Cédric Fargues

5 artistes à suivre pendant la fiac

À partir du 19 octobre, comme chaque année, la FIAC fera de Paris la capitale internationale de l’art. Pour fêter ça, et aller encore plus loin, i-D a sélectionné cinq artistes hors parcours à (re)découvrir absolument cette même semaine.

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oct. 16 2017, 9:13am

Cédric Fargues

Steffani Jemison

Steffani Jemison, Sensus Plenior, 2017, photographie de tournage. Courtesy de l'artiste.

L'utopie serait-elle le meilleur prisme d'analyse pour comprendre les constructions identitaires ? L'outil conceptuel qui relierait la politique, la distance et le désir ? À en croire Steffani Jemison, l'affirmative ne fait pas l'ombre d'un doute. En 2015, l'artiste américaine née en 1981 réalisait pour le MoMA la vidéo The Promise Machine, résultat d'une année de recherche, d'écriture et d'interviews d'organisations culturelles du quartier du Harlem – dont le Utopia Neighborhood Club, une association féminine d'entre-aide sociale. En mêlant les récits ainsi glanés et des récits fictionnels, Steffani Jemison dressait à travers des performances et des groupes de lecture le portrait des ambitions et des rêves de la communauté afro-américaine, et de leurs conséquences pratiques sur l'orientation de la vie des individus s'y rapportant. Exposée depuis à travers le monde, on la découvre pour la première fois en France à l'occasion du programme Satellite du Jeu de Paume dédié à la jeune création. Invitée par le curateur Osei Bonsu, Steffani Jemison y présente une nouvelle vidéo, Sensus Plenior, explorant cette fois les imbrications entre langage, geste et chant dans le patrimoine du gospel noir, à mi-chemin entre la tradition du mime et des danses d'Afrique de l'Ouest. Prolongeant les pistes de réflexions autour de l'identité, où l'héritage d'un patrimoine instinctivement répercuté dans la gestuelle même se double de la difficulté à s'inventer une généalogie librement choisie.

Steffani Jemison, Sensus Plenior, du 17 octobre 2017 au 21 janvier 2018 Au Jeu de Paume à Paris

Pierre Paulin

Vue de l'exposition Boom boom, run run, FRAC île-de-france, Le Plateau, Paris, 2017. © Pierre Paulin, Photo : Martin Argyroglo

Chez Pierre Paulin également, la construction identitaire à partir de signes collectifs est la clé du travail. Changement d'ambiance cependant, puisque chez le jeune artiste né en 1982 (aucun lien de parenté avec son homonyme designer) bénéficiant actuellement d'un solo au Plateau à Belleville, l'expo est construite autour de l'histoire d'un logo : trois bandes qui à elles seules accompagnèrent l'émancipation de la jeunesse des quartiers. En partant de la chanson « My Adidas » du groupe Run DMC, l'artiste orchestre une remontée mémorielle où le rythme des beats 80s orchestre le déploiement d'un texte poétique et pop autour du « look ». Ce texte, on le retrouve imprimé sur l'envers de vêtements nonchalamment jetés ici et là sur une barre de danse - un hoodie, un jean, un trench, une paire de baskets, pour le dire en un mot, l'uniforme lamba contemporain. Plus loin, dans une vidéo d'animation, c'est une chaussure surmontée d'une main de cartoon de type Mickey qui se charge de déclamer le texte, entrecoupée d'onomatopées et de borborygmes. À travers cette contre-histoire du sportswear, la petite histoire vient doubler la grande ; les anecdotes intimes et toujours un peu romantiques attachées à tel modèle de baskets amplifient les échos de la codification sociale attachée aux signes extérieurs d'appartenance à une tribu. L'une des plus belles propositions de la rentrée parisienne.

Pierre Paulin, Boom Boom, Run Run, jusqu'au 17 décembre au FRAC Le Plateau à Paris

Camille Henrot

Camille Henrot, Grosse Fatigue, 2013, capture d'écran. © ADAGP. Courtesy de l'artiste

Silex Films et kamel mennour, Paris/London

La plus attendue, c'est elle. Depuis plusieurs années filtraient depuis le Palais de Tokyo les bruits de couloir annonçant une grande exposition solo de Camille Henrot. Nous y voilà : inaugurant la semaine de la FIAC, la Française occupera à elle seule l'intégralité des espaces de l'institution, emboîtant le pas à Philippe Parreno et Tino Sehgal, qui s'étaient chargés des deux dernières cartes blanches de la rentrée. Pourquoi elle ? La réponse la plus évidente, la mauvaise aussi, serait de partir du Lion d'Argent qu'elle empoche en 2013 lors de la 55 e Biennale de Berlin pour son film Grosse Fatigue. Distinction la plus prestigieuse accordée à un jeune artiste, le prix la propulse star internationale ; et elle-même quitte Belleville pour New York. En France cependant, Camille Henrot est une présence familière depuis le début des années 2000 : en 2005, à 27 ans, elle se fait connaître avec la courte vidéo Deep Inside, où l'ancienne étudiante aux Arts Déco était venue redessiner au feutre noir une histoire d'amour sur la pellicule d'un film porno des années 1970. Le format clip de la vidéo ne devait rien au hasard, elle qui débute en tournant précisément des clips pour des musiciens, et dont le travail restera marqué par un lien à la musique – elle collaborera longtemps avec Joakim. Présence furtive, Camille Henrot se manifeste à travers d'autres films sur l'ethnologie, des mythes et les systèmes de croyance, ou encore des compositions florales reprenant en Ikebana, cet art floral japonais ancestral, les titres de sa bibliothèque, Days are dogs, le titre de son expo au Palais de Tokyo, réinscrit le travail dans une vue d'ensemble qui lui manquait. Présentant des pièces anciennes et nouvelles autour des sept jours de la semaine, conçus comme structure émotionnelle universelle de nos vies.

Camille Henrot, Days are Dogs, du 18 octobre au 7 janvier au Palais de Tokyo à Paris

Candice Lin

Candice Lin, détail de A Hard White Body (Un corps blanc exquis), 2017, porcelaine. Courtesy de l'artiste.

Les cycles, les fluides et les politiques des corps courent comme un fil rouge à travers la production hétéroclite de Candice Lin. De l'artiste californienne née en 1979, on découvrait cet été un ensemble de petites sculptures en céramique sur le stand de la galerie François Ghebaly à Art-O-Rama qui, déjà, détonnaient avec les installations de jarres et de bocaux remplis de liquides troubles et de parties corporelles inidentifiées qu'on lui connaissait. À Bétonsalon, les deux parties de ce corpus frankensteinien se recombinent au sein de l'installation A Hard White Body (Un corps blanc exquis). Deux trajectoires personnelles que rien en apparence ne rassemble sont convoquées : celle de France James Baldwin, écrivain et penseur politique noir et gay exilé en France au milieu du XXe siècle, et celle de Jeanne Baret, botaniste française et première femme à naviguer autour du monde lors du voyage de Bougainville au milieu du XVIIIe siècle. La raison de ce duo ? Leur dépassement commun des restrictions de genre et de race, qui se rejoignent ici à travers une installation centrale : une chambre à coucher en porcelaine non cuite, inspirée de la description du roman de James Baldwin La chambre de Giovanni, dont la matière fragile implique un soin permanent. À savoir son imprégnation à horaires réguliers d'un mélange d'urine, d'eau de la Seine et des plantes médicinales utilisées par Jeanne Baret lors de son périple, figurant la contamination de systèmes de pensée et de champs de référence, en même temps que l'instauration d'un nouvel écosystème à l'encontre des systèmes classificatoires en vigueur.

Candice Lin, « A Hard White Body (Un corps blanc exquis), jusqu'au 23 dcembre à Bétonsalon à Paris

Cédric Fargues

Cédric Fargues, visuel de la Galerie Sympa à Figeac

L'an passé, début septembre, une exposition-OVNI atterrissait dans le paysage artistique parisien : « Bébé Fleurs ». Derrière cette invasion de la galerie par une peuplade de fleurs dotées d'yeux d'emoji, mignonneries qu'il faut pourtant voir comme les annonciatrices d'une fin du monde à venir. L'artiste ? Cédric Fargues, même pas trente ans, que l'on était nombreux à découvrir à cette occasion. Cette année, il figurait parmi les nominés du prestigieux Prix Meurice, ouvrait il y a quelques mois une galerie, la dénommée « Galerie Sympa » à Figeac où il vit et travaille, inaugurée avec l'exposition « Poubelle la Vie ». La jeune prodige Amalia Ulman y présente depuis septembre son exposition « Atchoum », à ne rater sous aucun prétexte si vous passez ou vivez dans le coin. À Paris, on le retrouve au sein de l'exposition collective « What's up Doc ? » à la New Galerie qui le représente, conçue par le duo de curateurs Pierre-Alexandre Mateos et Charles Teyssou. Il y figurera en bonne place au sein d'un aéropage d'artistes mêlant jeunes têtes de la galerie (dont Darja Bajagic, Sean Raspet, Jasper Spicero ou Artie Vierkant), valeurs sûres du siècle dernier (Max Ernstn Hans Bellmer) et génies inclassables (Peter Sotos).

Cédric Fargues, dans le cadre de l'exposition « What's up Doc ? », du 19 octobre au 16 décembre à la New Galerie à Paris

Exposition des 6 finalistes du prix Meurice, « Les temps suspendus » jusqu'au 22 octobre 2017 (parcours FIAC). Le Meurice, Paris.