mode et football, même combat (la preuve par 6)

Crampons ou talons ? Et si les deux industries fonctionnaient finalement de la même façon ?

par Steve Salter
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26 Août 2015, 8:45am

Qui va remplacer Alexander Wang chez Balenciaga ? Alessandro Michele chez Gucci va-t-il réussir à faire ses preuves ? Voilà le genre de questions qui secouent l'industrie du luxe en cette rentrée. Pour le football, on se demande si Michel, qui vient de remplacer Bielsa à l'OM, va tenir le coup ? Parti de Chelsea pour entraîner le Real Madrid, Benitez saura-t-il mener à leur tour les galactiques à la victoire ?

Deux mi-temps, deux saisons. Le jeu des chaises musicales entre directeurs artistiques dans la mode n'a rien à envier au mercato des entraineurs de foot. Entre rumeurs et coups bas, au firmament des plus grandes ligues et dans les cieux des grandes maisons de luxe, les figures dirigeantes vont et viennent, passent d'une maison et d'un club à l'autre. "Nous vivons dans une société assoiffée de nouveauté, remarque Arsene Wenger, le manager d'Arsenal depuis 19 ans. Mais je reste convaincu qu'une même personne est plus apte à porter des valeurs et une vision sur le long terme." Ces mots pourraient très clairement s'appliquer aux grandes maisons de mode. 

Karl Lagerfeld and Arsene Wenger
Karl est Arsene. Au-delà de l'hallucinante longévité de leurs mandats respectifs (l'un chez Chanel depuis 1983, l'autre à Arsenal depuis 1996), de leur don pour les langues étrangères (l'un en parle sept, l'autre six) et de leurs communes origines teutonnes, ils partagent un même goût pour les élucubrations philosophiques. Assister à une conférence de presse de Karl ou d'Arsene revient à assister à une incroyablement divertissante joute verbale. La presse les adore : ils sont intelligents, clairs et concis et - c'est essentiel - toujours ravis de donner leur avis. Avec leurs esprits aussi sages qu'affutés, ils dégainent les bons mots à la chaîne et sont capables de converser et d'argumenter bien au-delà de leurs domaines respectifs. Vous n'y croyez pas ? Voici un petit quizz qui (si ce n'est toujours pas le cas) finira de vous convaincre. Réponses en bas de page - pas de triche.

1) "Il n'y a rien de pire que d'évoquer avec nostalgie les 'bons vieux jours'. C'est juste un aveu d'échec."

2) "Si vous mangez du caviar tous les jours, c'est compliqué de repasser à la saucisse."

3) "J'ai toujours su au fond de moi que je vivrais ma vie ainsi, que je deviendrais cette sorte de légende."

4) "N'importe quel homme qui consacre toute son énergie à sa passion finit toujours, par définition, par heurter les gens qui l'aiment."

5) "Personne n'a assez de talent pour s'en contenter. Sans travail, le talent ne vaut rien."

6) "La seule forme d'amour auquel je croie est celui d'une mère pour son enfant."

7) "Les plus grandes choses ont toujours été accomplies par des cinglés. Et si ces cinglés n'avaient pas été là pour apporter leurs idées folles, le monde serait encore plus stupide."

8) "Je ne suis jamais content de moi, c'est ce qui me fait tenir."

9) "Pourquoi est-ce que je devrais arrêter de travailler ? Ce serait signer mon arrêt de mort."

10) "La retraite ? Oui ça m'a déjà traversé l'esprit. Mais jamais plus de 5 secondes. Sinon je panique."

Hedi Slimane and Jose Mourinho
Si les deux trinquent à leurs succès mérités, restent qu'ils divisent au sein de leurs milieux respectifs et semblent souvent s'épanouir dans le conflit. A Chelsea et à Saint Laurent, leur influence s'étend largement au-delà du studio ou des vestiaires : ils contrôlent. Tout. "Chaque détail compte, avouait Hedi il y a quelques mois, Il faut être consistant pour réussir à constamment faire évoluer un système esthétique. C'est un exercice déroutant que de créer tous ces vêtements, mais si la marque veut différencier sa voix, il n'y a pas d'autre choix. Toutes les parties - du design à la communication - doivent être absolument en phase." Mourinho semble s'être donné le même mantra : il a récemment pesté contre ses équipes médicales, qui n'avaient pas respecté ses consignes à la lettre. Personnages captivants - tout journaliste rêve d'écrire sur eux - mais la tâche est complexe : aussi souvent qu'Hedi s'offusquera d'une critique, Jose sortira en trombe d'une conférence de presse. Mais ce qui frappe surtout chez eux, c'est leur même vision du monde. Malgré leurs triomphes (le meuble à trophées de Jose déborde et les ventes de Saint Laurent explosent) on leur reproche à tous les deux d'y arriver de la mauvaise façon. Alors qu'on accuse Jose de verrouiller les matchs en jouant systématiquement la carte de la défense, l'industrie de la mode reproche à Slimane sa vision centrée sur le produit et ses créations pensées pour la vente. 

John Galliano and Louis van Gaal
Les deux sont des légendes, qui ont maintes fois été auréolées d'or au cours de leurs longues carrières. Reste qu'ils sont moins acclamés dans leurs nouvelles positions. La première saison de Van Gaal à Manchester United a été assez chaotique et même si les débuts de Galliano chez Margiela ont été relativement salués par la critique, personne ne semble pouvoir prédire si la suite pour eux prendra la forme d'un succès flamboyant ou d'un échec retentissant - leurs moindres mouvements scrutés et sur analysés. Est-ce que Galliano va venir saluer à la fin du défilé ? Est-ce que Louis Van Gaal va réussir sa conférence de presse ? Qui sait... Seul le temps le dira. Une chose est sûre en revanche, il faut les suivre de près. 

Raf Simons and Pep Guardiola
Les deux ont récemment fait des choix audacieux pour mieux évoluer : Raf chez Dior et Pep au Bayern de Munich. Des postes d'envergure qui nécessitent beaucoup de force et de travail. Ils sont sans aucun doute les leaders de leurs domaines respectifs et ravissent tous ceux qui croisent leur chemin. Hautement appréciables, ils réussissent à combiner réussite commerciale et succès critique avec style et panache - des enfants chéris à l'épreuve de toute critique. Prenez en de la graine. 

Alessandro di Michele and Luis Enrique
Extirpés des sombres coulisses de leurs maisons respectives pour briller sur le devant de la scène, ils ont réussi à prouver leur valeur. Les plus grands noms de leurs industries étaient pourtant chuchotés pour occuper leurs places actuelles à Gucci et au Barça. Alessandro est rentré chez Gucci en 2002 quand Tom Ford était encore à la tête de la maison et que le studio était basé à Londres. Luis a rejoint le Barcelone FC comme milieu de terrain en 1996 et a longtemps entraîné la deuxième équipe du club, la Barça B. Ils peuvent désormais commencer à savourer leur succès : les ventes chez Gucci remonteraient et le Barcelone FC a raflé tous les trophées de la dernière saison. 

Yves Saint Laurent and Alex Ferguson
Minuit sonne. Le brouillard se propage sur Old Trafford et le long de la rive gauche. Peut-être apercevrez-vous les fantômes de ces deux icônes trainant leurs chaînes "bouhou": plus personne ne leur arrivera jamais à la hauteur. Regardez-donc au fond des yeux de David Moyes et Louis Vangaal, Sephano Pilati et Hedi Slimane, vous n'y verrez que souffrance. 

Credits


Texte Steve Salter
Merci à Susie Lau. 
Réponses:
Karl Lagerfeld - 1, 3, 6, 8, 9
Arsene Wenger - 2, 4, 5, 7,10

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