Jeunesse de l’Olympe

Avec son premier long-métrage Park, la réalisatrice grecque Sofia Exarchou dresse le portrait d’une génération perdue dans les vestiges d’une Grèce décadente.

par Julie Le Minor
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21 Juillet 2020, 8:29am

Park se déroule dans un no man’s land peuplé de jeunes et de chiens. Un lieu oublié et vide où se retrouvent quotidiennement Anna, Dimitris et bien d’autres. Ce sont les enfants du Village Olympique d’Athènes, les enfants d’un passé glorieux qu’ils ne connaîtront jamais. Dans ce premier film, récompensé notamment aux festivals de San Sebastian et d’Athènes, Sofia Exarchou nous entraîne dans les décombres du Village Olympique laissé à l’abandon depuis les Jeux de 2004. Alors symboles d’espoir et de renouveau pour le pays, ils finiront par causer sa ruine.

Dans ce décor abstrait, vestige d’une cité grandiose, le gris a remplacé le bleu de la cité athénienne. L’éclat de l’Olympe est terne désormais et les jeunes se retrouvent près de la piscine sale pour “zoner”, passer le temps et l’ennui sous un soleil brûlant et fade. Désoeuvrés, ils ont l’énergie de ceux qui n’ont rien à perdre et s’affrontent chaque jour dans l’arène comme à la recherche d’un nouvel horizon et de nouvelles vérités. “En pensant au Village et à tout ce qu’il représente pour la Grèce, mais aussi pour le monde occidental en général, je voulais dépeindre la contradiction entre l’image de cette jeune génération et ce lieu hanté, explique la jeune réalisatrice. L’histoire du “grand spectacle” et l’effondrement après le “spectacle”.

Si Park est aussi intense et radical, c’est grâce à son réalisme et à une esthétique très brute, presque documentaire. Mais c’est aussi grâce au jeu de ses acteurs, pour la plupart non-professionnels. “L’actrice qui joue le rôle d’Anna était aussi une danseuse et une ancienne athlète dans la vie, elle partageait donc beaucoup de similitudes avec la fille du scénario”. Un film d’apprentissage poignant et percutant qui dresse le tableau d’une jeunesse en crise et désabusée. Un récit contemporain et universel où l’espoir joue avec le deuil.

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