Photographie Frank Ocean

vous rêviez d'un cours universitaire entièrement dédié à frank ocean ?

Les américains l'ont fait - ça se passe à Berkeley.

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juin 19 2018, 8:57am

Photographie Frank Ocean

La musique de Frank Ocean transcende le son. C’est une immense toile de messages et de thèmes entremêlés allant de l’identité à la sexualité, de la drogue au strip-tease. Le genre de musique indispensable pendant un long road-trip, à jouer en boucle en dévalant le tarmac brûlant, découvrant chaque fois une nouvelle signification ou un rythme caché. On y a consacré une tonne d’articles, une dissection minutieuse par podcast et désormais tout un cursus universitaire.

L’étudiante de Berkeley Preya Gill tweetait récemment qu’elle avait « proposé un cours sur Frank Ocean à @ UC Berkeley et il a été approuvé ! Je suis incroyablement fière de pouvoir l’enseigner cet automne. » Elle ajoutait que l’idée avait germé d’une conversation avec sa coloc Deborah Chang.

« Quand on a découvert que Berkeley acceptait les classes enseignées par des étudiants, on a tout de suite pensé au potentiel offert par l’œuvre de Frank Ocean, » expliquaient Preya et Deborah à The Fader. Elles précisaient également que le cours en question prendrait en compte l’histoire de l’œuvre de Frank Ocean, son éducation, son parcours « et la manière qu’il a de questionner les concepts sociaux dominants comme la masculinité toxique et les politiques du genre. » On n’est pas sûrs de ce qui est le plus réjouissant : un cours sur Frank Ocean, le fait que l’université de Berkeley soit assez intelligente pour laisser des élèves donner des cours ou le nom du cursus, Brain Like Berkeley (une ligne tirée du single « Novacane » de la mixtape Nostalgia Ultra).

Bien sûr, Frank Ocean n’est pas la seule icône culturelle à avoir passé les murs des académies universitaires récemment. L’année dernière, l’Université de Copenhague annonçait qu’elle proposerait un cours intitulé Beyoncé, Genre et Race. Comme l’indiquait le professeur Erik Steinskog à TV2 : « Nous analyserons ses chansons et ses clips en nous concentrant sur le genre, la sexualité et la race… Nous voulons explorer l’entité féministe dans toute sa variété. »

Puis il y a eu ce professeur de l’Université de Georgia Regents qui a donné un cours sur l’album good kid, m.A.A.d city (2014) de Kendrick Lamar. Il l’expliquait à USA Today à l’époque : « Dans cet album de Kendrick, vous avez la violence des gangs, la difficulté du développement familial, l’évolution des quartiers défavorisé, la drogue et la lutte contre la drogue, l’esclavage sexuel, le trafic humain – tant de sujets tabous inhérents à l’univers de Compton en Californie. »

Il y a quelque chose de rafraîchissant à voir certains des artistes les plus importants et influents de l’époque recevoir le traitement intellectuel et le respect que mérite leur travail. Ce sont aussi eux qui font avancer les enjeux culturels de notre temps, avec les explorations nuancées de la sexualité de Frank Ocean, l’exploration politique des inégalités systémiques de Kendrick ou la priorisation du féminisme noir de Beyoncé.

La seule ironie de l’histoire vient de l’inégalité raciale prépondérante au sein du système universitaire américain : une large proportion des minorités qui pourraient le plus profiter de ces curriculums ne pourra pas en voir la couleur. L’an dernier, le New York Times dévoilait que les étudiants noirs et hispaniques étaient encore moins représentés dans les universités du haut de la liste qu’il y a dix ans. « Une multiplication d’obstacles contribue à une représentation diminuée des étudiants issus de minorités au sein des facs les plus sélectives, » expliquait David Hawkins, directeur exécutif à la National Association for College Admission Counseling. Ceci étant dit, prioriser l’enseignement de l'expérience noire dans des universités largement blanches est tout aussi essentiel. Comme le professeur danois de Beyoncé le notait : « L’un des buts de la classe est d’introduire la pensée féministe noire, trop peu connue en Scandinavie. » Mais si l’université au Danemark est gratuite, aux États-Unis, Trump est apparemment en train d’essayer de couper l’équivalent de 4 milliards d’aides étudiantes.

S’il est super de voir des universités ouvrir leurs curriculums, espérons qu’elles ouvrent aussi leurs portes à la pluralité de ceux qui veulent les suivre.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.