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Photographie Frank Ocean

la mode subversive de frank ocean en 10 moments

Hannah Ongley

Récemment, la superstar du R&B fêtait ses 30 en legging à paillettes Gucci. En juin, il alimentait la bromance de l’année en portant un t-shirt Brad Pitt. Retour sur les choix vestimentaires les plus marquants de Frank Ocean.

Photographie Frank Ocean

« C'était un noir hétéro qui avait choisi pour sa première apparition télévisée de jouer en bikini et en bottes à talons : épique. » Voilà ce qu'écrivait Frank Ocean l'an dernier sur Tumblr, en lettres majuscules, remerciant le regretté Prince d'avoir passé sa carrière à rejeter les notions archaïques du genre. Quand on parle de superstar de la mode, Frank Ocean n'est pas le premier artiste qui vient à l'esprit, contrairement à un Kanye ou un A$AP Rocky. Lui compose ses tirades Tumblr au cœur de la nuit, et fait tourner ses albums en live-streams depuis des hangars abandonnés de Brooklyn. Quand il se rend à la Fashion Week, il le fait en secret, mais le mystérieux artiste R&B a quand même une garde-robe capable de faire des envieux. De ses t-shirts engagés à ses Vans à damiers portées lors de sa visite à la Maison Blanche, on a revisité les moments mode les plus révolutionnaires de Frank Ocean.

Le pantalon d'anniversaire Gucci à paillettes (octobre 2017)
La fête célébrant les 30 ans de Frank Ocean (dont le thème était Paris Is Burning) était la définition même de l'opulence. Son pantalon aussi. Quel meilleur moyen de dire adieu à sa vingtaine que d'arborer un legging étincelant de cristaux de la collection Gucci automne/hiver 2017 - aussi vu sur Rihanna à Coachella dans sa variante combinaison ? Contrairement à Riri, qui avait décidé d'associer la pièce à un débardeur et un short en jean, Frank Ocean optait pour un haut rouge, des bottes à mi-mollet et des lunettes de soleil ananas de chez Gucci, encore. Tenue adéquate pour envahir le podium et faire face à la drag-queen Gia Gunn. Frank Ocean, connu plus discret, est toujours allé puiser de l'inspiration du côté de la culture ballroom. Pour Endless, son album visuel sorti l'an dernier, il samplait déjà la légende du ballroom Crystal LaBeija.

Angela Weiss via Getty Images

Le t-shirt « Why Be Racist » (juillet 2017)
Les t-shirts aux slogans politiquement engagés ne sont plus exceptionnels en 2017. Mais celui porté par Frank Ocean pendant le Panorama Music Festival cet été – un t-shirt « Why be racist, sexist, homophobic or transphobic when you could just be quiet ? » - est immédiatement devenu viral sur les réseaux sociaux, applaudi pour son message contre l'oppression systématique et les stéréotypes dangereux. Mais le t-shirt a aussi eu des conséquences imprévisibles bien plus importantes. Si le design à 19 $ a été produit par un site de vente en ligne, Green Box Shop, le slogan aurait été tiré d'un tweet de 2015 posté par un adolescent, Brandon Male. Une affaire qui n'a pas manqué de soulever la question du copyright à l'ère des réseaux sociaux.

Visionhaus via Getty Images

Le t-shirt Brad Pitt (juin 2017)
« J'écoute beaucoup Frank Ocean. Ce jeune homme est fascinant, » assurait Brad Pitt dans un portrait pour GQ l'an dernier. Le début d'une bromance insoupçonnable jusqu'alors. Pour répondre à ce message d'amour de l'acteur de 53 ans, Frank Ocean est monté sur la scène du Parklife Festival de Manchester en portant un t-shirt floqué du visage de la superstar, l'encadrant d'une chemise hawaïenne en clin d'œil aux touristes d'Hollywood Boulevard. Pour Frank Ocean, un t-shirt n'est jamais juste un t-shirt – à l'occasion d'une performance au festival FYF, le chanteur a fait chanter la sérénade à Brad Pitt au téléphone, le visage de l'acteur projeté sur un écran derrière lui. Un étalage d'admiration mutuelle réconfortant, à une époque où la plupart des hommages entre artistes passent par les réseaux sociaux.

NurPhoto via Getty Images

Les Vans à la Maison Blanche (octobre 2016)
Frank Ocean n'avait pas vraiment d'explication justifiant le port de ses Vans à damier pendant le dernier dîner d'Obama à la Maison Blanche l'an passé « Il ne faut pas trop réfléchir, il faut juste faire les choses, » expliquait-il aux reporters présents ce jour-là, confirmant au passage que c'était la première fois qu'il portait des Vans à un dîner de la Maison Blanche. Cette session de questions spontanée était d'ailleurs la première interview de Frank Ocean en trois ans. Vous vous souvenez du temps où les seuls scandales émanant de la Maison Blanche tenaient à la mode ?

La combinaison en cuir Balmain (août 2016)
« These bitches want Nikes / They looking for a check, » chante Frank Ocean sur « Nikes », dénonçant les pièges matérialistes en faisant son autocritique. Dans le clip réalisé par Tyrone Lebon, le chanteur danse dans une combinaison Balmain customisée de perles évoquant les tenues de pilotes de voitures – un rappel à l'amour inconditionnel de Frank Ocean pour les bolides. La tenue, très chère, renverse tous les stéréotypes de la masculinité et renvoie le chanteur à sa propre critique consumériste. Un choix qui contraste avec le t-shirt Jenny Holzer « Abuse of Power » porté plus tard dans le clip, et avec la version DIY de la chanson diffusée sur son Tumblr le mois dernier.

Wolfgang Tillmans

La teinture verte (août 2016)
Frank Ocean est atteint de synesthésie. Un phénomène neurologique par lequel deux (ou plus) de sens sont associés et dont Lorde, Dev Hynes et Kanye West ont également fait l'expérience. En gros, les synesthètes peuvent voir les sons comme des couleurs. En 2012, Frank Ocean nommait son album Channel Orange en référence à cette condition neurologique, et n'a cessé depuis d'évoquer les couleurs dans sa musique. Les fans ont d'autres théories sur les raisons de sa teinture d'abord bleue « seapunk » puis vert chlorine, dont une sur les cheveux blonds et les piscines. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que les teintures de Frank Ocean renversent à chaque fois les codes du genre. Son dernier album, Blond(e), rejette les étiquettes du genre et de la sexualité en encourageant les fans à réfléchir à la raison de l'existence même de catégories masculines et féminines. Mais ç'aurait été trop évident pour l'artiste d'apparaître en couverture de l'album teint en blond. Son choix du vert peut donc aussi être vu comme un rejet des mêmes cases. L'été dernier, il allait jusqu'à opter pour une teinture rose.

La campagne Calvin Klein (juillet 2016)
Ce n'est pas la première image de Frank Ocean en sous-vêtements qui devient virale – restera l'indétronable selfie posté sur Tumblr en 2014 et effacé depuis – mais cette campagne Calvin Klein de 2016 est tout aussi mystérieuse. Des publicités semblables ont commencé à tomber alors que les rumeurs de la sortie imminente de Blonde se répandaient. Au même moment, un passage caché dans le code source du site web de Calvin Klein laissait entendre que Frank Ocean travaillait sur un roman. On y lisait : « Frank résiste à la pression et ne suit que sa propre vision. Il a publié un magazine et travaillé sur un roman tout en continuant à parfaire son deuxième album particulièrement attendu. » La dernière publicité – Frank en sous-vêtements écrivant à travers l'écran « I feel loved in my Calvins » - ne comprenait pas la moindre référence au supposé roman. On attend toujours.

Le t-shirt Chris Brown (septembre 2013)
Le choix vestimentaire le plus osé de Frank Ocean est certainement ce t-shirt de 2013 visant directement Chris Brown après son agression de Rihanna. Sur le t-shirt, une photo de Brown en noir et blanc et des mots limpides : « Wanted ! For Domestic Violence. » La violence et la tendance à l'agression de Chris Brown ont été largement documentées – notamment par Frank Ocean lui-même, qui affirmait quelques mois avant que Brown lui avait sauté dessus après avoir tenté de lui voler sa place de parking. À l'époque, il était encore en probation suite à l'affaire Rihanna.

Jeff Kravitz via Getty Images

Le costume Wes Anderson (février 2013)
Pas étonnant que ce fou de couleurs soit un fan de Wes Anderson. « Tu sais que tu regardes un grand film quand il a une teneur musicale, expliquait-il à The Guardian en 2012. Je ne parle pas seulement de la bande-son, mais aussi des plans de caméra et de la manière dont ils sont montés – c'est aussi une forme de rythme et de musique. C'est évident que la cinématographie des films est de l'art. Un plan fixe l'est aussi. Si je regarde un film de Wes Anderson, je considère que les palettes de couleurs à elles seules sont de l'art. » Le costume moutarde et le bandeau rayé qu'il portait aux Grammys un an plus tard ? Tout droit sorti de la garde-robe de Richie Tenenbaum.

Ilya S. Savenok via Getty Images

Le bandana Rising Sun (2012)
Avant de se lancer dans des teintures façon Crayola, Frank portait presque tous les jours le même bandana enroulé autour de la tête. Déplié, le bandana dévoile un soleil levant japonais, symbole de l'ancien Empire japonais coopté par des nationalistes d'extrême-droite. Une image devenue quasiment aussi polémique que le port d'une swastika nazie ou du drapeau confédéré. Mais on est certains que ce n'est pas la raison du choix de Frank Ocean. Enroulé sur lui-même, le motif du bandana se transforme en bonbon rayé. De toute manière peu importe, le chanteur semble avoir abandonné l'accessoire depuis longtemps.