In we french we say : Qui est à l’appareil ?

i-D invite Love French Movies à livrer des pépites du 7e Art. En ces heures de confinement, le téléphone est un confident de choix, suspendu à son fil, telle une love-story platonique. Retour sur 7 scènes iconiques qui érigent le combiné en objet culte.

par Camille Laurens
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11 Novembre 2020, 11:00am

Raccrocher au nez, attendre le coup de fil de son amant, cancaner avec des amis ou surprendre des conversations intimes, le téléphone se dote d’une tension dramatique inégalée. A la fois si proche et si loin, le combiné peut voler la vedette à de nombreux acteurs tant son importance est indéniable. En ces temps, il est notre meilleur ennemi et habite notre quotidien avec force, lien indéfectible qui nous connecte à l’autre. Sans que l’on s’en aperçoive, le téléphone est un partenaire de vie, d’ennui. Qui sait combien d’heures avons-nous passé, collé à lui ? Véritable médium d’émotions, le confinement lui offre une place de choix dans nos existences, l’occasion de revenir sur les scènes qui ont construit son aura au cinéma. Car les réalisateurs se réjouissent de son spectre théâtral, entre une sonnerie stridente, une réponse qui ne vient jamais, ou des chuchotements discrets, les potentialités du téléphone ont inspiré les cinéastes qui l’érige en vedette. Retour sur 7 scènes dont on ne décroche pas.

1 - Le coup de fil épié 

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La Piscine / Jacques Deray / 1969

Tandis qu’ils se câlinent et se chamaillent sensuellement aux abords de la piscine, le couple star Romy Schneider et Alain Delon est interrompu par un coup de fil. Sans le savoir, le téléphone est l'élément déclencheur du drame qui se noue autour des protagonistes, encore dans l’ignorance totale. Percevant un danger, on aperçoit l’attitude sombre de Jean-Paul en arrière-plan, qui contraste avec le sourire et l’attitude solaire de Marianne, qui invite avec excitation son ancien amant, Harry et sa fille, à se joindre à leurs vacances méridionales. Un chef d’oeuvre sur fond de grillons et de plongeons, vitale en ce début d’hiver. 

La Piscine / Jacques Deray / 1969

2 - Le coup de fil gourmand 

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La Boum / Claude Pinoteau / 1980

Film d’une génération, La Boum a lancé la carrière de Sophie Marceau qui incarne avec brio, Vic, une adolescente dans les années 80, ses amours, ses déceptions, ses tristesses, ses joies. Qui n’a jamais dansé sur Reality, de Vladimir Cosma, hymne quasi-national de nos premiers émois ? Le téléphone dans le film est un élément majeur de la construction narrative, tous les personnages y sont suspendus, l’intrigue se noue et se dénoue via le médium. Si aujourd’hui le téléphone portable ridiculise les fixes, à l’époque, il statue sur l’état émotif des personnages. Ici, c’est un coup de film matinal, qui accompagne le petit-déjeuner, permettant au spectateur de connaître l’humeur de l’indomptable héroïne. 

La Boum / Claude Pinoteau / 1980

3 - Le coup de fil sensuel 

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L’Enfer / Claude Chabrol / 1994

Sextos, vidéos intimes, nudes, aujourd’hui, les moyens de pimenter notre vie personnelle inondent le quotidien. Or, le fantasme virtuel n’était possible à l’époque que via le téléphone. Nombres de scènes se cristallisent autour de cette tension où la voix se dote d’un potentiel érotique puissant. Dans cette scène, Emmanuelle Béart que son mari imagine infidèle, joue de l'ambiguïté entre la réalité et les délires paranoïaques auxquels elle est en proie Paul, interprété par un François Cluzet brillant. Une jalousie maladive qui le pousse à projeter des scénarios adultères, le téléphone comme moyen de séduire ses amants cachés. Climax du film, l’appel est ici synonyme de souffrance, mais surtout de folie, réel ou rêvé, Nelly n’a-t-elle jamais appelé ? 

L’Enfer / Claude Chabrol / 1994

4 - Le coup de fil détente 

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L’Ours et la Poupée/ Michel Deville / 1970

Qui n’a jamais rêvé d’une immense baignoire débordante pleine de bulles, au centre d’une pièce ultra design de blanc vêtu ? Et le tout, sublimé par des bougies, une partition , un appel téléphonique et Brigitte Bardot dans le rôle de Felicia, séductrice invétérée qui a jeté son dévolu sur un musicien insensible à ses charmes. Une intrigue burlesque aux allures de valses de séduction qui vous fera craquer. Ou quand Brigitte Bardot se rit d'elle-même et pastiche avec malice son statut d'icône. A ne rater pour rien au monde ! 

L’Ours et la Poupée/ Michel Deville / 1970

5 - Le coup de fil blasé 

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La Collectionneuse / Eric Rohmer / 1967

Deux hommes, une femme, l’été, une voix off qui suit les péripéties sentimentales de ces protagonistes, La Collectionneuse est fidèle aux obsessions de Rohmer. Ici, il offre à Haydée, son héroïne, une liberté totale, désarçonnant au passage ses amants d’une nuit. Volubile, indépendante, impalpable, l’érotisme revendiqué du personnage féminin, fit scandale et fut interdit aux moins de 18 ans à sa sortie. Pour chacune de ses nuits, une conquête, le téléphone joue ici le rôle d’entremetteur, moyen pour Haydee d’organiser ses nuits. Il fait partie du mécanisme de séduction par lequel l’intrigue se construit. 

La Collectionneuse / Eric Rohmer / 1967

6 - Le coup de fil qui ne vient pas 

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Le Samouraï / Jean-Pierre Melville / 1967

“Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être…” peut-on lire comme citation affichée au début du film. A l’image de cette imaginaire, la scène illustre avec brio l’isolement du héros, condamné à agir seul, entre froideur et neutralité, comme le veut le polar. L’attente du héros, tueur à gage, interprété une nouvelle fois par Alain Delon, est ici symbolisé par ce coup de fil qui ne vient jamais. L’échange pourrait être salvateur comme pour sauver le héros du silence. Une sombre histoire de meurtre, ou le téléphone, absent, est à l’image du héros qui ne se soucie de rien et dont on ne se soucie pas. 

Le Samouraï / Jean-Pierre Melville / 1967

7 - Le coup de fil “pas vu, pas pris” 

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La Cérémonie / Claude Chabrol / 1995

Un film démentiel pour un casting parfait, la Cérémonie de Claude Chabrol est une pépite totalement barrée, où les personnages livrés à leur névrose, nous embarque dans une virée dantesque. Sandrine Bonnaire, dans le rôle d’une analphabète, et Isabelle Huppert en postière, forment un duo macabre ou la lutte des classes forgent le destin tragique des héros. Le coup de téléphone est ici un pousse au crime, caché, non dit, qui scelle par son aspect transgressif, l’avenir des héroïnes … Ce genre d’appel qui s’annonce être comme le dernier prend l’allure de l’appel du condamné. 

 La Cérémonie / Claude Chabrol / 1995

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