Courtesy of Philip Andelman

Confinement 2.0 : que peut-on en tirer ?

Sa version beta aurait-elle planté les graines d’une remise en question de son identité, ses responsabilités et ses priorités ?

par Alice Pfeiffer
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11 Novembre 2020, 2:11pm

Courtesy of Philip Andelman

Quand, ce printemps dernier, la population française se voit imposée un huis clos, une grande partie d’entre elle est traversée d’un sentiment de rupture brutale avec une hyper-sociabilisation faite norme.

À la fois animaux sociaux et produits d’une culture orchestrée par le divertissement, la consommation, la stimulation incessante, nous nous trouvons soudain circonscrits dans un espace clos mais décuplé : le foyer devient alors territoire intime, domestique, professionnel, et public – Zoom oblige. Autant de lieux et de déambulations géographiques qui structuraient notre quotidien, et qui se sont aujourd’hui repliés entre quatre murs.

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Et si l’urgence de ce confinement est indéniable, celui-ci éveille, à un niveau plus primaire, une foulée de sentiments contradictoires. Nous voilà en terre aussi familière qu’inconnue, dans une solitude collective, non pas choisie mais ordonnée. Une obligation que certains vivent – se l’avouant ou non – comme une pratique punitive et infantilisante, une atteinte à une liberté fondamentale indissociable d’une liberté de mouvement.

Ce ressenti éveille chez certains une fibre rebelle, entre laisser-aller et flirt avec une touche de décadence – notamment un pic de consommation d’alcool à toute heure, qui devient même une tendance documentée et hashtagée sur les réseaux sociaux.

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Quelques uns  choisissent de défier frontalement – et dangereusement – les règles en vigueur : les teufs illégales se déploient dans le plus grand secret à travers les grandes métropoles, tout comme une vague de dating illicite. Ce n’est pas qu’au gouvernement que cette frange indocile tient tête, mais à la maladie, à l’incertitude, au climat mortifère palpable, et à leur propre vulnérabilité. 

Le confinement version 2.0 : quelles évolutions peut-on attendre ?

Ce second confinement est une autre paire de manche : si certains psychologues craignent une angoisse décuplée et un sentiment d’impuissance, des penseurs autant que des Twitteurs cernent un potentiel vertueux. Nous voilà plus matures, rompus à l’exercice, ayant tiré des leçons de la version béta, et prêts à mettre à profit – et non simplement combler— cette période complexe.

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Plutôt que de fuir l’ennui coûte que coûte, en quête d’échappatoires, aux rythmes et rites calqués sur la vie qui nous est dorénavant interdite, la philosophe Hélène L’Heuillet y voit l’opportunité d’explorer de nouvelles temporalités. Une écoute de notre propre rythme, un ralentissement, une parenthèse, un soufflement, et un espace de pensée – prenant temporairement nos distances d’une cadence habituellement dictée par les attentes extérieure et la performance effrénée.

L’humain, tant habitué à l’interaction et au regard de l’autre, n’a plus que lui même comme interlocuteur – une discussion que l’on prend rarement le temps d’avoir, et qui pourrait mener à une introspection plus large. C’est sans surprise qu’est attendue une montée en flèche de pratiques de méditation, de réflexion intérieure, d’exploration d’un soi gardé étranger.

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Voici des démarches qui encouragent, plus vastement, une remise en question de notre culture individualiste, sacralisant le progrès personnel, le contrôle de soi, l’empowerment. Se confiner pourrait induire une réalisation de notre appartenance à une société, le maillon d’une chaîne, responsable et solidaire – même si solitaire. Car on ne l’est jamais vraiment.

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