7 choses que vous ne saviez pas sur buffalo '66, le film de vincent gallo

Le film est en fait une comédie musicale...

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mars 13 2018, 1:48pm

À sa sortie en 1998, le film Buffalo ’66 était loin d’être un hit indé adoré des critiques. Pour CNN le film était surtout « risible, répétitif et incroyablement prétentieux ». Et pourtant, le nom du réalisateur était sur toutes les lèvres : Vincent Gallo. On avait là un type capable de tout faire : jouer, écrire, réaliser, peindre, faire de la musique – tout. Avec son premier long-métrage derrière la caméra – pour lequel il a vraiment tout fait, sauf peut-être la cuisine en coulisses – Gallo s’est imposé comme le nouvel enfant chéri de la sphère arty américaine, dans les traces directes d’Harmony Korine et Larry Clark.

Le film – le conte magnifique d’un ex-détenu sensible qui kidnappe une fille et la force à jouer sa femme devant ses parents – fête ses 20 ans cette année et il a conservé tous ses charmes. Souvenez-vous de Christina Ricci dansant des claquettes sur une piste de bowling sur fond de « Moonchild » de King Crimson, du générique d’ouverture pendant lequel Gallo chante « all my life I’ve been this lonely baby », ou de son combo veste en cuir ultra-moulante et bottes rouges. Irrésistible. Pour cet anniversaire pas comme les autres, nous sommes allés creuser quelques infos qui vous sont probablement inconnues à propos de votre film préféré de Gallo.

Le film n’est pas aussi autobiographique que vous le pensez…
En regardant Buffalo ’66, on peut facilement se dire que Billy Brown est tout simplement Vincent Gallo. Le cinéaste a lui-même grandi à Buffalo. C’est ça de pris, mais tous les détails de son vis-à-vis à l’écran ne collent pas. « Les gens qui ne me connaissent pas supposent que ce film est autobiographique, mais ce n’est pas le cas, expliquait-il pendant une interview avec Eric Mitchell. Il n’y a que les personnages de la mère et du père qui le sont, mais les gens ont le sentiment que je joue mon propre rôle dans le film. En fait, ce que je joue c’est mon père, ou ce que je serais devenu si mon père avait gardé son pouvoir sur ma vie. Et ce que je joue dans les cinq dernières minutes, c’est moi dans un très, très bon jour. »

Il était « méchant » avec Christina Ricci sur le tournage pour améliorer leur performance…
Quand Christina Ricci faisait la promotion du film Conan, un présentateur de talk-show l’a interrogé sur la relation tendue, de notoriété publique, qu’elle entretenait avec Gallo une fois les caméras éteintes. « Pour créer ce personnage détestable, il était vraiment imbuvable avec vous hors caméras ? » « Oui, il entrait vraiment dans son personnage et c’était assez flippant parce que je ne savais pas que c’était un personnage, expliquait-elle. Et il était très sympa avant que l’on entre concrètement en production. Une fois qu’on était dedans, il me gueulait dessus avant les prises. Enfin, il ne criait pas vraiment, mais je me souviens qu’une fois il m’a dit un truc du genre, ‘oh, mais regarde-toi, avec tes boutons sur la figure.’ » Elle rajoutait ensuite : « Puis j’ai fini par comprendre qu’il restait dans son personnage. J’imagine qu’il voulait que ma réaction soit le plus sincère possible – ça a été le cas. »

Sa connaissance de la peinture a beaucoup joué dans l’esthétique du film…
Bien que l’on doive la photographie de Buffalo ’66 à Lance Acord (le préféré de Spike Jonze), l’esthétique du film, notamment la composition et les couleurs, revient à Gallo lui-même. « Je viens de l’art et de la peinture, alors la composition a été primordiale pour moi, assure le cinéaste qui a roulé sa bosse avec Basquiat et produit de nombreuses peintures dans les années 1980. J’étais obsédé par les placements de caméra… Je ne voulais pas faire un film influencé par les clips rock contemporains, la pub contemporaine ou même le cinéma contemporain, que je trouve trop conscient de lui-même et au rythme trop rapide. »

Il était complètement ruiné après la sortie du film…
Si vous pensez que le film de Gallo a fait de lui une success story a qui les producteurs étaient prêts à donner de l’argent sans réfléchir, vous vous trompez grandement. Après la sortie du film, le réalisateur était totalement ruiné. « Mon film est premier de l’Independent Box Office Film ; je n’ai reçu aucune offre, d’aucune sorte, racontait-il dans la même interview avec Mitchell. J’ai tout fait sur ce film, je l’ai écrit, réalisé, produit, j’ai joué dedans et fait la musique, et on ne m’a même pas offert un poste d’assistant de production. » Après que l’intervieweur lui fasse remarquer qu’il n’aurait certainement pas accepté un tel job, Gallo répondait : « Vous savez, si le salaire y est… je suis en galère en ce moment. J’ai dû emprunter une voiture pour venir ici aujourd’hui. »

Il a passé un moment assez gênant sur un plateau de télé avec des critiques qui n’aimaient pas son film…
Les créateurs de cette émission ciné de Sky TV ont eu une idée brillante. À savoir réunir une poignée de critiques cinéma pour parler d’un nouveau film, leur extirper ce qu’ils pensent vraiment avant d’inviter le réalisateur en question autour de la table. Surprise ! Dans ce cas précis, avant que Gallo n’apparaissent, l’un des critiques dit : « On aurait aimé que Gallo ait quelqu’un au-dessus de son épaule pour lui murmurer ‘Vincent, peut-être qu’on n’a pas besoin de filmer ça.’ » Et Gallo apparaît sur le plateau, en survêtement bleu. On peut presque entendre leurs estomacs se recroqueviller quand ils comprennent ce qu’il est en train de se passer. À l’un d’entre eux, Gallo envoie : « Vous n’avez pas préparé votre, vous ne savez pas d’où je viens. » Et à un autre : « À vous, je ne sais même pas quoi dire. Vos commentaires étaient si alambiqués que je n’ai aucune idée de ce que vous vouliez dire. J’imagine que vous n’avez simplement pas aimé le film, parce que le cinéma vous ennuie. »

Il a filmé Buffalo ’66 avec une pellicule presque impossible à développer…
Dans une interview donnée à The Public, Gallo révèle qu’il a utilisé ce qu’on appelle une pellicule inversible, d’un genre presque totalement obsolète. « La pellicule inversible a été développée il y a des années pour la photographie de news, pour que l’on puisse filmer quelque chose et le montrer immédiatement sans impression, raconte-t-il. Mais elle n’est jamais utilisée dans le cinéma 35mm parce que c’est pratiquement impossible d’un faire un négatif, ce qui est indispensable pour faire de multiples impressions. C’est très dur à éclairer – j’ai dû utiliser une tonne de lumière pour que ça fonctionne. Et on ne peut pas corriger les couleurs une fois que le process est lancé… Avec la pellicule inversible, il faut utiliser la lumière et les couleurs avec précision, parce qu’il n’y a pas grand chose à faire après coup. » Vous savez maintenant pourquoi les couleurs du film son si lumineuses.

Ce film est en fait une comédie musicale…
La grande majorité de la musique du film, à l’exception de deux morceaux, a été composée par Gallo. « Personne ne fait attention à la musique, pourtant le film est une pure comédie musicale, » assure-t-il. Et il suffit de revoir la scène des claquettes, dans laquelle Christina Ricci danse sur « Moonchild » de King Crimson pour tomber d’accord là-dessus. « C’est comme ça que je l’ai pensé : c’est une comédie musicale, et les parties musicales sont très importantes, et sont assez traditionnelles d’une certaine manière. J’imagine aussi que ma sensibilité créative, mon esthétique et mon point de vue ont été façonnés et développés par mon écoute et ma pratique de la musique. » Il ajoute tout de même que son film n’est pas une comédie musicale typique : « Je mourrais d’envie de faire une comédie musicale ; je voulais juste qu’elle soit unique et subtile. »

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.