voici notre guide des références de frank ocean

Julia Roberts, Dragon Ball Z, Cléopâtre ou Stanley Kubrick : vous allez tout comprendre du sens de ses paroles les plus iconiques.

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août 8 2018, 9:19am

Les paroles de Frank Ocean sont remplies de références à ses obsessions culturelles : de ses films cultes aux reines d'Égypte en passant par ses voitures de sport rouges et rutilantes préférées. Ces images sont si subtilement intégrées dans ses paroles que vous pouvez facilement passer à côté, trop envoûtés par sa voix d'ange pour prêter l'attention suffisante. Pour vous aider à décoder son paysage esthétique fait d'après-midi caniculaires passés à jouer à Street Fighter ou à s'enfiler des médocs jusqu'à ce que sa mâchoire en devienne lâche, voilà un guide des références de la musique de Frank Ocean.

Attention : si un bon nombre de références est proposé ici, toutes ne sont pas incluses. Frank est un magicien des mots et nous n'avons pas le temps d'écrire la dissertation de 50 pages que son travail mériterait réellement.

« I found you laying down with Samson and his full head of hair » (Pyramids)
Samson était un juge, dans la Bible, dont la chevelure lui conférait une force surhumaine, lui permettant de tuer des lions à mains nues et de massacrer une armée entière équipé d’une simple mâchoire d'âne. En tout cas jusqu'à ce que son aimée Dalila ne le trahisse et coupe ses cheveux. Peu après, Samson est capturé par ses ennemis qui lui crèvent les yeux et le condamnent à tourner la meule de la prison pour le restant de ses jours.

« I found my black queen Cleopatra / Bad dreams, Cleopatra » (Pyramids)
Frank fait ici référence à Cléopâtre, reine d'Égypte, déshonorée en son propre pays parce qu'elle est devenue la maîtresse de Marc Antoine, le conquérant qui voulait faire de l'Égypte un territoire Romain. Ici, Frank Ocean commence par l’appeler « le joyau de l’Afrique » pour ensuite clamer « notre guerre est terminée, notre reine a rencontré son destin. » Il utilise cette histoire bien connue pour en raconter une, personnelle : celle d'un amant qui l'a quitté pour un autre, avant de comprendre que son nouveau partenaire est une ordure qui refuse de travailler, l'amenant à bosser en tant que strip-teaseur pour subvenir au besoin des deux.

« Too weird to live, too rare to die » (Lost)
Cette phrase est une citation issue de Las Vegas Parano, livre de Hunter S. Thompson qui suit la quête hallucinée - et remuée de psychotropes - de rêve américain de deux hommes, avalant leurs pills au rythme d'un road-trip dans le désert et trippant sous acide jusqu'à voir apparaître des extraterrestres tentaculaires. Les paroles de Frank font référence aux personnes trop étranges pour être acceptées par la société mainstream. Mais si elles meurent, on ne reverra plus jamais ce type de personne. Elles sont rares à ce point. Elles sont maudites, dans tous les cas.

« The water's blue, swallow the pill / Keeping it surreal, whatever you like » (Sweet Life)
Dans le cultissime Matrix, le personnage joué par Keanu Reeves, Neo, se voit proposer deux pilules : la pilule rouge, qui lui permettra de se réveiller, de quitter la réalité artificielle dans laquelle il est piégé, et la pilule bleue, qui lui offre une chance de continuer à vivre confortablement et insensiblement dans ce monde construit de toutes pièces. Le narrateur de Sweet Life encourage les riches protagonistes de la chanson - nés avec une cuillère en or dans la bouche, entourés de bonnes et de jardiniers - à prendre la pilule bleue et à continuer de se noyer dans leur argent et leur ignorance.

« Living in Ladera Heights, the black Beverly Hills » (Sweet Life)
Ici Frank fait référence à la description de Ladera Heights qui est faite par Mr. Pink (Steve Buscemi) dans Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino. Ladera Heights est une zone dont on dit qu'elle est principalement habitée par une communauté noire financièrement très riche.

« My pretty woman in a ball gown / I'm Richard Gere in a tux » (American Wedding)
Frank se met ici dans la peau d'un sugar daddy, jeune femme au bras, en se comparant à Richard Gere : un acteur qui a eu une relation amoureuse avec Julia Roberts dans Pretty Woman et Just Married (ou presque) quand elle avait 18 ans de moins que lui. Rappel : dans Pretty Woman, Richard Gere sauve le personnage de prostituée, de Julia Roberts de la ruine financière et la plonge dans un conte de fées capitaliste fait de sacs et robes de designers, de salles de bains étincelantes, de dîners exorbitants et de soirées huppées. Ce lien entre sexe, travail et argent est régulièrement adressé dans l'œuvre de Frank Ocean ; il tombe amoureux de strippers ou traîne avec des rentiers aux poches débordant de dollars.

« Forrest Gump, you're on my mind boy / Running on my mind boy / Forrest Gump, I know you're Forrest / I know you wouldn't hurt a beetle » ( Forrest Gump)
Frank Ocean fait un parallèle entre son amant et ledit Forrest, qu'on ne présente plus, caractérisé par une simplicité salutaire. Dans l'une des scènes les plus iconiques du film, l'amour de jeunesse de Forrest l'encourage à courir le plus vite possible pour semer le groupe de garçons qui lui jettent des pierres. Ici, l'amant de Frank court dans son esprit, le parsemant de souvenirs de lui.

« My fingertips and my lips / They burn from the cigarettes » ( Forrest Gump)
Dans le morceau Forrest Gump encore, le Forrest naïf est laissé perplexe par une prostituée dont le baiser a le goût de cendre : « I’m sorry I ruined your New Year's Eve party, Lieutenant Dan. She tasted like cigarettes. » (« Désolé d’avoir ruiné votre nouvel an, Lieutenant Dan. Elle avait le goût de cigarettes. ») Ocean s'aligne avec la femme, soulignant l'incompatibilité entre ses penchants coupables et l'innocence à la Forrest Gump de son crush.

« Twin peaking, highs and lows / We shaded off, they know » ( Rushes)
Ici Frank utilise Twin Peaks, la série nineties culte de David Lynch pour décrire les dégâts de la drogue.

« If I feel like a ghost, no Swayze / Ever since I lost my baby » ( Swim Good)
Frank semble plutôt épris de l'icône des années 1990 Patrick Swayze. Il fait référence au blockbuster romantique Ghost avant de mentionner Dirty Dancing et la douceur presque enfantine de l'amoureuse de Swayze, Baby, encadrée par des parents très protecteurs. Il refait référence au film sur le morceau « Solo » où il décrit une scène de danse solitaire et défoncée : « Hand me a towel, I’m dirty dancing by myself / Gone off tabs of that acid. »

« Boyz in the hood’ll give me updates like they know the weather / If you ain’t in the streets you can’t see the sky on my hair » ( Slide On Me)
Frank fait appel au classique de John Singleton, Boyz n The Hood, un film qui prend place pendant un été caniculaire de Los Angeles, avec des personnages se relaxant autour de barbecues bien sentis et incroyablement sapés. Dans une interview en 2012, Frank parlait de son amour pour le film : « Tu as déjà vu Boyz N the Hood ? Certains films sont tournés dans une fièvre estivale et ressortent le meilleur de l'été. Le vibe de ce film est super nostalgique pour moi. J'ai recherché cette couleur, j'ai essayé de faire un album qui aurait cette même vibe. »

« That soft pink matter / Cotton candy, Majin Buu, oh, oh, oh » ( Pink Matter)
Majin Buu, c'est bien sûr le personnage très méchant et rose pastel de Dragon Ball Z. Ce n'est pas la seule référence colorée du morceau : plus tard Frank évoque la « grey matter » du cerveau et la « pink matter » du vagin. L'attirance de Frank pour les nuances de couleurs n'est pas innocente quand on sait qu'il est atteint de synesthésie - une condition neurologique qui relie entre eux les sens d'une personne. Ils peuvent entendre une note musicale et voir une couleur, entendre un son et sentir un parfum ou lire un mot et y trouver un goût.

« My guy pretty like a girl / And he got fight stories to tell / I see both sides like Chanel / See on both sides like Chanel » (Chanel)
Ici Frank semble utiliser les lettres C entremêlées du logo de Chanel pour évoquer ses relations amoureuses avec à la fois des hommes et des femmes. De nombreux fans ont fait de ce morceau un véritable hymne bisexuel.

« In the pink like Killa Cam » ( Chanel) Cam'ron, aka Killa Cam, est un rappeur d'Harlem, notamment connu pour avoir popularisé le port du rose dans le hip-hop. Il est apparu en 2003 dans tous les tabloïds, à la sortie d'un défilé Baby Phat dans un désormais légendaire hoodie en fourrure rose, avec le téléphone portable bien évidemment assorti.

« Now film it with that drone cam / Put a zoom on that stick, Noé » ( Chanel)
Ici Frank se compare à Gaspar Noé, réalisateur français à qui l'on doit une scène de sexe tout aussi créative, tournée en POV pour le film Love .

« Rolling when you ride, ride the Rodman / Got one that's straight acting » (Nikes)
Comme Frank, l'ancien joueur pro de basket Dennis Rodman est queer : il couche avec des hommes et des femmes et s'habille parfois en drag. On l'a vu porter une robe de mariée, une perruque jaune et des faux cils le jour où il s'est « marié » avec lui-même. Frank est lui aussi bien connu pour casser les stéréotypes du genre, comme on a pu le voir dans le clip du morceau en question, « Nikes ».

« She need a ring like Carmelo (hands up, oh my God) / Must be on that white like Othello (oh my it's a real life angel) » (Nikes)
Frank compare une femme en quête d'argent et de célébrité à Carmelo Anthony, un basketteur talentueux qui n'est jamais parvenu à gagner une finale de NBA. Il mentionne la cocaïne (« that white »), la drogue que doit sûrement prendre notre « Othello ». Othello est, chez Shakespeare, un roi Africain qui utilise des « charmes » (comprendre des drogues) pour séduire Desdémone. Après qu'on lui ai fait croire qu'elle le trompait, il l'étouffe, la tue de jalousie. Puis il découvre qu'elle était innocente, se suicide en pleurant d'avoir tué un ange.

« Bed full of women, flip on a tripod, little red light on shooting / I'm feeling like Stanley Kubrick, this is some visionary shit / Been tryin' to film pleasure with my eyes wide shut but it keeps on moving » (Novacane)
Dans Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, le docteur Hartford, joué par Tom Cruise, découvre une société secrète qui tient des orgies sacrificielles et dont les membres portent tous des masques vénitiens. Pour attirer l'attention sur le voyeurisme un peu louche de sa dernière rencontre amoureuse, Frank fait référence à ce thriller érotique. La « little red light » pourrait aussi être une référence à un autre film de Kubrick, 2001, L'Odyssée de L'espace , où HAL 9000, l'intelligence artificielle et maléfique est représentée par un œil rouge clignotant.

« And why haven't you ever been jealous about me? / You are very, very sure of yourself, aren't you? » (Lovecrimes)
Eyes Wide Shut apparaît de nouveau dans Lovecrimes quand Frank sample le coup de sang d'une Nicole Kidman en colère et défoncée à la marijuana. Dans le film, son personnage, Alice, se dispute avec son mari, mais Frank coupe ici ses réponses. Alors qu'elle crie et qu'un silence lui répond, Alice semble totalement schizophrène - au diapason du protagoniste de Lovecrimes, qui « plaide coupable » après que l'amour ait divisé son esprit.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.