Courtesy of Mathieu Rainaud

Back to the 90's : Léo Walk en vintage Helmut Lang

Le jeune danseur qui n'en finit pas de monter aime la mode et ne s'en cache pas. Pour i-D, il s'est plongé dans les années 90 et les archives du maître Helmut Lang.

par Patrick Thévenin
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23 Décembre 2021, 2:35pm

Courtesy of Mathieu Rainaud

" La danse a toujours été en moi, c'est inné. J'ai une énergie de danseur, celle d'un mec trop heureux de se lever le matin et qui a envie de partager ça avec les gens. " C'est de cette manière que Léo Walk, 27 ans, explique son goût pour le mouvement. Lui, le beau gosse, qui en quelques années est devenu le danseur, chorégraphe, mannequin, vidéaste et styliste, que tout le monde et toute la mode s'arrachent. Des salles de spectacle où sa création "Première Ride" a suscité engouement critique et succès public à l'univers de la mode où il est l'invité régulier d'Hugo Boss, Acné Studios, Adidas ou Nike, en égérie déclinée dans l'espace public en poster quatre par quatre pour Lacoste à l'ouverture de la cérémonie des Césars 2020 aux côtés de Florence Foresti. Ou à travers Walk In Paris, la marque de streetwear chic qu'il a fondé, en réalisateur derrière la vidéo "Tout Oublier" d'Angèle ou plus simplement sur Instagram ou Youtube où ses chorégraphies courtes et puissantes sont un bain de fraîcheur et de bonheur ! "Je suis un garçon qui cherche l'équilibre entre le fond et la forme. J'essaie de donner de la beauté aux choses mais aussi de la cohérence à une histoire à chaque fois" explique Léo (qui tire son pseudo d'un mouvement de breakdance qui consiste à se déhancher en passant d'une jambe à l'autre) quand on l'appelle par une froide journée d'automne alors qu'il est chez lui confortablement au chaud tout en restant prudent, sur sa soudaine notoriété. " Ma célébrité s'est faite à force de travailler, c'est tout ! J'ai bossé non-stop, ouvert des portes, parfois un peu trop. Souvent je me retrouvais dans des endroits qui ne me correspondaient pas forcément. En vérité, c'est le fait d'y aller, d'y aller, d'y aller, d'y aller et d'y aller. Au bout d'un moment, il se passe forcément des choses ! J'ai besoin de garder les pieds sur terre pour pouvoir prendre du recul dans les prochaines années et créer des choses plus approfondies. Je n'ai pas envie de perdre l'essence même de ma passion. C'est pour ça que je me protège énormément, que je passe beaucoup de temps seul à la campagne où j'essaie de créer mais surtout de ressentir. "

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Jean toile denim rouge HELMUT LANG SS1996 archive from PASSAGE

DU HELMUT LANG ET PRADA VINTAGE AU PROGRAMME

A l'occasion du shooting organisé par i-D, où Léo endossait une de ses nombreuses facettes, à savoir celle de mannequin, il fallait bousculer son style, imposer un nouveau pas de danse, décontracté mais élégant, et puiser dans l'histoire (il adore la mode d'avant et traîner dans les friperies) en se rendant chez Passage, un des temples vintage les plus chic de Paris, véritable caverne d'Ali Baba dans laquelle on pourrait se perdre des heures. Fondé en 1994 par Zohra Alami Passage, où les vêtements se louent mais ne s'achètent pas, est décrit par sa créatrice comme "un espace de 850 mètres carrés où j'archive depuis des années des vêtements, des chaussures et toutes sortes d'accessoires de mode. Mon choix est très subjectif, sans jugement, et très intuitif. On peut y trouver un vêtement pour sa couleur, son imprimé, sa construction, l'architecture d'un volume, la pureté d'une ligne, le détail d'une finition ou encore parce qu'il représente un mouvement de ces dernières décennies. Certaines pièces d'ailleurs ne sont pas griffées mais restent dignes d'intérêt, mais toutes sont là avec l'idée de la transmission." Fan de mode, habituée des soldes presse des années 90's, incollable sur les meilleures friperies et habituée des déstockages, Zohra, dont la philosophie est que les vêtements doivent être portés plutôt qu'exposés dans un musée, a fait du vintage sa marque de fabrique de longues années avant que ce dernier ne soit aujourd'hui partout. "De plus en plus de personnes s'intéressent au vintage, les particuliers mais aussi les marques. De nombreuses maisons ont créé un département patrimoine ou héritage, elles essaient de construire ou compléter leurs archives, explique Zohra, les exigences envers les stylistes ont évolué, le talent ne suffit plus, il faut être adaptable à la culture d'une marque et replonger dans son ADN et donc dans les archives. Quant à la jeunesse c'est un moyen pour elle de recréer parfois à moindre prix les looks des catwalks avec des pièces d'origine et surtout d'éviter les copies de la "fast-fashion" lorsque que la "sustainability" est au cœur de tous les discours."

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Costume noir PRADA SS1999 archive from PASSAGE

UNE PLONGÉE AU CŒUR DU MINIMAL CHIC

Quand on demande par téléphone à Léo Walk comment il est habillé ce jour-là, il répond avec sa décontraction légendaire : "A la zeub ! J'ai un pull que Acné m'a envoyé, un jogging Nike en polaire très cosy, des chaussettes achetées deux euros et une paire de TN offerte par Nike. Je ne me prends pas du tout la tête même si j'adore la mode. La base de mon intérêt pour la fringue c'était surtout la frustration, parce que je n'y avais pas du tout accès. J'étais un jeune de banlieue et mes parents n'aimaient pas la mode, pour eux l'essentiel n'était pas d'être bien habillé, mais que je fasse plein d'activités - de la musique, de la danse, du dessin, etc. - et surtout pas que je devienne un panneau publicitaire. Du coup j'ai développé une certaine frustration et dès que j'ai eu de l'argent je me suis rattrapé. Ce qui me fascine le plus c'est ce que tu peux raconter à travers le vêtement dans la danse, ce qui m'intéresse c'est de casser les codes, de shooter un mec qui danse en costard mais avec des baskets par exemple." Histoire justement de bousculer la routine de Léo, qui ne se sent jamais aussi bien qu'avec un pantalon de survêt et déteste le total look, le choix d'i-D s'est porté majoritairement sur des pièces siglées Helmut Lang et quelques autres signées Prada. On ne rappellera jamais assez à quel point l'arrivée de l'Autrichien Helmut Lang dans les années 90's a bouleversé la mode. Le créateur défrichant tout ce qui nous semble évident aujourd'hui, faisant défiler hommes et femmes ensemble, prônant des vêtements asexués, lançant les défilés sur internet avant que quiconque y pense, choisissant comme égéries des artistes comme Jenny Holzer ou Louise Bourgeois tout en imposant une mode austère, brute et minimaliste, mais toujours sexy, concentrée sur le choix des textures, les silhouettes et l'allure, le mélange sport et luxe et une attention extrême portée aux détails. "Peu de créateurs peuvent se targuer d'avoir bouleversé l'histoire de la mode, confirme Zohra, Helmut Lang est de ceux-là, il a dessiné les contours du minimalisme des années 90. Sa force ce sont les formes radicales et simples, des pièces streetwear à l'allure super chic, les matériaux inusités et détournés qui servent un vestiaire urbain, un style dépouillé qui veut se faire oublier pour mettre en valeur la personnalité de celui ou celle qui le porte et s'adapter à son style de vie au quotidien et dans la ville. En 1996, lorsqu'il présente sa première collection à Paris, fidèle à son esthétique du peu, du culte du rien, c'est déjà en réaction à l'exubérance de l'âge d'or d'un Claude Montana ou encore d'un Thierry Mugler. Helmut Lang présente un travail où il fait disparaître le superflu pour redéfinir l'esthétique du luxe, sans outrance. Sa mode est tout sauf spectaculaire. Son attrait actuel est peut-être une forme de réaction au maximalisme actuel. "

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Pantalon toile de coton beige HELMUT LANG SS1998 archive from PASSAGE

L'ESTHÉTIQUE DU PEU

Imposant ses classiques, aujourd'hui célébrés et recherchés par les diggers de la fashion, comme le débardeur troué, les pulls ouverts aux coudes ou les fameux jeans maltraités, projetés de jets de couleurs, usés pour les patiner, enduits de matières ou ornés d'anneaux énormes dans les passants et dont l'étiquette s'est tellement réduite qu'elle a quasiment disparue. Sans compter, le plus célèbre, le jean rouge aux revers immenses qui a fait la réputation de la figure de proue du minimalisme. Un génie qui avait tout compris aux bouleversements de la mode au tournant des 90's et dont l'auteure Sarah Mower décryptait l'influence immense dans Vogue en 2015 : « Il est rarissime qu’un designer nous tende un miroir dans lequel nous reconnaissons tout ce que nous voulons être. Dans les années 1990, ce designer était Helmut Lang." Un jalon de la mode contemporaine que Léo Walk connaissait de nom, sans mettre une image précise sur ses réalisations, et qui l'a totalement séduit. "J'aime beaucoup le costume blanc parce que je trouve qu'il m'allait vraiment bien et j'ai aussi adoré le débardeur blanc. Sans oublier ce jean rouge à la couleur passée et qui est incroyable ! Quand tu le portes tu as une impression de confort immédiat, j'aime quand tu te sens bien en cinq minutes dans une sape. Cette sensation est importante, c'est comme en danse, ne pas avoir sa paire de baskets préférée peut changer tous tes appuis et transformer complètement ton style. Certain.es danseur.ses préfèrent performer en chemise, d'autres pieds nus, il n'y a pas de règle sauf une : se sentir à l'aise dans son vêtement."

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Tshirt blanc enduit ANN DEMEULEMMESTER circa 2000 archive from PASSAGE
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Costume blanc cassé HELMUT LANG AW1999 archive from PASSAGE

Crédits

Photographe & Vidéo Mathieu Rainaud

Styliste et editorial director Claire Thomson-Jonville

Talent Léo Walk

Cheveux Rimi Ura

Maquillage Isis Moenne

Assistants photographe Guillaume Lechat et Jeremy Barniaud

Assistant vidéo Mehdi Chabane

Assistantes styliste Tiffany Pehaut et Livia Panciatici

Production Kitten

Remerciements à Zohra Alami de Passage Paris.

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