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Sauveur du jazz, dieu de la basse et roi des nerds, Thundercat est aussi l'homme derrière l'album de Kendrick Lamar To Pimp a Butterfly. On l'a rencontré pour parler de jazz, de Los Angeles et de son insatiable passion pour les jeux-vidéo.

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août 17 2017, 2:29pm

Les paroles de son récent single Bus in These Streets se passent de commentaires : « À peine levé je fixe l'écran, pour regarder le monde devenir fou ». Une façon de nous rappeler à quel point notre planète s'est changée en un monde terriblement prévisible. Tirant son nom d'un célèbre dessin animé (souvent vêtu d'un tee-shirt Thundercat, le nom a fini par lui coller à la peau), cet homme de 32 ans moins connu sous le nom de Stephen Bruner souffle sur 2017 un jazz sauvage doublé d'une hilarante douceur.

Sauveur du jazz, dieu de la basse et roi des nerds, Thundercat est l'homme derrière l'album de Kendrick Lamar To Pim a Butterfly. On a parlé de jazz, de Los Angeles et de son insatiable passion pour les jeux vidéos.

Après avoir passé son enfance à jouer dans des groupes de jazz avec son ami Kamasi Washington, saxophoniste proche de Kendrick Lamar, Thundercat a rejoint le groupe de métal culte et trash Suicidal Tendencies. Il a commencé à jouer de la basse avec eux alors qu'il n'était qu'en seconde et a continué jusqu'à 2011. Parmi ses plus notables collaborations, on compte Kendrick Lamar, Erykah Badu, Flying Lotus (qui lui a suggéré de chanter), Childish Gambino, Mac Miller, Vic Mensa, Wiz Khalifa… enfin pas besoin de vous faire un dessin.

Cette année, Thundercat a sorti un troisième album, Drunk, sur le label Brainfeeder. Il a transporté ses fans grâce à un mélange de soul, de jazz, de drôles d'applaudissements semblant sortis d'un jeu vidéo et de rêves japonisants répartis sur les 23 titres de l'album. Il a miaulé mélodieusement à travers A Fan's Mail (Tron Song Suite II), une ode à son chat adoré TURBO TRON OVER 9000 BABY JESUS SALLY (parce que si vous avez vous aussi un chat, vous savez qu'il doit pouvoir répondre à au moins trois noms différents). Mais revenons à Thundercat. Pharell, Kendrick Lamar, Wiz Khalifa et Kenny Loggins ont participé à l'enregistrement et Flying Lotus a conseillé à Thundercat d'appeler son album Drunk tellement il lui semblait dingue. Rencontre avec ce musicien particulièrement attaché à Los Angeles.

Hey Thundercat ! Que se passe-t-il musicalement du côté de LA en ce moment?
Les gens rêvent à Los Angeles. C'est la Cité des Anges ! Il y a une vraie magie ici. Je pense à cette ville comme à une grande roue qu'on observe tourner. Ceux qui ont vécu assez longtemps pour la voir évoluer entre les années 1960 et l'arrivée d'internet ont assisté à quelques révolutions. J'ai l'impression la vie artistique de Los Angeles va de plus en plus vite. La roue s'accélère. Mais ce n'est pas nouveau : de l'âge d'or de Roy Ayres à celui d'Inglewood, de Patrice Rushen aux cuivres de Earth Wind and Fire, en passant par Dexter Gordon et Gerald Wilson, l'histoire du jazz est particulièrement riche à Los Angeles.

Aujourd'hui, le jazz semble se partager le devant de la scène avec la pop music. Qu'est ce qui a préparé le public à cette évolution ?
Christian Scott le décrit comme un véritable cri, un débordement. Cela vient du climat social. On voit le monde devenir fou. Nous sommes au premier rang du spectacle de la connerie humaine, qu'il s'agisse de la Chine ou de la Corée. Tout le monde est dans un état volatile qui cultive la peur et la haine. Les arts les plus raffinés reviennent et le jazz semble en première ligne de ce mouvement. Le jazz n'a pas de limites. C'est une musique sociale. Qui incarne à la fois la conversation et la bande-son.

Lorsque ce n'est pas la musique, quel refuge trouves-tu pour échapper à la folie du monde ?
Je suis aussi un artiste visuel et j'aime jouer aux jeux vidéos. On m'a offert la Nintendo Switch avec Zelda, Street Fighter, Mario Kart et je suis complétement fan ! Je continue à jouer sur mon PC, sur ma Playstation, ma Wii et je n'ai pas acheté la dernière Xbox parce que je pense qu'ils se sont laissés dépasser. Récemment, j'ai joué à Overwatch et Tekken 7 viennent juste de sortir ! J'ai eu du mal à lâcher mes manettes.

J'ai beaucoup aimé les applaudissement façon jeux vidéos disséminés à travers l'album Drunk.
Oh merci. C'est mêlé à la musique et la plupart du temps je pense que les gens ne les remarque pas. J'ai toujours puisé de l'inspiration dans les jeux vidéos, ils me donnent envie de créer quelque chose capable de plonger dans un état similaire. Comme je passe beaucoup de temps à y jouer, j'essaie d'en tirer quelque chose.

"J'ai l'impression que les Japonais soignent tout ce qu'ils font et que c'est ce qui me plait tant chez eux. J'ai été séduit par la culture japonaise parce qu'à l'inverse d'eux, je ne suis pas un perfectionniste."

C'est une bonne excuse pour y jouer encore plus.
J'ai l'impression que chaque album contient une référence aux jeux vidéos à un différent degré. J'ai fait des chansons qui sont de réels hommages à Nintendo et Final Fantasy. Il y a un morceau que j'ai appelé Bowzer's Ballad quand Hiroshi Yamauchi, le directeur de Nintendo est mort il y a deux ans. C'est un titre instrumental mais j'ai l'impression que l'on peut y ressentir l'effet provoqué par la bande-son d'un jeu vidéo. J'essaie de garder ces airs en tête, parce qu'ils me permettent de penser de manière très mélodique.

Dans ton album, il y a aussi un titre qui s'appelle Tokyo, le Japon est un pays qui t'attire ?
Je suis complètement fan. Un tas de choses ont fini par me rendre amoureux du Japon et des gens qui y vivent : y avoir trouvé le bracelet Dragon Ball Z, avoir travaillé dans une boutique de comics et découvert le dessin animé Street Fighter alors que j'étais adolescent, mesuré l'importance du travail à l'origine d'un film d'animation, avoir vu les gens de ce secteur travailler comme des fous, frôlant le surmenage pour ne jamais transiger avec l'éthique investie dans leur travail. J'ai l'impression que les Japonais soignent tout ce qu'ils font et que c'est ce qui me plait tant chez eux. J'ai été séduit par la culture japonaise parce qu'à l'inverse d'eux, je ne suis pas un perfectionniste

Parmi les chansons qui t'ont inspiré, y en a-t-il une que tu associes à ton enfance ?
Oui, je pense à Portrait of Tracy de Jaco Pastorius. Ce titre a pris différentes significations selon les périodes de ma vie. Je me souviens de la première fois que je l'ai entendu, je devais avoir 10 ou 12 ans et j'étais avec mon père. Il avait pour habitude d'enregistrer une émission de radio diffusée vers deux ou trois heures du matin et le lendemain il me rejouait ce qu'il avait entendu. J'ai complètement pété les plombs en entendant mon père jouer ce morceau. Et il me semble que dès le lendemain il m'offrait l'album. J'ai donc joué à Retour du Jedi sur ma Super Nintendo en écoutant le premier album de Jaco Pastorius dans ce qui fut sans doute l'un des moments musicaux les plus forts de ma vie.

Mais qu'est ce qui a donc pu t'amener vers un groupe de métal comme Suicidal Tendencies?
J'ai un petit côté rockeur depuis que je suis enfant. J'ai joué avec Suicidal Tendencies pendant environ 13 ans. J'écoutais beaucoup Rage Against The Machine, Korn et pas mal de hip-hop à ce moment là, même si toujours été particulièrement attaché à des artistes comme Stanley Clarke, Herbie Hancock, George Duke, Jean Luc Ponty ou John McLaughlin.

Comment te vois-tu vieillir ?
Je me vois rester le même… tranquille avec mes jeux vidéos. À raconter la guerre des mèmes de 2017.