qui était richard hambleton, le street artist préféré de basquiat ?

Considéré par beaucoup comme « Le Parrain du Street Art », pourquoi Richard Hambleton n'a-t-il jamais atteint le succès commercial des Keith Haring et autres Jean-Michel Basquiat?

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30 octobre 2018, 10:52am

Il paraît qu'à de multiples occasions, Andy Warhol a proposé à l’artiste Richard Hambleton de lui tirer le portrait, pour à chaque fois se prendre un refus. Tout aussi important au sein de la scène artistique new-yorkaise underground des années 1980 qu’un Basquiat ou un Keith Haring, Hambleton était bien moins intéressé que ses contemporains par un quelconque culte de la personnalité. Resté très largement dans l’ombre de la décennie, et totalement disparu des yeux du public dans les années 1990, pour beaucoup, l’introduction à son travail s’est faite de manière posthume, après son décès en octobre 2017. Pour d’autres, la découverte s’est faite via Shadowman, documentaire récompensé sur sa vie, sorti quelques mois avant sa mort. Mais pour la plupart, le nom de Richard Hambleton reste un mystère. Pourtant, son influence se retrouve partout.

Hambleton est né en 1952 à Vancouver. Il étudie au Vancouver College or Art et gagne en notoriété après son diplôme avec ses silhouettes noires peintes à la main et à taille humaine, plaquées dans les rues, mimant les poses des policiers. Il va jusqu’à créer un enquêteur imaginaire, R. Dick Trace-It, et plus de 4000 faux posters Wanted du FBI à l’attention d'un faux meurtrier, Mr Reee. Il traverse le Canada et les États-Unis dans les années 1970 et peint plus de 620 silhouettes au passage. Il se fait un nom, pas toujours apprécié, au sein des critiques artistiques et de nombreux services de police locaux, avant de s’installer à New York en 1980.

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34E12, Richard Hambleton Street Art. Photographié par Hank O’Neal © AVA Holdings Limited

Une fois à New York, Hambleton se fait justement connaître grâce à ses silhouettes noires et menaçantes recouvrant petit à petit les rues et allées labyrinthiques de la ville. Ces inquiétantes peintures, là tracées sur un coin de rue ou en hauteur, comme sautant sur les passants, éclaboussent les murs d’une verve frénétique faisant parfait écho à la peur et la tension qui règnent à l’époque dans un New York submergé par les crimes. « J’ai repeint la ville en noir, expliquait Hambleton au magazine People en 1984, cité dans sa nécrologie du New York Times. Les silhouettes peuvent représenter des gardiens ou le danger ou la trace d’un corps humain après un holocauste nucléaire ou même ma propre ombre. » Le Lower East Side devient rapidement une toile vierge sur laquelle Hambleton dessine sa vision nihiliste du monde et se hisse en haut de la liste des figures incontournables du street art, à une époque où le genre est le théâtre d’une révolution créative. En 1983, quand l’International Herald consacre un article à l’explosion du graffiti, c’est une image de Hambleton qui illustre l’article. Pas de Basquiat ou Haring.

Au milieu des années 1980, l’artiste passe son temps entre l’Amérique et l’Europe, où il expose et vend certaines de ses œuvres et où il peint ses fameuses fresques murales dans les rues de Paris, Venise et, sûrement le plus mémorable, sur le Mur de Berlin. À cette époque, son travail se vendait plus que celui de ses contemporains, mais les héritages respectifs de ces artistes prennent des voies différentes au moment où Basquiat et Haring meurent, et lui vit.

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Richard Hambleton, Orchard Street Studio, New York City, Mai 2011 (c) Hank O'Neal

Mais accro à l’héroïne, hanté par la mort de nombreux de ses amis pendant l’épidémie du sida et désillusionné par la réalité du monde de l’art, arrivé aux années 1990 Hambleton prend sa retraite du public. Son style passe du street art à des peintures de paysages détaillées, au grand dam de la scène artistique new-yorkaise. Certains affirment qu’il y avait là un lien avec son addiction à la drogue, faisant le parallèle entre ses coups de pinceaux rouges et l’héroïne traversant le sang de ses veines. D’autres n’y voient qu’une simple progression d’artiste.

Pendant les trois décennies suivantes, son originalité et son innovation picturale nourrissent l’inspiration d’artistes prolifiques comme Banksy ou Blek le Rat, mais son travail n’atteint jamais le succès commercial et le statut pop de Basquiat et Haring. « Basquiat et Haring ont toujours eu un immense respect pour Richard, parce que c’est lui qui leur a pavé la voie du succès commercial, » explique Andy Valmorbuda, ami de l’artiste et collectionneur de son travail. Pour lui, actuellement co-curateur d’une exposition de l’artiste à la Maddox Gallery de Londres, l’attrait pour le travail de Hambleton tient en partie à son aspect insaisissable. « Tous ces artistes se connaissaient, échangeaient entre eux. Basquiat avait une collection de Hambleton, et vice versa. Mais Hambleton ne s’est pas vendu comme Basquiat et Haring l’ont fait dans les années 1980. À l’époque, les galeristes et collectionneurs voulaient davantage mettre la main sur son travail que sur celui de Basquiat ou Haring. Selon moi, son œuvre est l’une des plus belle que j’ai pu voir, particulièrement sur la scène street art. La gestuelle de ses coups de pinceaux était incomparable – son style et sa technique étaient si forte, si unique qu’il se détachait de tous les autres artistes de l’époque. »

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Jumping Shadowmen, Richard Hambleton © AVA Holdings Limited

Pour le directeur créatif de la Maddox Gallery, Jay Rutland, un an après sa mort et 40 ans après avoir commencé à « peindre la ville en noir », l’œuvre qu’il a créé ne pourrait être plus visionnaire. « Je pense que j’ai découvert Richard de la même manière que la plupart des gens. Les gens parlent de lui en pensant à Haring et Basquiat, mais il est une figure beaucoup plus mystérieuse. Il est à la fois tristement célèbre et inconnu, et ça me fascine. Et il est plus pertinent que jamais aujourd’hui. Nous sommes tellement saturés par nos cycles de news, nos réseaux sociaux, qu’une histoire en chasse une autre, toujours plus choquante que la précédente – et Mass Murder et Shadowman évoquent cette facette de notre psyché, celle qui n’est sûre de rien surtout pas de l’avenir – ça touche exactement au même nerf. »

Au milieu de notre cycle de références à un âge doré de la contre-culture, l’œuvre de Richard Hambleton mérite une exposition de taille, au même titre que Basquiat mérite quatre mois au Barbican. La rétrospective de sa vie n’aura certainement pas les mêmes accents glamours que ses contemporains – les polaroïds de Warhol et Madonna – et son héritage ne sera pas ancré à jamais, par sa mort, dans le vortex créatif du New York des années 1980. Mais son impact en reste éternel. « Il a changé New York, ajoute Jay. Il a changé l’art, point barre. »

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One Way, Richard Hambleton Street Art. Photographié par Hank O’Neal © AVA Holdings Limited

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

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