations LGBT - même si elles ne se revendiquent pas ouvertement de la sorte. C'était vraiment important pour moi d'avoir une relation très forte avec ces gens. Et j'avais besoin de guides pour m'aider dans mes recherches. 

As-tu parlé à des personnes qui ont refusé de participer au projet ?
Oui, mais la plupart ont accepté. chaque personne avec ses propres conditions. Étrangement, c'est dans les pays les plus durs en matière de legislation, comme en Ouganda, que les survivants de la discrimination ont été les plus ouverts - parce que beaucoup de ces jeunes hommes se disent ''Après tout, rien à foutre. Ils m'ont eu, c'est à moi de raconter ma version des faits à présent.'' 

Tu as levé des fonds grâce à ce projet. À qui étaient-ils destinés ?
Ça fait 15 ans maintenant que je suis photojournaliste, et je suis toujours frustré de voir qu'on ne change pas le monde avec une simple image. Ou très difficilement. Donc j'ai décidé de créer une organisation qui s'appelle Witness Change. Aujourd'hui, il en existe trois dans le monde — une en Ouganda, une au Nigéria et une en Afrique du Sud — c'est pour elles que j'ai levé des fonds. Elles se battent quotidiennement pour faire valoir les droits des minorités dans ces pays mais elles n'ont que très peu de ressources financières pour mettre les choses en oeuvre.

Que peut-on faire de notre côté pour aider ces minorités à se faire entendre ?
Il faut partager leur histoire. C'est un acte extrêmement courageux de prendre la parole dans ces pays là. On ne s'en rend pas compte. Ces gens ont besoin de notre soutien, même moral. Et puis prendre conscience que des organisations se battent, tous les jours. La plus importante reste The International Lesbian Gay Association, et si les gens se rendaient sur le ILGA site, ils verraient qu'il existe des assos partout dans le monde, près de chez eux. 

De quoi es-tu le plus fier, aujourd'hui ?
Il y a quelques mois, j'ai eu un appel urgent de l'organisation avec laquelle je travaillais. On m'a fait comprendre qu'un groupe de jeunes s'était fait arrêté au Nigéria et qu'ils ne pouvaient pas payer la caution pour sortir. Je savais ce qui les attendait en prison, qu'ils seraient torturés, battus, affamés, donc j'ai très vite fait un post Instagram pour leur montrer mon soutien. En 24 heures, on a réussi à réunir assez d'argent pour payer la caution. Ce n'était pas une somme énorme, mais le fait que des gens du monde entier se solidarisent et acceptent de répondre à leur appel, m'a fait énormément de bien. C'était très gratifiant. 

whereloveisillegal.com

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie : Robin Hammond

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