Photographie Yann Faucher

entre londres et la bretagne, l'objectif de yann faucher capte la masculinité moderne

Les portraits du photographe français parviennent à saisir les détails d'apparence insignifiants qui font tout le caractère d'une personne. Le tout avec style, bien entendu.

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juin 13 2018, 12:38pm

Photographie Yann Faucher

La première fois que je suis tombé sur des images de Yann Faucher, c’était dans la publication étudiante de Cambridge, Granta. Dans le n°110, The Sex Issue, pour lequel l'artiste français avait photographié une série intimiste de corps nus appelée Body. J’avais 16 ans, je commençais tout juste à découvrir les travaux de Wolfgang Tillmans ou Ryan McGinley et je ne pouvais m’empêcher d’admirer le poids symbolique de certaines images. L'histoire sensuelle racontée dans Granta par Faucher était d'une incroyable fluidité malgré les positions et les contorsions parfois compliquées dans lesquelles les corps étaient photographiés. La beauté résidait dans la crudité des clichés, tout concordait vers un message fort exécuté de manière très sensible.

Sur le Tumblr de Yann se mélangent ses travaux éditoriaux, commerciaux et personnels : une profusion de visages jeunes et séduisants souvent entourés de paysages naturels, étendus dans l’herbe ou sur le sable. Né en Bretagne, Yann a déménagé à Londres pour se lancer dans la photographie à temps plein, contribuer à des magazines comme i-D, Wonderland, Hero, Purple, L’Officiel Hommes, travailler avec des marques et tout récemment, monter une publication avec le mannequin et designer Philip Ellis intitulée Enlarge Your Memories ; une présentation alternative de la dernière collection d'Ellis. Avec une candeur toujours bienvenue - Pourquoi le print reste très important ? « Parce que c’est parfois le print qui te permet de saisir à quel point ta photo est nulle » – Yann nous en a dit un peu plus sur sa vie de photographe professionnel.

Comment et quand t’es-tu lancé dans la photographie ?
J’ai commencé à apprendre les bases en 2004, quand la discipline a commencé à devenir abordable et accessible. J’avais toujours voulu en faire avant, mais en tant qu’adolescent puis étudiant je n’avais ni les moyens de me payer du film et du temps en laboratoire, ni de chambre noire à disposition.

Est-ce que tu as étudié la photo à l’université ? Tu penses que c’est nécessaire ?
Je n’ai pas étudié la photo, non. J’ai étudié les sciences, rien qui soit lié à l’art, même si dans un sens, ça m’a aidé à cultiver ma créativité et à résoudre des problèmes.

Dans une industrie saturée d’images, comment fais-tu pour conserver des idées neuves et fraîches ?
Je pense que personne n’a rien apporté de nouveau à la photographie depuis ces 20, 30 dernières années. On apporte seulement quelques variations à ce qui existe déjà.

Comment parviens-tu à rester original avec cette impression que tout a déjà été fait ?
Je suis simplement mes envies, mes ressentis du moment et je réfléchis à comment je veux présenter mes images. Et je m’intéresse très sincèrement aux personnes que je prends en photo. C’est de la pure curiosité, comme quand tu lis un bon bouquin !

Est-ce qu’il y a une forme de compétition avec les autres jeunes photographes ?
Les quelques fois où j’ai essayé d’être compétiteur dans ma vie, j’ai échoué. J’ai compris que je n’étais pas ce genre de personne, je me suis fait une raison, donc je ne pense pas à ça. Ça me facilite la vie.

Pellicule ou numérique ? Est-ce que tu dépenses beaucoup d’argent selon le choix que tu fais ?
Pellicule, mais le numérique ne me dérange pas. La pellicule colle plus à la manière dont je veux romancer mes images. Le processus est plus long, et c'est quelque chose qui me correspond totalement. Je ne dépense pas de sommes énormes dans mon équipement, parce que je ne peux pas me le permettre. J’ai appris à faire avec un budget serré.

Quel est le plus grand défi que tu dois relever en tant que photographe ?
Ça dépend, vraiment… Je continue à penser que, tant que tu es passionné et mû par ta propre curiosité, tant que tu te donnes le temps de faire ce que tu veux faire, ça ira. L’argent est un sacré défi, mais l’argent ce n’est pas tout.

Tu penses que la photographie est une industrie élitiste ?
Oui, clairement ! C’est plus facile si tu peux produire ton propre shooting avec ton propre argent, qui couvre toutes tes dépenses. Soyons honnêtes, cette industrie est principalement remplie de personnes qui ne sont pas particulièrement uniques, créatives ou originales. Ils ont appris à copier un style et ont réussi à percer grâce à la richesse de leur origine sociale ou de leur réseau.

Quelle est la recette d’une photo fascinante ?
Il n’y a pas de recette pour une photo qui suscite l’émotion. De manière égoïste, je te dirais qu’il faut qu’elle commence par me plaire à moi.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui a envie de se lancer dans la photo à plein temps ?
Trouve un job à côté, hors de l’industrie créative. Reste authentique et les pieds sur terre.

Dans quelle mesure tu prends en compte les réseaux sociaux et particulièrement Instagram quand tu crées une image ?
Je ne fais que partager… à ma façon, modestement, sans aucune intention cachée. À vous de prendre ce que je pose là !

Est-ce qu’internet a changé ta manière de penser la photographie ?
C’est un outil incroyablement puissant, avec ses propres limites. Il peut doper ta créativité, accélérer les processus, mais parfois je me dis quand même que les choses mettent plus longtemps à maturer dans mon esprit.

Tu penses que la photo sur iPhone a dévalué ou amélioré l’industrie de la photo ?
Pour moi c’est complémentaire… je pense que ça l’a améliorée. Nous avons constamment notre téléphone dans notre poche, c’est plus facile de prendre des clichés et de documenter le quotidien.

Tu es confiant pour le futur de l’artisanat photographique ?
Oui, tant que les gens restent honnêtes envers leur médium et n’essayent pas de copier ou voler le style, le processus ou le réseau des autres. Tant que les gens sont organiques et restent en accord avec leurs tripes, tout devrait bien se passer. Cette industrie est trop dépendante des réseaux sociaux. C’est important, mais pas essentiel.

Pourquoi le print reste très important ?
Parce que c’est parfois le print qui te permet de saisir à quel point ta photo est nulle.

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Photographie Yann Faucher

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.