Courtesy of Martin Mougeot

Daquisiline Gomis, d’un art à l’autre

C'est une des étoiles montantes de la scène créative parisienne et il fait parti du programme All Star de Converse, conçu pour encourager une communauté créative mondiale. i-D a rencontré le créateur de Beni Originals, Daquisiline Gomis.

par Julie Le Minor
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08 Février 2021, 4:13pm

Courtesy of Martin Mougeot

Après le succès de ses deux restaurants vegan, Le Tricycle et Jah Jah, en plein cœur du quartier de Strasbourg-Saint-Denis à Paris, Daquisiline Gomis revient sur le devant de la scène avec une marque sustainable qui revisite l’uniforme et le costume faits à la main. Signifiant “bienheureux”, Beni Originals rend hommage à l’élégance africaine des années soixante-dix et à la culture du Sénégal d’où sont originaires les parents du créateur. Son premier lookbook se présente ainsi comme une réminiscence du style des hommes de sa jeunesse, et notamment de son père, mécanicien, qui maîtrisait parfaitement l’art de l’uniforme. Aujourd’hui, cette seconde collection 100% éco-responsable poursuit cet hommage et consacre l’allure des travailleurs. En remettant au goût du jour les tenues de travail soignées et élégantes arborées fièrement par ses parents, Daquisiline célèbre leur philosophie de vie et l’idée d’un uniforme durable et raffiné pour embellir le quotidien. Cette nouvelle collection Beni Originals rend ainsi ses lettres de noblesse à un héritage trop souvent oublié.

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​Courtesy of Martin Mougeot

Créateur parisien visionnaire et passionné, Daquisiline Gomis est l’un des membres de la communauté du projet de mentorat Converse qui accompagne et promeut de jeunes talents dont le travail véhicule des valeurs telles que l’activisme, la durabilité, l’inclusivité ou encore la diversité. Ce programme intitulé “All Stars”, en référence à l’iconique paire de chaussures de la marque, finance des projets et les soutient à travers un mentorat qui vise à briser les barrières culturelles en créant davantage d'opportunités pour les individus dans leur domaine créatif et en accélérant l'impact individuel des membres de ces communautés All Star. Dans le cadre du programme Converse All Stars, le solide écosystème communautaire de mentorat, de commissions et de financement ; Converse sponsorise des « projets All Star » dans des villes clés, qui visent spécifiquement à soutenir l'action créative de créatifs émergents issus de groupes sous-représentés.

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​Courtesy of Martin Mougeot

Figure de proue d’une génération de créatifs engagés et polyvalents, Daquisiline incarne le nouvel horizon de la mode en cette année décisive où l’ensemble de l’industrie doit faire face à de nouveaux enjeux et difficultés en raison de la pandémie. En soutenant une nouvelle génération de créatifs comme Daquisiline et en donnant la parole à ces voix progressistes, Converse témoigne de son ambition de construire dès à présent la scène créative de demain en créant les bases d’un avenir inclusif, solidaire et joyeux. En tant que membre All Stars, Daquisiline Gomis s'efforce de créer de nouvelles possibilités dans sa communauté et de provoquer de nouvelles conversations sur la durabilité, la diversité, la représentation et le développement des jeunes - des domaines où des progrès sont absolument nécessaires aujourd'hui. Il se confie aujourd’hui à Claire Thomson-Jonville sur ses inspirations pour cette nouvelle collection, sa vision d’une mode responsable et durable ainsi que sur l’art de bien s’entourer qui lui semble essentiel.

Claire Thomson-Jonville : Hello Daqui, bravo pour cette nouvelle collection sous l’égide du programme de mentoring Converse. On te connaît déjà pour ton concept street-food vegan, Jah Jah, que tu as créé avec ton épouse, Coralie Jouhier. Mais on connaît peut-être moins ta passion pour la mode et ta marque Beni Originals. En tant que membre du programme All Star de Converse, peux-tu nous expliquer comment fonctionne le projet ?

Daquisiline Gomis : Un ami m'a introduit à l’équipe Converse. C'est une marque qui fait vraiment sens avec mes vêtements parce que c'est un basique, un classique. Ce que je veux montrer avec Beni Originals, c'est du classique revisité. J'aime cette façon d'être original et précurseur dans ce qu'ils font. Je suis aussi totalement en phase avec leur philosophie “sustainable” et leur éthique. Le lien avec Converse s’est donc fait naturellement, le dialogue a été facile. En plus du financement de cette collection, le programme All Star m'a ouvert à de nouvelles possibilités, à de nouvelles personnes et même à de nouveaux clients, tout en me laissant toujours libre dans mon propre processus créatif. C'était le plus important pour moi, pouvoir rester moi-même. C'est un véritable honneur de faire partie du programme All Star et de faire partie de ce programme de soutien aux jeunes créatifs.

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​Courtesy of Martin Mougeot

CTJ : Tes parents ont quitté le Sénégal dans les années 70 pour s’installer en France où tu as grandi. Tes origines africaines infusent tes collections, ton premier lookbook a même été shooté au Sénégal. Peux-tu me raconter ton parcours et comment ton héritage culturel se reflète dans tes créations aujourd’hui ?

DG : Je suis arrivé à Paris il y a maintenant 10 ans. Avant j'habitais à Mantes-la-Jolie dans le 78. Pour cette collection, je me suis inspiré de mes parents qui sont venus bosser en Occident et qui se sont sacrifiés au travail pour nous, pour améliorer notre quotidien. C’est un hommage que je leur rends. J'ai essayé de retranscrire tout ça sur des vêtements, des vêtements de travail notamment, en ajoutant toujours une pointe d'élégance. Quand je les voyais partir au travail, je les trouvais toujours élégants et c'est une vision que j'ai essayé de retranscrire. J’aime beaucoup cette idée d’uniforme et de se réapproprier un uniforme.

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Courtesy of Djiby Kebe

CTJ : C’est drôle, dans ma scolarité, j’ai détesté porter un uniforme et pourtant maintenant je suis rédactrice de mode et j’en porte un par choix.

DG : Je n’ai jamais porté d'uniforme à l’école. J’en voyais dans les séries américaines à la télé et j'ai toujours trouvé ça stylé et cool. J'ai toujours rêvé d'en avoir un, c’était une sorte de fantasme. Le fait d'avoir un travail pour mes parents, c'était déjà une fierté. Ce n’était pas facile d’en trouver. Lorsqu'ils allaient travailler, ils savaient que cela signifiait la possibilité de changer leur quotidien et celui de leurs enfants. La possibilité de pouvoir avancer dans leurs rêves et dans leurs projets, c’est en cela que c’était une vraie fierté. Mon père était garagiste et ma mère était femme de ménage, ils avaient chacun leur uniforme. J’ai voulu leur rendre hommage dans cette collection, rendre hommage également à ceux qui ont quitté leur terre pour émigrer en Occident. L’uniforme était pour eux essentiel. Quand je suis parti au Japon, j'ai découvert que chaque métier avait son uniforme. Certains avaient des vestes courtes, d'autres des cravates. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à aimer ce concept et à comprendre son importance. En imaginant aujourd’hui une série de costumes, de cravates et de manteaux provenant de tissus récupérés auprès de designers ou de grandes maisons de couture, j’ai souhaité poursuivre cette vision d’un uniforme durable et toujours élégant.

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Courtesy of Djiby Kebe

CTJ : Cette collection est basée sur l’éco-responsabilité, c'était important pour toi de suivre cette voie ? Était-ce une contrainte ou une véritable source d’inspiration ?

DG :  Avec ma femme, on a ouvert un restaurant vegan il y a 6 ans. On a toujours eu cette façon de vivre et d’utiliser des produits organiques. On ne veut rien jeter de ce qui nous entoure, rien gâcher. Pour moi, c'est très important cette nouvelle façon de consommer et de produire. C'est une nouvelle façon de faire les choses et ça me semble logique dans le monde dans lequel on vit de toujours partir dans cette optique. Il y a beaucoup de gaspillage dans ces différents corps de métier, il faut faire super attention. Je pense que c'est une nouvelle approche qui sera de plus en plus logique dans les années à venir. En 2019, j’ai déjà participé à la Renew Walk organisée par Converse à Paris avec d’autres jeunes et membres du programme afin de nettoyer les rues de la ville des mégots, bouteilles de plastiques et autres déchets. L’éco-responsabilité suivie par Converse fait aussi partie de l’ADN de Beni Originals. Cela me semble donc logique de poursuivre ma marque dans cette voie.

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​Courtesy of Martin Mougeot

CTJ : Je voulais parler de cet aspect de “creative family” et cette manière d’utiliser la mode comme une façon de collaborer autrement. Tes collaborateurs et la manière dont tu travailles avec eux, c’est important pour toi ?

DG : C’est très important d'avoir des gens à côté de soi avec qui on n’a pas forcément la même vision mais avec qui on partage le même amour pour certaines choses. J’ai ouvert un restaurant avec ma femme. Je forme un trio créatif avec mon petit frère Warren, mon modèle, et le photographe Djiby Kebe, tous deux membres du projet All Stars. Djiby a shooté mon dernier lookbook et je le considère comme un membre de la famille. Finalement, c'est une petite famille créative que l’on se crée et que l’on entraîne naturellement dans ses activités. Notre manière de bosser se fait de manière très organique. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. On est autodidacte donc il n'y a pas vraiment de cheminement. Le programme All Star me permet aussi de m’ouvrir à de nouveaux horizons, de nouvelles personnalités et même de nouveaux clients. Je suis très ouvert de manière générale. Je fonctionne au feeling et suis toujours prêt à m’engager dans de nouvelles collaborations. Avec Converse, nous avons échangé des idées, des visuels et aussi beaucoup d’énergie. C’est cela qui est important : l’échange.

La collection est déjà disponible sur https://www.benioriginal.com

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