5 collaborateurs de Palace photographient leur représentation de la famille

David Sims, Alasdair McLellan, Juergen Teller, Jim Goldberg et Frank Lebon capturent l’essence de la communauté Palace.

par Claire Thomson-Jonville
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29 Octobre 2020, 12:40pm

Cet article a été initialement publié dans le numéro anniversaire des quarante ans de i-D, n°361, Hiver 2020. Commandez votre exemplaire ici.

Avant que Palace ne soit une marque pionnière, immense, cross-culturelle, ignorant les limites, de streetwear, c’était avant tout une communauté. Composée d’un groupe d’amis qui trainaient ensemble dans les quartiers de South Bank à Londres, cette communauté vivait ensemble, faisait du skate ensemble, et on enfin construit cette marque de mode incroyable qui est aujourd’hui une institution londonienne du skateboard au même titre que la South Bank.

Incroyable en ce que Palace a grandi et s’est étendu sans jamais perdre de vue ce qui faisait l’âme de sa communauté d’origine. C’est une famille avant d’être une entreprise, un sentiment, une éthique aussi. Pour les quarante ans de i-D, Palace a demandé à cinq des meilleurs photographes au monde de shooter ce que la famille signifie pour eux.

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Claire : Ce numéro de i-D est emprunt de famille, de communauté, commençons donc par discuter des débuts de Palace, et l’importance de la communauté dans la construction de Palace.

Lev : Tout ce qu’on a construit, et beaucoup plus que ce que les gens imaginent, repose sur l’idée de communauté. J’ai commencé en travaillant chez Slam City Skates avec un mec qui s’appelait Gareth, qui est aujourd’hui mon associé. C’était quelqu’un que je connaissais du skate, et c’est la même histoire avec presque tous les gens avec qui on travaille chez Palace. Toute l’équipe skate, on vivait ensemble, on se retrouvait à South Bank, et nous formions cette communauté. On était amis pendant dix ans avant même que Palace ne commence.

J’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment de séparation entre amis, famille, travail et vie finalement.

Il n’y a aucune frontière, c’est une fratrie, une famille. C’est quelque chose de très spécial que l’on partage. Et c’est spécial parce que ça existerait même si on avait pas Palace, tu sais. Mais parce que c’est une famille, ça rend tout ça encore mieux, partir ensemble pour faire des voyages de skate, ouvrir des boutiques autour du monde, c’est un effort de groupe. Tout le monde est là pour soutenir les autres. Ma vie ressemble à un enterrement de vie de garçon permanent.

Diriez-vous que vous vous êtes professionnalisé avec le succès de Palace ? Vous semblez être une personne très ouverte.

Non, je suis pas plus professionnel, et j’ai toujours été une personne ouverte. Je suis même encore plus ouvert maintenant. Je n’ai pas changé. J’ai toujours été comme ça. C’est sympa d’être sympa. C’est comme ça que j’ai été élevé. C’est ma personnalité. Si ton business ou si ton travail change qui tu es, ça veut dire que tu n’es pas en train de faire la bonne chose. Je ne veux pas être quelqu’un qui change à cause de son travail, je veux que mon travail me rende meilleur, et je crois que c’est le cas. Je veux soutenir les gens.

Photography Juergen Teller. Creative Partner Dovile Drizyte. Post-production Catalin Plesa at Quickfix. Models Lucien Clarke and Marie McGhie. Lucien wears all clothing and socks Palace. Shoes Louis Vuitton. Marie wears vest Louis Vuitton. Top Palace. Trousers and boots model’s own.
Photography Juergen Teller. Creative Partner Dovile Drizyte. Post-production Catalin Plesa at Quickfix. Models Lucien Clarke and Marie McGhie. Lucien wears all clothing and socks Palace. Shoes Louis Vuitton. Marie wears vest Louis Vuitton. Top Palace. Trousers and boots model’s own.

Est-ce que quelqu’un vous a soutenu ? Est-ce que vous avez eu des mentors ?

Le monde du skateboard dans son entièreté fonctionne comme ça. Si tu voulais faire un T-Shirt cool ou si tu avais des soucis avec une fille, il y avait quelqu’un à qui parler, pour t’aider, pour te soutenir. Tous mes amis sont comme ça. Je ne pense pas à un individu en particulier, mais tous mes amis, on a été les mentors les uns des autres, on s’aide tous.

Comment avez-vous fait pendant la pandémie séparé de votre communauté d’amis ?

On travaille toujours tu sais, et ça arrive de perdre de vue de vieux amis du skate même si je travaille avec certains de mes meilleurs amis… mais la pandémie m’a vraiment donné envie de voir tout le monde, tu sais, donc j’ai juste construit une grande rampe dans le jardin. Au fil des années, je faisais moins de skate, ce qui voulait dire que je voyais moins les gens aussi, donc j’ai construit cette rampe et ces derniers mois, on était tous là pour des barbecues, pour trainer ensemble. Je crois que j’essaie de rapprocher le skateboard de moi, parce que si on travaille toute la journée, c’est difficile de trouver ce temps disponible.

Comment diriez-vous que votre relation avec l’industrie de la mode a changé au fil des années ? Dernièrement, l’industrie de la mode a vraiment emprunté à la culture de collaboration du sportswear, ça en faisait déjà partie, mais jamais à ce point-là.

Je pense que les gens aiment Palace parce qu’on a toujours mélangé plusieurs choses. Tout le monde était limité à son propre groupe, si tu étais skater, t’étais skater et tu pouvais pas faire partie de la mode. Mais j’aime tellement de choses différentes que quand j’ai commencé Palace, je voulais juste regrouper tout le monde ensemble. Je voulais faire des mocassins, et des bottes Chelsea, et des survêtements, et des skateboards. Je voulais jamais me limiter à ne faire que des skateboards. Je voulais tout faire. Et j’adore les collaborations tu sais, je trouve ça super que des plus grosses marques et même des maisons de mode parisiennes commencent à travailler avec des marques plus jeunes, et qu’elles commencent à faire leurs différentes manières de penser. Quand les gens travaillent ensemble c’est génial. J’adore ça. J’adore travailler avec des gens qui font des choses que je ne sais pas faire. J’aime cette énergie de la collaboration mais je déteste quand des gens sortent des produits qui n’ont ni histoire ni sens derrière. On travaille tellement dur sur nos collabs, et sur tout ce qu’on fait, même si c’est juste une vidéo, parce que les gens ont besoin de comprendre pourquoi on fait les choses. Quand on arrive à l’idée de collaboration ça doit contenir notre perspective, notre manière de voir les choses, pourquoi on trouve que quelque chose est incroyable, que ce soit avec l’équipe de Juventus ou avec Ralph Lauren. L’idée c’est de raconter une belle histoire, le pourquoi de votre travail ensemble.

Photography Juergen Teller.
Photography Juergen Teller. Creative Partner Dovile Drizyte. Post-production Catalin Plesa at Quickfix. Models Lucien Clarke, Marie McGhie, and Polo the dog. Lucien wears all clothing Palace. Trainers Louis Vuitton. Marie wears T-shirt Palace. Trousers, belt and shoes model’s own.

Palace résonne chez les gens en raison de ses valeurs, de son âme, ses histoires et sa communauté. C’est vraiment très beau. Est-ce que vous vous décririez comme une personne instinctive ?

Très. Je fonctionne à l’instinct. Je sais ce que je veux sortir en cinq minutes. Je suis genre, « on devrait faire ça, ça, ça et ça ». Les autres dans notre équipe de design ajoutent des choses, et souvent ils y réfléchissent plus longtemps, et ils ont des meilleurs idées que moi, mais tout de suite je sais. Je suis un consommateur. J’adore acheter des trucs. J’adore les autres marques. Beaucoup de ce qu’on fait chez Palace, c’est juste des choses que je veux, c’est personnel et égoïste, mais tout vient de quelque chose dont j’ai envie, ou que je trouve cool.

Est-ce que la créativité est un processus joyeux pour vous ?

J’adore ça. J’adore mes idées débiles. Palace, c’est comme une suite d’idées bêtes que t’as quand tu es adolescent dans ta chambre quand t’es défoncé mais là on peut vraiment le faire parce qu’on est une société, qu’on a une structure qui nous permet de le faire. Mais cet aspect un peu stupide, simple et drôle quoi, c’est ça qui le rend tellement agréable.

Est-ce que ça devient un challenge d’être aussi libre ?

Le challenge c’est de savoir ce que les autres aimeront, je veux que les gens restent contents, donner aux gens en somme. Mais on peut s’en sortir avec pas mal de merde, on fait tout ce qu’on fait parce qu’on veut le faire et parce qu’on y croit. On n’est jamais trop cool pour faire un truc, et jamais trop sérieux pour en faire un autre. On a de la liberté, mais la seule limite, c’est de rester honnête envers nous-mêmes.

Photography Juergen Teller
Photography Juergen Teller

Donc c’est quoi le plus grand défi ?

Avec le nombre de choses qui se passent, c’est facile de se disperser. J’aimerai être capable de faire une seule chose par jour. Mais vraiment tout est génial tu sais.

Qu’est ce qui vous obsède dans votre travail ?

Rien ! J’aime le faire. C’est mon travail. Je le fais parce que j’aime le faire, mais je ne vais pas me réveiller au milieu de la nuit pour faire le dessin d’un T-Shirt dont je viens de rêver.

Quelle est votre devise ?

Première idée, meilleure idée.

Qu’est ce qui vous inspire ?

Les gens qui s’en fichent du regard des autres.

Quel est le plus grand luxe pour vous ? Qu’est ce que le luxe ?

Le bonheur. La maison. Ma petite amie et mes chiens. Être confortable à la maison.

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Southbank October 2009. Photography Alasdair McLellan. Photography assistance Gareth Powell and Simon Bremner. All clothing Palace.
alasdair mclellan photographs palace skateboarders
Southbank October 2020. Photography Alasdair McLellan. All clothing Palace. Photography assistance Lex Kembery and Simon Mackinlay. Models Chewy Cannon, Olly Todd, Lucien Clarke, Stuart Hammond, Lev Tanju, Charlie Young, Benny Fairfax, James Edson, Rory Milanes and Gabriel Pluckrose.

Alasdair McLellan

Palace en quatre mots ?

Dickens, Perishers, Ravey, Ravers.

Quelle impression vous donne Lev ?

Que tout est possible.

C’est le numéro anniversaire des quarante ans d’i-D, quelle est la dernière fois où vous avez célébré quelque chose ?

Les trente ans d’un ami. 

jim goldberg photographs palace
Styling and photography assistance Alessandra Sanguinetti Post production Spencer Elias and Eric Ruby. Production assistance Kirsten Brehmer. Models Jim Goldberg. Catalina Weber-Sanguinetti. Ruby Goldberg. Spencer Elias. Walker Khi Johnson. Romeo Balthazar. Burros Marilyn. Dorothy. Rose. Blanche. Lil’ Ruby. Florence. The No Name Sheep.

Jim Goldberg

Palace en quatre mots ?

Irrévérencieux. Fratrie. Iconoclaste. Gueule de bois.

Quelle impression vous donne Lev ?

Gueule de bois.

Que signifie la famille pour vous ?

Maison.

C’est le numéro anniversaire des quarante ans d’i-D, quelle est la dernière fois où vous avez célébré quelque chose ?

Trois jours de fêtes pour l’anniversaire de ma plus jeune fille. Une fête virtuelle, un shoot avec Palace, et manger des sushis à emporter dans notre ferme.

Où serez-vous dans quarante ans ?

J’aurai 107 ans, en train de fumer le cigare. 

Photography Frank Lebon. Model Camilla Arthur. Camilla wears all clothing Palace.
Photography Frank Lebon. Model Camilla Arthur. Camilla wears all clothing Palace.
Photography Frank Lebon. Model Camilla Arthur. Camilla wears all clothing Palace.
Photography Frank Lebon. Model Camilla Arthur. Camilla wears all clothing Palace.

Frank Lebon

Est-ce que vous diriez que vous faites partie de la famille Palace ?

Je vois ma mère comme l’incarnation de Palace, donc d’une certaine manière j’ai même une relation filiale avec la marque.

Que signifie la famille pour vous ?

Inconditionnelle.

Palace en quatre mots ?

Vraiment, vraiment, vraiment, cool.

Quelle impression vous donne Lev ?

Vraiment, vraiment, vraiment, cool.

C’est le numéro anniversaire des quarante ans d’i-D, quelle est la dernière fois où vous avez célébré quelque chose ?

Quand j’ai eu un 100% à mon test glucose sur l’application que j’utilise pour suivre mon diabète.

Où serez-vous dans quarante ans ?

Drôle de question quand on considère l’état actuel du monde, si incertain. Six pieds sous l’océan ? 

david sims photographs palace
Photography David Sims. Post-production SKN-Lab. Model Ned Sims. Ned wears all clothing Palace.

David Sims

Palace en quatre mots ?

Un seul mot : vertueux.

Quelle impression vous donne Lev ?

Naïf et intelligent.

Que signifie la famille pour vous ?

Un soap-opera fou mais beau.

C’est le numéro anniversaire des quarante ans d’i-D, quelle est la dernière fois où vous avez célébré quelque chose ?

Être père, tous les jours.

Où serez-vous dans quarante ans ?

Une chambre avec vue à Dignitas. 

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

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