Image extraite du film Ultra Pulpe réalisé par Bertrand Mandico

l'avenir du cinéma français a fait un vœu, son nom est « ultra rêve »

Yann Gonzalez, Bertrand Mandico, Caroline Poggi et Joanthan Vinel ont uni leurs forces en compilant leurs court-métrages dans « Ultra Rêve » : un programme incandescent, à découvrir en ce moment au cinéma.

|
août 16 2018, 10:25am

Image extraite du film Ultra Pulpe réalisé par Bertrand Mandico

Il y a des films qui glissent des mains lorsqu'on essaie de les ranger sur une étagère parce qu’ils ne correspondent à aucune des étiquettes qu’on voudrait leur faire porter. Somme de courts-métrages, geste radical, manifeste poétique, pied-de-nez au naturalisme... Ultra Rêve est un peu tout ça à la fois - une étoile filante chargée de promesses qui surgissent en trois temps. Il y a d'abord After School Knife Fight de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, puis Les îles de Yann Gonzalez et enfin, Ultra Pulpe, réalisé par Bertrand Mandico. Trois fictions autonomes qui, mises bout à bout, racontent des histoires d'amour et de sang. « Je crois que ce que nous avons en commun, c’est le sentiment poussé dans ses extrêmes, capable de ramener à l'innocence de l'expérimentation. Nous n’avons pas peur des sentiments » lance Yann Gonzalez. Désir, innocence, poésie et transgression forment donc un trait d'union entre les univers d'une bande bien décidée à régénérer le cinéma français. Pour Bertrand Mandico, Ultra Rêve procède d'un attachement au « romantisme, d'un idéalisme, d'un rejet des concessions » - une radicalité perceptible dans ces « films mondes », qui créent leurs propres règles pour mieux s'affranchir de celles de leurs aînés. On connaissait la fraternité artistique de Bertrand Mandico et Yann Gonzalez à travers leurs précédentes collaborations. La bonne nouvelle, c'est qu'Ultra Rêve fait entrer Caroline Poggi et Jonathan Vinel dans cette famille de cinéma dont on ne pouvait que souhaiter la réunion.

Premier tableau de la compilation Ultra Rêve, leur film After School Knife Fight raconte l'ultime rendez-vous d'un groupe de rock lycéen, en lisière d'un bois, avant le départ pour une autre ville et aussi sans doute - une autre vie. Entre l'enfance et l'âge adulte, dans ses silences et son intensité contenue, le film raconte ce difficile état de passage, où l'absence de séisme terrestre n'empêche pas le cataclysme intérieur. Au milieu d’un casting de garçons magnifiques (Lucas Domejean, Nicolas Mias et Pablo Cobo) on retrouve Marylou Mayniel, repérée via son projet musical Oklou : « Je me souviens d'un de ses concerts au Chinois à Montreuil : elle était magnétique, envoûtante. Elle dégageait quelque chose d'extrêmement fort tout en restant simple. Quand je la voyais sur scène, j'avais l'impression qu'on avait tous eu une Oklou dans notre classe au lycée, dans notre village. Elle était à la fois la diva du moment et la meilleure amie de l'enfance » raconte Caroline Poggi. A travers sa retenue et ses regards qui s'embrasent, la jeunesse d' After School Knife Fight vient dire ses sentiments contradictoires, portés à la fois vers l'empressement d'être adulte et l'envie de rester innocent.


« Ultra Rêve, c’est une manière de faire bouger un peu les lignes, de bousculer ces films à message, ces films sociaux qui représentent 90% du cinéma français. Ce cinéma un peu terne, un peu gris, du quotidien - qui nous emmerde » explique Yann Gonzalez. Présenté en séance spéciale à la Semaine de la critique en 2017, Les îles avait remporté la Queer Palm du court-métrage. Voyage aux confins du désir, entre sommets d'artifice et mise à nu sentimentale, le film fédère les membres d'une famille chère aux yeux du réalisateur d'Un couteau dans le cœur. Aux côtés de Sarah-Megan Allouch et Mathilde Mennetrier, il y donc le plaisir de retrouver des acteurs désormais familiers de son univers, parmi lesquels Thomas Ducasse, Simon Thiebaut ou encore Félix Maritaud. Idem chez Mandico, qui a notamment fait appel à Pauline Jacquard, Pauline Lorillard et Vimala Pons - à l'affiche de son premier long-métrage Les garçons sauvages - pour donner corps à rêverie métaphysico-fantastique d'Ultra Pulpe. Porté par un onirisme étrange, nocturne et coloré, Ultra Pulpe vient clore cette trilogie par un hommage à la nuit : « Toutes les héroïnes d’Ultra Pulpe veulent pouvoir rester dans la nuit, la nuit que l’on éclaire pour faire des films, la nuit où l’on vit des histoires d’amours incandescentes et indécentes, la nuit où l’on subit des traumatismes troubles et douloureux, explique Bertrand Mandico. J’ai voulu faire un hymne à la nuit, cette nuit dans laquelle une cinéaste taille avec amour des films fantastiques inondés de cruauté et de passion. »


Déconcertant par sa forme et par son audace expérimentale, Ultra Rêve sonne comme le préambule de bouleversements à venir. Pour l'annoncer, dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, Gonzalez, Mandico, Poggi et Vinel se fendaient d'un manifeste intitulé « Flamme » dans lequel on pouvait lire : « Nous poursuivons un cinéma enflammé. Un cinéma pour les rêveurs transpirants, les monstres qui pleurent et les enfants qui brûlent. Un cinéma qui jouit et se consume sans compter… Et nous invitons tous les cœurs enflammés à venir souffler sur les braises. » Une déclaration d'intention en forme d'invitation au voyage et de pacte adolescent. « Nos personnages appartiennent à des films différents, mais on a l’impression qu’ils peuvent se croiser, partager leurs doutes et leurs poèmes, conclut Jonathan Vinel. Ce film, c’est une manière de faire un pacte de sang. »